Contexte historique et positionnement
La Ferrari 330 P3 apparaît en 1966 dans un contexte de rivalité intense entre Ferrari et Ford en endurance. Elle succède aux 330 P2 et doit affronter les puissantes Ford GT40 Mk II à moteur V8 de sept litres. Cette voiture est conçue comme un prototype de compétition pure, destiné au Championnat du monde des voitures de sport. Elle marque une étape importante dans l’évolution des prototypes Ferrari grâce à des solutions techniques modernes et un travail approfondi sur l’aérodynamique.
Produite à seulement trois exemplaires, la 330 P3 reste une des Ferrari de course les plus rares. Les châssis d’origine sont numérotés 0844, 0846 et 0848. Tous ont ensuite été modifiés en versions P3 412 P ou P3 P4 pour suivre le rythme très rapide du développement en compétition. Il n’existe donc plus aujourd’hui de 330 P3 strictement dans sa configuration d’origine, ce qui renforce encore son aura auprès des collectionneurs.
Châssis, carrosserie et architecture
La Ferrari 330 P3 adopte une architecture à moteur central arrière longitudinal, devenue incontournable pour les prototypes d’endurance. Elle utilise un châssis tubulaire en acier renforcé par des panneaux en aluminium rivetés, ce qui rapproche sa structure d’une quasi monocoque. Cette conception vise une très grande rigidité pour optimiser le comportement à haute vitesse tout en conservant un poids limité.
La carrosserie est en aluminium façonné à la main, dessinée pour minimiser la traînée et générer de la stabilité sur les longues lignes droites. La silhouette est très basse, avec un cockpit vitré au pare brise très incliné et des ailes galbées. Les portes sont en matériau composite afin de gagner des kilos précieux. La 330 P3 existe en version berlinette fermée et en version spider, ouverte, selon les châssis et les engagements. Les lignes sont typiques des prototypes Ferrari de la seconde moitié des années soixante, à la fois fluides et agressives.
Moteur V12 et transmission
La 330 P3 est animée par un V12 Ferrari Colombo à 60 degrés, d’une cylindrée d’environ quatre litres, soit 3 967 cm³. Chaque cylindre affiche ainsi une cylindrée unitaire proche de 330 cm³, ce qui explique la désignation 330. Ce V12 est positionné en position centrale arrière, ce qui améliore la répartition des masses et le comportement dynamique par rapport aux anciennes Ferrari à moteur avant.
Ce moteur se distingue par l’utilisation de l’injection mécanique Lucas, une première importante sur un prototype Ferrari d’usine. Cette solution remplace les traditionnels carburateurs Weber et permet une alimentation plus précise à haut régime. La distribution est assurée par quatre arbres à cames en tête avec deux soupapes par cylindre et double allumage. La lubrification par carter sec garantit une alimentation en huile stable, même dans les longues courbes rapides ou les freinages violents.
- Architecture du moteur : V12 à 60 degrés en position centrale arrière
- Cylindrée totale : environ 3 967 cm³ pour une cylindrée unitaire de 330 cm³
- Alimentation : injection mécanique indirecte de marque Lucas
- Distribution : quatre arbres à cames en tête avec deux soupapes par cylindre
- Allumage : double allumage avec deux bougies par cylindre
- Rapport volumétrique : de l’ordre de 10,5 à 11,4 pour un
- Puissance maximale : environ 420 ch à 8 000 tr min
- Lubrification : carter sec pour un fonctionnement fiable en course
La transmission est confiée à une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports de fabrication ZF, installée en position transaxle. Cette boîte est reliée aux roues arrière par un pont adapté aux contraintes de l’endurance. Dans la pratique, cette boîte ZF sera l’un des points faibles de la 330 P3, certaines casses de transmission ayant coûté des résultats importants en course. L’embrayage multi disques renforce cependant le caractère résolument compétition de l’ensemble mécanique.
Dimensions, poids et gabarit
La Ferrari 330 P3 est une voiture extrêmement compacte et basse, pensée pour réduire la surface frontale et optimiser la pénétration dans l’air. Sa hauteur avoisine un mètre seulement, ce qui donne à l’auto un aspect presque irréel lorsque l’on se tient à ses côtés. L’empattement est relativement contenu, ce qui aide à conserver de l’agilité sur les circuits sinueux tout en assurant une bonne stabilité à haute vitesse.
