La Ferrari Dino 296 S est un sport-prototype de compétition développé en 1958 autour d’un V6 atmosphérique de près de trois litres. Rare, peu documentée et parfois confondue avec d’autres modèles de la famille Dino, elle occupe une place singulière dans l’histoire de Ferrari. Sa fiche technique officielle révèle une mécanique de 300 ch, un châssis tubulaire et une architecture encore traditionnelle à moteur avant, tandis que les archives sportives ne répertorient qu’une seule apparition en course sous cette appellation.
Un prototype Ferrari de 1958 à moteur V6
La Dino 296 S appartient à la première génération de Ferrari de compétition portant le nom Dino. Cette appellation renvoie à Alfredo « Dino » Ferrari, le fils d’Enzo Ferrari, associé au développement des moteurs V6 de la marque avant sa disparition en 1956. À la fin des années 1950, Ferrari explore cette architecture plus compacte que ses habituels moteurs V12 afin de l’adapter à différents prototypes sportifs.
Le nom du modèle donne une première indication sur sa mécanique. Le nombre 296 désigne un moteur d’environ 2,9 litres à six cylindres, tandis que la lettre S renvoie à sa vocation sportive. Cette logique de dénomination permet de la distinguer de la Ferrari Dino 196 S, équipée d’un V6 de 1 983,72 cm³. Les deux voitures sont parfois confondues, au point que la cylindrée de la 196 S est occasionnellement attribuée à tort à la 296 S.
Un V6 de 2 962 cm³ développant 300 ch
La Ferrari Dino 296 S reçoit un moteur V6 atmosphérique ouvert à 65 degrés, implanté longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 2 962,08 cm³, avec un alésage de 85 mm et une course de 87 mm. Ces dimensions produisent un moteur légèrement longue course, une configuration différente des mécaniques très super-carrées souvent associées aux moteurs de course à haut régime.
La puissance annoncée par Ferrari s’élève à 300 ch à 7 600 tr/min, soit 221 kW. La puissance spécifique atteint environ 101 ch par litre, une valeur élevée pour un moteur atmosphérique de la fin des années 1950. Le rapport volumétrique de 10:1 participe à ce rendement, tout comme une alimentation conçue pour la compétition.
Le V6 utilise trois carburateurs Weber 45 DCN, chacun alimentant une paire de cylindres. La distribution repose sur deux arbres à cames en tête par banc et deux soupapes par cylindre. L’allumage comprend deux bougies par cylindre commandées par deux magnétos, une solution destinée à améliorer la qualité de la combustion et à renforcer la fiabilité dans des conditions de course.
La lubrification par carter sec constitue un autre élément caractéristique d’un moteur de compétition. L’huile est stockée dans un réservoir séparé plutôt que dans un carter profond placé sous le vilebrequin. Ce dispositif limite les risques de déjaugeage lors des accélérations, freinages et changements d’appui, tout en permettant de positionner le moteur plus bas dans le châssis.
Une architecture encore classique pour une Ferrari de course
La Dino 296 S repose sur un cadre tubulaire en acier habillé d’une carrosserie spider biplace. Son moteur est placé à l’avant, dans la continuité des grands prototypes Ferrari des années 1950. Cette architecture précède le basculement progressif de la marque vers le moteur central, qui s’affirmera notamment avec la Ferrari 246 SP au début des années 1960.
La suspension avant est indépendante, avec des triangles de longueurs inégales. À l’arrière, Ferrari conserve un pont De Dion guidé par des bras longitudinaux et associé à une lame transversale. Ce système maintient les deux roues arrière liées par un tube rigide, sans faire supporter au pont le poids du différentiel. Il offre ainsi un compromis entre la simplicité d’un essieu rigide et la réduction des masses non suspendues.
Le freinage est assuré par quatre tambours. Les freins à disque commençaient alors à s’imposer en compétition, mais leur adoption n’était pas encore généralisée chez Ferrari. La transmission comprend quatre rapports avant et une marche arrière, une dotation cohérente avec les sport-prototypes de cette période.
