Origine et philosophie
La Ferrari Dino 206 S apparaît en 1966 dans la catégorie des prototypes deux litres. Elle porte le nom Dino en hommage à Alfredo Ferrari et inaugure une approche différente de celle des gros V12 de la Scuderia. L’objectif est de proposer une voiture très légère et très efficace, capable d’affronter avec agilité les Porsche 906 et 910 qui dominent alors la classe deux litres.
Prévue au départ pour une production suffisante afin d’obtenir l’homologation en catégorie Sport, la 206 S n’est finalement construite qu’à dix huit exemplaires. Elle doit donc courir en catégorie Prototype. Cette rareté contribue aujourd’hui à son prestige, tout comme sa parenté technique avec la Formule 1 Ferrari de la première moitié des années soixante.
Châssis et architecture générale
La Dino 206 S adopte un châssis tubulaire en acier ultra léger, renforcé par des panneaux en aluminium. L’ensemble forme une structure très rigide pour un poids inférieur à six cents kilogrammes à sec. Le moteur est installé en position centrale arrière, ce qui assure une excellente répartition des masses et une maniabilité remarquable.
La carrosserie est réalisée par Carrozzeria Sports Cars chez Piero Drogo. La silhouette rappelle les prototypes Ferrari à moteur V12 de la même époque, mais en format réduit. La plupart des voitures sortent en version barquette ouverte, tandis que quelques exemplaires reçoivent une carrosserie fermée. L’aérodynamique est simple et efficace, pensée pour la compétition sur circuits rapides comme sur courses routières.
Moteur V6 Dino
Le cœur de la 206 S est un V6 Dino en alliage léger, incliné à soixante cinq degrés. Ce moteur de deux litres provient directement du programme de Formule 1 Ferrari et peut atteindre neuf mille tours par minute. Sa conception privilégie les hauts régimes, la compacité et la réduction des masses. Il s’agit d’un des moteurs les plus sophistiqués de sa catégorie au milieu des années soixante.
L’alimentation se fait le plus souvent par injection mécanique Lucas, même si certaines voitures clients utilisent des configurations à carburateurs selon les besoins. La lubrification par carter sec garantit un fonctionnement fiable en virage serré. Avec environ deux cent vingt chevaux pour un poids très réduit, la Dino 206 S dispose d’un rapport poids puissance exceptionnel pour son époque.
- Architecture : V6 à soixante cinq degrés en position centrale arrière
- Cylindrée totale : environ 1 987 cm³
- Distribution : double arbre à cames en tête par rangée
- Suralimentation : aucune, moteur atmosphérique à haut régime
- Alimentation : injection mécanique indirecte Lucas selon spécification d’usine
- Taux de compression : proche de 11 pour un
- Puissance : environ 220 ch à 9 000 tr min
- Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports avec transaxle
Train roulant et comportement
La 206 S reçoit des suspensions indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et barres antiroulis. Les freins à disques assurent une décélération puissante. La direction à crémaillère transmet directement les réactions du châssis au pilote. Grâce à sa légèreté et à son moteur central, la voiture se montre à la fois précise et très rapide en entrée de virage.
Les pilotes de l’époque soulignent son équilibre et sa facilité relative, comparée aux gros prototypes plus lourds. La 206 S excelle en particulier sur routes sinueuses comme à la Targa Florio, où son agilité fait merveille face à des voitures plus puissantes.
Dimensions, poids et gabarit
Malgré des performances très élevées, la Dino 206 S reste compacte et extrêmement basse. Chaque composant est pensé pour économiser le moindre kilogramme, depuis le châssis jusqu’aux éléments de carrosserie. Cette approche radicale explique à la fois ses succès sportifs et sa réputation de prototype pur et sans compromis.
- Empattement : environ 2,28 m
- Longueur : proche de 3,88 m
- Largeur : environ 1,68 m
- Hauteur : environ 0,98 m
- Voie avant et arrière : autour de 1,40 m
- Poids à sec : environ 580 kg
- Poids en ordre de marche : autour de 650 kg
Performances et compétition
Avec une vitesse de pointe proche de deux cent soixante dix kilomètres par heure, la Ferrari Dino 206 S rivalise avec des prototypes plus puissants. Ses accélérations sont fulgurantes grâce à la légèreté du châssis. En championnat du monde des voitures de sport, elle décroche de nombreuses victoires de classe et plusieurs podiums au général, notamment à la Targa Florio.
Construite en seulement dix huit exemplaires entre 1966 et 1967, la 206 S fait aujourd’hui partie des Ferrari les plus rares. Destinée aux équipes clientes comme aux pilotes privés, elle était proposée à un prix élevé pour un prototype deux litres. Sur le marché actuel, son palmarès, son authenticité et sa rareté expliquent des valeurs de plusieurs millions pour les voitures les mieux conservées et parfaitement documentées.