- Longueur approximative : 4 19 m
- Largeur approximative : 1 78 m
- Hauteur : environ 1,00 m
- Empattement : autour de 2,41 m
- Voies avant et arrière : proches de 1,45 m selon les configurations
- Poids à sec annoncé : environ 720 kg
- Poids en ordre de course : proche de 850 kg selon les sources
La 330 P3 utilise des suspensions indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et barres antiroulis. Les freins sont à disques ventilés sur les deux essieux, dimensionnés pour supporter des relais très exigeants sur des circuits comme Spa ou Le Mans. Les jantes en magnésium reçoivent des pneus de compétition de larges sections, ce qui permet de passer efficacement au sol la puissance du V12.
Performances et comportement
Avec environ 420 chevaux pour un poids qui reste sous la tonne en configuration de course, la Ferrari 330 P3 présente un rapport poids puissance exceptionnel pour son époque. La vitesse maximale dépasse les 300 km h, les sources évoquent environ 310 km h sur les longues lignes droites des circuits rapides. Les accélérations sont au niveau des meilleurs prototypes de milieu des années soixante, avec un zéro à cent kilomètres par heure estimé en moins de quatre secondes.
Le comportement dynamique résulte d’un compromis entre vitesse de pointe et agilité. La voiture est conçue pour être stable aux vitesses très élevées atteintes à Monza ou sur la ligne droite des Hunaudières, tout en restant maniable dans les enchaînements sinueux de la Targa Florio ou du Nürburgring. La position centrale du moteur améliore la répartition des masses, ce qui donne à la 330 P3 un équilibre très sain aux mains de pilotes expérimentés, même si la puissance du V12 et la sensibilité de la transmission demandent une grande finesse de conduite.
Carrière en compétition
La Ferrari 330 P3 dispute principalement la saison 1966 en Championnat du monde des voitures de sport. Elle est engagée par la Scuderia Ferrari et par des équipes associées comme le North American Racing Team. Malgré un potentiel très élevé, sa carrière est partiellement pénalisée par des problèmes de fiabilité, en particulier au niveau de la boîte de vitesses et de la transmission.
On compte une petite dizaine de courses de premier plan pour l’ensemble des trois châssis, avec plusieurs victoires de prestige. La 330 P3 s’impose notamment aux 1 000 kilomètres de Monza avec Surtees et Parkes ainsi qu’aux 1 000 kilomètres de Spa, deux circuits très rapides qui mettent en valeur son aérodynamique et son moteur puissant. Elle se montre également performante sur les tracés exigeants comme la Targa Florio ou le Nürburgring, même si des incidents de course et des soucis mécaniques l’empêchent parfois de concrétiser.
Les 24 Heures du Mans 1966 constituent un moment clé de son histoire. Ferrari aligne plusieurs 330 P3 face à l’armada Ford. Les prototypes italiens démontrent une belle vitesse, mais doivent abandonner, souvent sur des soucis de transmission, tandis que Ford signe un triplé historique. Cet épisode marque profondément la légende de la 330 P3, voiture très rapide mais parfois fragile, qui ouvre la voie aux évolutions P3 4, P4 et 412 P.
Évolution, rareté et valeur actuelle
Après la saison 1966, les châssis de 330 P3 sont transformés en P3 4 puis en 412 P afin de rester compétitifs face aux évolutions techniques constantes et au règlement. Ces conversions impliquent des modifications de carrosserie, d’aérodynamique et parfois de moteur. Le châssis 0844 est ainsi engagé ensuite sous différentes formes et sera revendu à des clients privés. Le châssis 0846 est transformé puis accidenté et détruit en grande partie, ce qui en fait un cas très discuté dans la littérature spécialisée.
La combinaison d’une production de seulement trois exemplaires, de transformations successives et de l’importance historique de ce modèle fait de la Ferrari 330 P3 l’une des Ferrari de compétition les plus recherchées. Certaines ventes publiques de châssis dérivés de P3, notamment sous forme de P3 4 ou 412 P, ont déjà dépassé plusieurs millions de dollars, et les estimations actuelles pour une voiture en configuration correcte se situent dans une zone très élevée, parfois mentionnée au delà de plusieurs dizaines de millions. La 330 P3 incarne à la fois l’apogée d’une génération de prototypes Ferrari à moteur V12 et un jalon décisif dans la rivalité avec Ford en endurance.