Dimensions et caractéristiques connues
L’empattement de la Dino 296 S mesure 2 280 mm. Les voies avant et arrière sont identiques, avec 1 240 mm chacune. Le réservoir de carburant peut contenir 177 litres, une capacité adaptée aux épreuves d’endurance et aux courses disputées sur circuit avec des relais prolongés.
| Caractéristique | Ferrari Dino 296 S |
|---|---|
| Année | 1958 |
| Type | Sport-prototype spider biplace |
| Moteur | V6 atmosphérique à 65 degrés |
| Cylindrée | 2 962,08 cm³ |
| Puissance | 300 ch à 7 600 tr/min |
| Alimentation | Trois carburateurs Weber 45 DCN |
| Transmission | Quatre rapports et marche arrière |
| Châssis | Cadre tubulaire en acier |
| Freins | Tambours |
| Empattement | 2 280 mm |
| Réservoir | 177 litres |
Ferrari ne publie pas, dans sa fiche historique, de valeur officielle pour le poids, la longueur totale, la largeur, la hauteur, la vitesse maximale ou l’accélération de 0 à 100 km/h. Les chiffres parfois repris ailleurs pour ces données doivent donc être considérés avec prudence lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’une source clairement identifiable.
Une seule course répertoriée sous le nom Dino 296 S
Les archives de compétition disponibles associent la Dino 296 S au châssis 0746. Le 3 mai 1958, la voiture est engagée par la Scuderia Ferrari lors du Daily Express Trophy à Silverstone. Portant le numéro 19, elle est confiée au pilote britannique Mike Hawthorn, champion du monde de Formule 1 la même année.
Hawthorn termine l’épreuve à la troisième place. Ce podium constitue le principal résultat connu de la voiture sous la désignation Dino 296 S. Les bases spécialisées ne répertorient qu’une seule course disputée dans cette configuration, mais cette donnée doit être nuancée : l’absence d’autres résultats dans une base d’archives ne garantit pas qu’aucun essai, engagement non classé ou changement de configuration n’ait existé.
La carrière limitée de la 296 S s’explique aussi par le rythme très rapide du développement chez Ferrari à cette époque. Les moteurs, châssis et carrosseries pouvaient évoluer d’une épreuve à l’autre, et un même châssis pouvait recevoir plusieurs mécaniques ou changer de désignation. La 296 S apparaît ainsi davantage comme une étape expérimentale que comme un modèle produit en série ou engagé pendant plusieurs saisons.
La Dino 296 S dans l’évolution des prototypes V6
La 296 S s’inscrit dans une famille de prototypes qui a permis à Ferrari d’explorer différentes cylindrées autour du moteur V6. La Ferrari Dino 246 S illustre une autre interprétation de cette formule, avec une cylindrée inférieure et une carrière sportive plus visible. Ces modèles témoignent d’une période durant laquelle la marque multiplie les combinaisons mécaniques pour répondre aux règlements et aux caractéristiques variées des épreuves.
Cette expérimentation se prolongera au cours des années 1960 avec des voitures comme la Ferrari Dino 166 P, conçue autour d’une architecture à moteur central. Le nom Dino ne désigne donc pas une seule lignée technique continue, mais plusieurs programmes de compétition et, plus tard, des voitures de route partageant l’usage de moteurs à six ou huit cylindres.
La Ferrari Dino 206 S constitue l’un des prolongements les plus connus de cette démarche. Apparue plusieurs années après la 296 S, elle adopte une conception plus moderne et illustre la transition accomplie entre les spiders à moteur avant de la fin des années 1950 et les prototypes compacts à moteur central de la décennie suivante.
Pourquoi la Ferrari Dino 296 S reste difficile à documenter
La rareté des informations sur la Dino 296 S tient à son statut de prototype, à sa carrière très courte et aux transformations fréquentes des voitures de course de cette période. Elle ne doit pas être abordée comme un modèle routier doté d’une fiche commerciale stable, mais comme une configuration précise issue d’un programme de développement permanent.
Les données les plus solides restent celles publiées par Ferrari pour le moteur, le châssis et les dimensions, complétées par les archives de course concernant Silverstone. Elles permettent d’identifier clairement la voiture comme un prototype de 1958 à moteur V6 avant de 2 962,08 cm³, développant 300 ch, doté d’un cadre tubulaire, de freins à tambour et d’un pont arrière De Dion.
Son intérêt historique réside moins dans un palmarès abondant que dans sa position au sein des recherches techniques de Ferrari. La Dino 296 S représente une étape brève entre les grands sport-prototypes à moteur avant et la génération de voitures à moteur central qui transformera profondément la compétition automobile au début des années 1960.











