La Ferrari 290 MM est une barquette de compétition conçue pour la Mille Miglia 1956. Son nom résume directement sa mission, puisque les lettres « MM » désignent la célèbre épreuve routière italienne. Produite à seulement quatre exemplaires selon les informations publiées par RM Sotheby’s en 2018, elle associe un V12 de 3,5 litres, une carrosserie ouverte légère et un palmarès marqué par une victoire dès sa première grande apparition.
Avec 320 ch annoncés pour un poids à sec de 880 kg, la 290 MM pouvait atteindre 280 km/h. Ces chiffres la placent parmi les voitures de sport les plus performantes du milieu des années 1950, mais son importance ne repose pas uniquement sur sa vitesse. Elle illustre également la capacité de Ferrari à adapter rapidement ses prototypes aux contraintes particulières des courses disputées sur route.
Une Ferrari créée pour gagner la Mille Miglia
Ferrari développe la 290 MM pour remplacer la 860 Monza et répondre aux exigences de la Mille Miglia 1956. Cette course de près de 1 600 kilomètres empruntait des routes publiques entre Brescia et Rome, puis revenait vers Brescia. Elle imposait aux voitures une combinaison difficile à obtenir : vitesse de pointe, endurance mécanique, stabilité sur des revêtements irréguliers et efficacité dans les portions sinueuses.
L’appellation MM avait déjà été utilisée sur plusieurs modèles de la marque. La Ferrari 250 MM, la Ferrari 340 MM et la Ferrari 375 MM témoignent de l’importance de la Mille Miglia dans le développement des voitures de sport de Maranello. La 290 MM s’inscrit dans cette continuité, tout en adoptant une mécanique spécifiquement adaptée à la saison 1956.
À cette époque, la compétition constitue un élément central de la stratégie menée par Enzo Ferrari. Les prototypes ne servent pas seulement à remporter des courses. Ils permettent aussi de tester des moteurs, des châssis et des solutions techniques qui contribuent à construire la réputation internationale de la marque.
Un V12 de 3,5 litres développant 320 ch
La Ferrari 290 MM reçoit un moteur V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 3 490,61 cm³. Alimenté par trois carburateurs Weber, ce moteur utilise un double allumage et une lubrification par carter sec, une solution adaptée aux fortes contraintes rencontrées en compétition.
Ferrari annonce une puissance de 235 kW, soit 320 ch à 7 200 tr/min. Cette puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports. La vitesse maximale communiquée atteint 280 km/h, un niveau particulièrement élevé pour une barquette construite en 1956.
- Moteur : V12 atmosphérique à 60 degrés
- Cylindrée : 3 490,61 cm³
- Puissance : 320 ch à 7 200 tr/min
- Alimentation : trois carburateurs Weber
- Transmission : boîte manuelle à quatre rapports
- Vitesse maximale : 280 km/h
- Poids à sec : 880 kg
- Empattement : 2 350 mm
Le rapport entre la puissance et le poids constitue l’un des principaux atouts du modèle. Avec environ 2,75 kg par cheval en se fondant sur les données annoncées, la 290 MM disposait des performances nécessaires pour relancer rapidement après les virages et maintenir une vitesse élevée sur les longues portions rapides.
Un châssis pensé pour les routes italiennes
La mécanique repose sur un châssis tubulaire en acier habillé d’une carrosserie spider biplace. Cette architecture permet de limiter la masse tout en conservant la rigidité nécessaire à une voiture engagée sur des routes très variées.
À l’avant, la suspension indépendante utilise des doubles triangles. À l’arrière, Ferrari retient un essieu De Dion, une configuration courante sur les prototypes sportifs de cette période. Elle permet de réduire les masses non suspendues par rapport à un essieu rigide classique, tout en conservant une géométrie robuste et relativement simple.
Le freinage est assuré par quatre tambours. Les freins à disque n’étaient pas encore généralisés sur les voitures de sport européennes, ce qui obligeait les pilotes à gérer la température et l’endurance du système sur les longues descentes et les freinages répétés.
