Ferrari 335 S

Ferrari 335 S

La Ferrari 335 S est une barquette de compétition conçue pour la saison 1957. Produite à seulement quatre exemplaires, elle représente l’une des expressions les plus extrêmes des prototypes sportifs Ferrari des années 1950. Son V12 de plus de quatre litres développe 390 ch, tandis que sa vitesse maximale annoncée atteint 300 km/h. Sa carrière sportive, brève mais dense, est liée aux Mille Miglia, aux 24 Heures du Mans et au titre mondial des constructeurs remporté par Ferrari en 1957.

Une évolution directe de la Ferrari 315 S

La 335 S n’est pas un modèle conçu à partir d’une feuille blanche. Elle dérive directement de la Ferrari 315 S, dont elle reprend les principes généraux tout en adoptant une évolution plus puissante du moteur V12. Cette transformation répond à la recherche de performances toujours plus élevées dans les grandes épreuves d’endurance de l’époque.

Le cas du châssis 0674 illustre précisément cette évolution. Sorti des ateliers Ferrari au début de 1957, il est initialement configuré comme une 315 S avec un V12 Tipo 140 de 3,8 litres et une carrosserie de type barquette réalisée par Scaglietti. Après les Mille Miglia, sa cylindrée est portée à environ 4,1 litres, ce qui le fait passer à la spécification 335 S.

Cette progression s’inscrit dans la continuité des prototypes sportifs à moteur V12 développés par Maranello. La Ferrari 290 S avait déjà démontré l’importance des moteurs de forte cylindrée pour affronter les longues courses disputées à grande vitesse. Avec la 335 S, Ferrari pousse cette logique jusqu’à un niveau rarement atteint sur une voiture de sport de 1957.

Un V12 de 390 ch pour 880 kg

Selon les données officielles de Ferrari, la 335 S reçoit un V12 de 4 023,32 cm³ développant 287 kW, soit 390 ch, à 7 400 tr/min. L’appellation courante de moteur 4,1 litres correspond à un arrondi de cette cylindrée réelle.

CaractéristiqueValeur
Année1957
MoteurV12
Cylindrée4 023,32 cm³
Puissance390 ch à 7 400 tr/min
Empattement2 350 mm
Poids à sec880 kg
Vitesse maximale annoncée300 km/h

Le rapport entre la puissance et le poids permet de comprendre le caractère exceptionnel de la voiture. Avec 390 ch pour un poids à sec annoncé de 880 kg, la 335 S est conçue pour maintenir des vitesses très élevées sur les longues lignes droites, au prix d’exigences considérables pour le pilote, les pneumatiques et la mécanique.

Ferrari avait déjà exploré la voie des voitures de compétition à forte cylindrée avec la Ferrari 375 Plus. La 335 S prolonge cette philosophie dans un contexte où les constructeurs cherchaient à gagner simultanément en puissance, en vitesse de pointe et en efficacité sur les parcours d’endurance.

Une saison 1957 décisive pour Ferrari

La Ferrari 335 S fait ses débuts en compétition lors des Mille Miglia 1957. Elle participe ensuite aux 24 Heures du Mans et à plusieurs épreuves internationales comptant pour le Championnat du monde des voitures de sport. Ces engagements ne sont pas isolés : ils s’intègrent à la stratégie de Ferrari pour remporter le titre mondial des constructeurs.

Le châssis 0674 commence sa saison sous la forme d’une 315 S. Aux 12 Heures de Sebring, Peter Collins et Maurice Trintignant terminent à la sixième place. Wolfgang von Trips prend ensuite la deuxième place des Mille Miglia au volant de cette même voiture, avant sa conversion à la configuration 335 S.

La voiture appartient à une génération de grandes barquettes Ferrari destinées aux épreuves les plus rapides. La Ferrari 410 S représente un autre exemple de cette recherche de performances par la cylindrée et la puissance, même si les deux modèles répondent à des programmes sportifs distincts.

