Ferrari 612 Can Am

FERRARI 612 CAN AM

Origine et contexte

La Ferrari 612 Can Am naît en 1968 pour affronter les barquettes surpuissantes du championnat nord américain Can Am. Dans cette série très particulière, les règlements laissent une grande liberté en matière de cylindrée, d’aérodynamique et de puissance. Ferrari décide alors de développer un prototype extrême, animé par un V12 de plus de six litres, pour rivaliser avec les McLaren, Lola et Chaparral qui dominent alors la discipline.

Le nom 612 résume bien la philosophie de ce prototype d’usine. Le premier chiffre correspond à la cylindrée, soit environ six litres, et le nombre douze rappelle le nombre de cylindres du moteur. Construite à seulement deux exemplaires, la 612 Can Am représente la tentative la plus radicale de Ferrari dans l’univers du Groupe 7, avec un programme concentré sur les saisons de la fin des années soixante.

Châssis, carrosserie et architecture

La Ferrari 612 Can Am repose sur un châssis tubulaire en acier, habillé de panneaux en aluminium rivetés. Ce type de construction offre un bon compromis entre rigidité et légèreté. Le moteur est installé en position centrale arrière longitudinale, juste devant l’essieu arrière, ce qui favorise une répartition des masses optimale pour la motricité et la stabilité à très haute vitesse.

La carrosserie adopte la forme d’un spider de course biplace, particulièrement basse et large. Le cockpit est réduit à l’essentiel, avec une bulle devant le pilote et des flancs très élevés pour protéger l’équipage et canaliser les flux d’air. L’arrière reçoit des appendices aérodynamiques de plus en plus développés au fil des évolutions, afin d’améliorer l’appui dans les grandes courbes rapides typiques des circuits Can Am.

Moteur V12 et transmission

Le cœur de la 612 Can Am est un V12 Ferrari de compétition dont la cylindrée atteint environ six virgule deux litres. Ce moteur à soixante degrés dérive de la famille des douze cylindres utilisés sur les prototypes d’endurance, mais il est profondément réalésé et adapté aux contraintes du championnat nord américain. Il adopte une culasse quatre soupapes par cylindre et une distribution par double arbre à cames en tête sur chaque banc.

L’alimentation est confiée à une injection mécanique, qui permet de maîtriser le mélange air essence à haut régime. Le rapport volumétrique reste élevé pour garantir un excellent rendement. La puissance avoisine les six cent vingt chevaux à environ sept mille tours par minute, avec un couple proche de six cents newton mètres. La boîte de vitesses manuelle à quatre rapports, dimensionnée pour encaisser ce couple, transmet la puissance aux roues arrière.

  • Architecture du moteur : V12 à soixante degrés en position centrale arrière
  • Cylindrée totale : environ 6 222 cm³ avec quatre soupapes par cylindre
  • Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec quatre soupapes par cylindre
  • Alimentation : injection mécanique indirecte de type compétition
  • Rapport volumétrique : proche de 10,5 pour un
  • Puissance maximale : environ 620 ch à 7 000 tr min
  • Couple maximal : de l’ordre de 590 newton mètres vers 5 600 tr min
  • Boîte de vitesses : manuelle à quatre rapports avec marche arrière

Train roulant, suspensions et freins

La 612 Can Am utilise des suspensions indépendantes aux quatre roues, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques. Des barres antiroulis complètent l’ensemble, permettant d’ajuster le comportement à la fois en appui prolongé et dans les changements de direction rapides. La direction à crémaillère assure un guidage précis, si bien que le pilote peut exploiter le potentiel des pneus larges montés sur jantes de quinze pouces.

Le freinage est confié à des disques ventilés sur les quatre roues, dimensionnés pour encaisser les vitesses très élevées et les décélérations répétées. Le grand réservoir de carburant, d’une capacité supérieure à deux cent cinquante litres, est intégré dans le châssis pour respecter au mieux l’équilibre de la voiture au fur et à mesure que l’essence se vide. Tous ces éléments reflètent une conception purement orientée vers la course d’endurance à très haute intensité.

Dimensions, poids et gabarit

La Ferrari 612 Can Am est un prototype très spectaculaire par son gabarit. La voiture est extrêmement basse, plus large que la plupart des GT de route, et dotée d’un empattement relativement court compte tenu de la taille du moteur. Malgré la présence du V12 de plus de six litres et d’un gros réservoir, le poids à sec reste étonnamment contenu grâce à l’usage massif de panneaux en aluminium et à la simplicité de l’habitacle.

  • Empattement : environ 2,45 m
  • Longueur totale : proche de 4,20 m
  • Largeur : autour de 2,24 m, ce qui lui donne une assise très large
  • Hauteur : environ 0,89 m, la voiture est extrêmement basse
  • Voie avant : de l’ordre de 1,60 m
  • Voie arrière : légèrement inférieure à la voie avant
  • Poids à sec : environ 700 kg
  • Capacité de carburant : plus de 250 litres pour les courses Can Am

Performances et comportement sur circuit

Avec environ six cent vingt chevaux pour sept cents kilogrammes, la Ferrari 612 Can Am affiche un rapport poids puissance proche de un kilogramme par cheval, ce qui la place parmi les Ferrari les plus sauvages de l’époque. La vitesse maximale approche les trois cent quarante kilomètres par heure sur les circuits les plus rapides. Même si les mesures d’accélération ne sont pas précisément documentées, on peut considérer que le zéro à cent kilomètres par heure se fait en un éclair, bien en dessous des trois secondes en configuration de course.

Sur piste, la voiture combine une accélération phénoménale en sortie de virage avec une allonge impressionnante dans les lignes droites. La largeur importante et les pneus gigantesques contribuent à une très bonne motricité, mais exigent un pilotage engagé pour exploiter le potentiel du châssis. Malgré ces qualités, la concurrence des prototypes nord américains, souvent encore plus puissants et mieux adaptés aux particularités de la série, limite les résultats de la 612 Can Am, qui décroche néanmoins quelques podiums remarqués.

Production, carrière et rareté

La 612 Can Am est construite à seulement deux exemplaires, ce qui en fait l’un des prototypes Ferrari les plus rares. Ces châssis sont alignés dans la série Can Am à partir de la fin de l’année 1968 puis de manière plus régulière en 1969, principalement avec Chris Amon au volant. Malgré quelques bons résultats, dont des podiums, la voiture ne parvient pas à s’imposer face aux McLaren dominantes. Le programme est progressivement abandonné au début des années soixante dix.

Après leur carrière en compétition, les rares 612 Can Am survivantes entrent dans des collections privées ou sont restaurées pour participer à des événements historiques. Leur statut de prototypes d’usine, leur moteur V12 de plus de six litres, leur immense rareté et leur lien direct avec l’aventure Ferrari en Can Am en font des pièces quasiment inestimables. Lorsqu’une telle voiture change de mains, la transaction se fait généralement de manière confidentielle, à des niveaux de prix réservés aux tout premiers rangs de l’univers des voitures de collection.