La 290 MM appartient à une période de transition dans l’histoire technique de Ferrari. Elle succède à des modèles comme la Ferrari 340 MM, tout en précédant d’autres prototypes qui pousseront plus loin la recherche de puissance, d’aérodynamisme et d’efficacité du châssis.
Victoire à la Mille Miglia 1956
La première grande démonstration de la Ferrari 290 MM intervient lors de la Mille Miglia 1956. Eugenio Castellotti remporte l’épreuve au volant d’un exemplaire engagé par la Scuderia Ferrari. Il devance deux Ferrari 860 Monza, tandis que Juan Manuel Fangio termine quatrième avec une autre 290 MM.
Ferrari occupe ainsi les quatre premières places avec deux types de voitures différents. Ce résultat confirme à la fois l’efficacité de la nouvelle 290 MM et la compétitivité de la 860 Monza qu’elle était appelée à remplacer.
La présence de Fangio au volant renforce encore la dimension historique du modèle. Le champion argentin fait partie des nombreux pilotes majeurs associés aux différents châssis de la 290 MM. Selon RM Sotheby’s, certains exemplaires ont également été conduits en compétition par Phil Hill, Peter Collins, Wolfgang von Trips, Eugenio Castellotti et Stirling Moss.
Des châssis dont l’histoire doit être distinguée
L’histoire de la Ferrari 290 MM demande une attention particulière, car les voitures de course de cette période pouvaient changer de moteur, de carrosserie ou de configuration au cours de leur carrière. Deux châssis régulièrement cités dans les ventes aux enchères illustrent cette complexité : 0626 et 0628.
Le châssis 0626 est la voiture avec laquelle Juan Manuel Fangio obtient la quatrième place de la Mille Miglia 1956. Certifié par Ferrari Classiche, cet exemplaire conserve un lien direct avec la première course majeure du modèle.
Le cas du châssis 0628 est différent. Lors de la Mille Miglia 1956, il n’était pas encore engagé sous la configuration définitive de la 290 MM. Il utilisait alors le moteur quatre cylindres de la 860 Monza et termina deuxième avec Peter Collins. Le châssis reçut ensuite le V12 Tipo 130 associé à la 290 MM pour la saison 1957.
Cette chronologie permet d’éviter une confusion fréquente : une voiture peut être aujourd’hui identifiée comme une Ferrari 290 MM tout en ayant disputé certaines courses antérieures dans une autre configuration mécanique. La proximité avec la Ferrari 290 S rappelle également que les appellations Ferrari de cette période correspondent à des programmes sportifs et à des évolutions techniques parfois très proches.
Quatre exemplaires et des adjudications historiques
La rareté de la 290 MM contribue fortement à sa valeur. Lors de la vente du châssis 0628 en 2018, RM Sotheby’s le présentait comme le quatrième et dernier des quatre exemplaires construits, ainsi que comme l’un des trois exemplaires survivants recensés à cette date. Cette indication doit être replacée dans son contexte temporel, puisqu’elle reflète l’état des connaissances communiqué par la maison de ventes en 2018.
Le 10 décembre 2015, le châssis 0626 a été adjugé 28 050 000 dollars. Ce résultat concerne une transaction précise et ne constitue pas une estimation de sa valeur actuelle. Le montant, les caractéristiques de la voiture et son historique étaient détaillés dans la présentation de la vente RM Sotheby’s.
Le 8 décembre 2018, le châssis 0628 a pour sa part été adjugé 22 005 000 dollars. Là encore, il s’agit d’un résultat d’enchères historique, lié à l’état, à la provenance et au dossier spécifique de cet exemplaire, et non d’une cote applicable automatiquement à toutes les Ferrari 290 MM.
Ces montants s’expliquent par la réunion de plusieurs facteurs rarement présents sur une même automobile : une production extrêmement limitée, un moteur V12 de compétition, un engagement officiel par la Scuderia Ferrari, des pilotes parmi les plus importants de leur époque et une association directe avec la Mille Miglia. La Ferrari 290 MM demeure ainsi autant un prototype conçu pour gagner qu’un témoin matériel de l’une des périodes les plus intenses de l’histoire sportive de Ferrari.