Plus de 200 km/h de moyenne au Mans

Aux 24 Heures du Mans 1957, le châssis 0674 est confié à Mike Hawthorn et Luigi Musso. Hawthorn réalise un tour à la moyenne de 203,015 km/h. Il s’agit de la première moyenne supérieure à 200 km/h enregistrée sur un tour dans l’histoire de l’épreuve.

Cette performance témoigne de la vitesse de la 335 S, mais elle ne se traduit pas par une arrivée. La voiture abandonne au cours de la cinquième heure à la suite d’une défaillance moteur. L’épisode résume l’équilibre délicat recherché par les constructeurs de l’époque : atteindre des vitesses inédites tout en conservant une mécanique capable de résister pendant vingt-quatre heures.

Un rôle dans le titre mondial des constructeurs

La fin de saison confirme l’importance sportive de la 335 S. Le 3 novembre 1957, Mike Hawthorn et Luigi Musso terminent deuxièmes du Grand Prix du Venezuela avec le châssis 0674. Ferrari obtient un doublé lors de cette épreuve, résultat déterminant dans l’attribution du Championnat du monde des voitures de sport.

La 335 S contribue ainsi au titre mondial des constructeurs remporté par Ferrari en 1957. Son palmarès ne se résume donc pas à une victoire individuelle majeure : sa valeur historique tient aussi aux points et aux places obtenus dans un championnat disputé sur plusieurs circuits et formats de course.

Le drame des Mille Miglia 1957

L’histoire de la Ferrari 335 S est indissociable de l’accident survenu lors des Mille Miglia du 12 mai 1957. La voiture pilotée par Alfonso de Portago, avec Edmund Nelson comme copilote, quitte la route près de Guidizzolo. Le pilote, son équipier et neuf spectateurs sont tués.

Cette catastrophe marque profondément le sport automobile italien. Elle contribue à la disparition des Mille Miglia sous leur forme historique, c’est-à-dire une course de vitesse disputée sur route ouverte entre Brescia et Rome. Le drame rappelle aussi les risques considérables associés aux performances atteintes par ces prototypes dans un environnement où les spectateurs se trouvaient souvent très près de la chaussée.

Il convient de distinguer cette voiture accidentée du châssis 0674, qui avait terminé deuxième des mêmes Mille Miglia avec Wolfgang von Trips. Les différents exemplaires de 335 S ont suivi des trajectoires sportives et historiques distinctes, ce qui rend l’identification précise des numéros de châssis indispensable.

Le châssis 0674 après sa carrière officielle

En janvier 1958, Ferrari vend le châssis 0674 à Luigi Chinetti, fondateur du North American Racing Team. La voiture poursuit alors sa carrière en Amérique du Nord et dans les Caraïbes sous les couleurs du NART.

Le 24 février 1958, elle remporte le Grand Prix de Cuba avec Masten Gregory et Stirling Moss. Ce succès intervient après sa saison officielle chez Ferrari et montre que la voiture reste compétitive malgré l’évolution rapide des prototypes de course à la fin des années 1950.

Quatre exemplaires et une valeur exceptionnelle

La production de la Ferrari 335 S est limitée à quatre exemplaires. Cette rareté, associée à son moteur V12, à ses résultats en compétition et à l’identité de ses pilotes, explique son statut particulier parmi les Ferrari historiques. Elle impose également de la prudence face aux répliques, aux reconstructions et aux miniatures parfois présentées sans distinction claire dans les contenus consacrés au modèle.

Le châssis 0674 est vendu par Artcurial à Rétromobile en février 2016 pour 32,1 millions d’euros. Ce montant doit être replacé dans son contexte temporel : il correspond au résultat de cette vente en 2016 et ne doit pas être présenté comme le record mondial actuel sans comparaison avec les transactions intervenues depuis.

L’identité de l’acheteur n’a pas été rendue publique. L’attribution de la voiture à Lionel Messi, largement relayée après la vente, demeure donc une rumeur et non un fait établi. Les éléments vérifiables restent le prix adjugé, la date de la vente et l’historique documenté du châssis 0674.