La Ferrari 335 S, également appelée 335 Sport, est un prototype de compétition présenté en 1957. Développée pour succéder à la 315 S et pour contrer des rivales très puissantes, elle arbore une carrosserie spider biplace signée Scaglietti. Conçue pour dominer les grandes courses sur route et en circuit, elle incarne l’apogée des Ferrari à moteur avant destinées au Championnat du monde des voitures de sport.
Production et rareté
La diffusion de la Ferrari 335 S est extrêmement limitée. Seuls quatre exemplaires sont construits par l’usine, dont deux provenant de conversions de 315 S. Les châssis d’usine connus sont répertoriés sous les numéros 0674, 0676, 0700 et 0764. Ce nombre restreint et l’implication directe de l’équipe officielle Ferrari expliquent la valeur historique et financière exceptionnelle de ce modèle.
La carrière sportive de la 335 S s’étend de 1957 à 1958, période durant laquelle elle évolue au gré des exigences réglementaires et techniques, parfois même transformée mécaniquement pour rester compétitive face aux meilleures concurrentes internationales.
Moteur V12 Jano et innovations
La Ferrari 335 S reçoit un moteur V12 conçu par Vittorio Jano, de type 141. Il s’agit d’une évolution de la lignée inaugurée par la 290 S puis développée avec la 315 S. Cette configuration V12 à quatre arbres à cames en tête vise une puissance élevée et une fiabilité adaptée aux longues distances.
- Architecture V12 à 60 degrés en position avant longitudinale
- Cylindrée totale 4 023,32 cm³
- Cylindrée unitaire 335,27 cm³
- Alésage et course 77 mm x 72 mm
- Taux de compression 9,2 pour 1
- Distribution double arbre à cames en tête par banc
- Alimentation six carburateurs Weber 44 DCN
- Allumage double avec quatre bobines
- Lubrification carter sec
- Embrayage multidisque
- Boîte manuelle à quatre rapports avec marche arrière
- Puissance environ 390 ch à 7 400 tr min avec des versions atteignant près de 400 ch
Châssis, trains roulants et comportement
La 335 S s’appuie sur un châssis tubulaire en acier, rigide et léger. La suspension avant indépendante à triangles inégaux et ressorts hélicoïdaux assure précision et adhérence. À l’arrière, le pont De Dion avec bras tirés et ressort transversal offre stabilité et motricité. Le freinage repose sur des tambours hydrauliques, solution encore courante sur les prototypes de cette génération. La direction est de type vis et secteur. Les pneus mesurent 6.00 x 16 à l’avant et 7.00 x 16 à l’arrière.
Dimensions, poids et performances
Ferrari publie des données techniques qui illustrent l’équilibre remarquable entre puissance et légèreté. La combinaison d’un moteur de plus de 390 ch et d’un poids réduit permet une vitesse de pointe impressionnante pour la fin des années cinquante.
- Empattement 2 350 mm
- Voie avant 1 296 mm
- Voie arrière 1 310 mm
- Poids à sec 880 kg
- Vitesse maximale environ 300 km h
Carrière sportive
La Ferrari 335 S fait ses débuts dans des circonstances marquantes lors de la Mille Miglia 1957. Engagée aux avant-postes, elle est impliquée dans l’accident tragique qui mettra fin aux grandes courses routières italiennes. Malgré ce contexte dramatique, la voiture démontre un potentiel considérable.
La 335 S participe ensuite au Championnat du monde des voitures de sport. Aux 24 Heures du Mans, elle signe le meilleur tour en course avec une vitesse moyenne très élevée, même si elle ne rallie pas l’arrivée. Elle s’illustre également aux 1000 km du Venezuela, remportés par Collins et Hill, avec une autre 335 S terminant deuxième. Elle obtient encore une troisième place au Grand Prix de Spa, contribuant au titre mondial décroché par Ferrari en 1957.
Évolution et fin de carrière
L’évolution des règlements impose une limite de cylindrée à trois litres dès 1958. La Ferrari 335 S, trop puissante pour la nouvelle catégorie, cède alors sa place aux modèles 250 Testa Rossa plus conformes. Certains châssis sont adaptés à d’autres compétitions et reconfigurés mécaniquement pour prolonger leur vie sportive.
Valeur sur le marché de collection
Devenue l’une des Ferrari les plus convoitées, la 335 S atteint des montants records. En 2016, un exemplaire spider Scaglietti associant un palmarès d’usine et un historique prestigieux est adjugé à environ 32 millions d’euros. Ce résultat illustre la place exceptionnelle de la Ferrari 335 S dans l’histoire de l’automobile sportive et de la compétition.












