Ferrari 212 E

Ferrari 212 E

La Ferrari 212 E est un prototype conçu pour une mission très précise : dominer le Championnat d’Europe de la montagne 1969. Légère, compacte et équipée d’un moteur à douze cylindres à plat de seulement deux litres, elle a remporté les sept épreuves auxquelles elle a participé avec le pilote suisse Peter Schetty. Cette efficacité remarquable en fait l’une des Ferrari de compétition les plus spécialisées de son époque.

La voiture est généralement désignée sous le nom de Ferrari 212 E Montagna, le terme italien « montagna » rappelant sa vocation pour la course de côte. Elle ne doit pas être confondue avec la Ferrari 212 Inter, une automobile de grand tourisme produite au début des années 1950. Malgré leur nombre commun, les deux modèles appartiennent à des périodes, des catégories et des philosophies techniques totalement différentes.

Un prototype développé pour la course de côte

À la fin des années 1960, la course de côte européenne constitue une discipline exigeante. Les parcours sont courts, sinueux et souvent très rapides, avec de fortes variations d’altitude. Les voitures doivent accélérer avec vigueur, changer rapidement de direction et conserver une motricité efficace sur des revêtements parfois irréguliers. La puissance seule ne suffit donc pas : le rapport poids-puissance, la souplesse du châssis et l’adaptation de la transmission sont déterminants.

Ferrari développe la 212 E dans ce contexte pour la saison 1969. Le projet reçoit le numéro de châssis 0862 dans sa configuration finale. Selon l’historique consacré au modèle, son développement s’appuie sur un châssis tubulaire provenant d’une Dino 206 S, identifié par le numéro 020. Cette origine rattache la voiture aux prototypes sportifs à moteur central élaborés par Ferrari au cours de la décennie, dans la continuité de modèles tels que la Ferrari 196 SP.

La carrosserie ouverte est dessinée par Edmondo Casoli. Réalisée en fibre de verre, elle répond à une priorité évidente : réduire la masse plutôt que rechercher le confort, l’insonorisation ou une aérodynamique adaptée aux longues lignes droites. La silhouette est basse, très dépouillée et organisée autour d’un cockpit réduit au strict nécessaire.

Pourquoi Ferrari a réutilisé le nombre 212

Le nom 212 peut prêter à confusion, car Ferrari l’avait déjà employé sur plusieurs voitures au début des années 1950. La Ferrari 212 Export était notamment un modèle de compétition à moteur V12 avant, sans lien technique direct avec la 212 E de 1969.

Dans le cas du prototype de course de côte, le nombre fait référence à son moteur de deux litres et douze cylindres. La lettre E est couramment associée à cette évolution particulière destinée au Championnat d’Europe. Cette logique d’appellation permet de distinguer le prototype des anciennes Ferrari 212, même si elle ne suffit pas toujours à éviter les confusions dans les catalogues, les ventes aux enchères ou les archives historiques.

Un douze cylindres à plat de 300 ch

La principale singularité de la Ferrari 212 E réside dans son moteur. Il s’agit d’un douze cylindres à plat atmosphérique, installé longitudinalement derrière le pilote. Sa cylindrée exacte est de 1 990,98 cm³. Ferrari annonce une puissance de 300 ch à 11 800 tr/min, soit un rendement particulièrement élevé pour un moteur atmosphérique de cette cylindrée à la fin des années 1960.

Le bloc possède un alésage de 65 mm et une course de 50 mm. Cette architecture super-carrée, avec un alésage supérieur à la course, favorise les hauts régimes. Le rapport volumétrique atteint 11:1. La distribution utilise quatre soupapes par cylindre, tandis que l’alimentation est assurée par une injection indirecte Lucas. Un système de lubrification par carter sec garantit une alimentation régulière en huile malgré les accélérations, les freinages et les changements rapides d’appui.

Ce moteur dérive du flat-12 Tipo 207 de 1,5 litre développé pour la Formule 1. Son adaptation à une cylindrée proche de deux litres permet d’obtenir davantage de couple tout en conservant une capacité exceptionnelle à prendre des tours. Les caractéristiques officielles du moteur, de la transmission et du châssis sont détaillées sur la fiche historique de Ferrari.

La présence d’un douze cylindres à plat distingue également la 212 E des prototypes Ferrari équipés de V12 traditionnels. À la même période, la marque développe d’autres voitures de compétition à moteur central, dont la Ferrari 312 P. La 212 E suit toutefois une approche beaucoup plus ciblée : son groupe motopropulseur, son réservoir et sa carrosserie sont dimensionnés pour des ascensions chronométrées, non pour l’endurance.

Une masse de seulement 500 kg

Ferrari indique une masse à sec de 500 kg. Associée aux 300 ch annoncés, cette valeur correspond à un rapport poids-puissance théorique d’environ 1,67 kg par cheval. Ce chiffre permet de comprendre l’efficacité de la voiture en sortie de virage et dans les portions à forte pente.

La boîte manuelle comporte cinq rapports et une marche arrière. Les rapports pouvaient être adaptés aux caractéristiques des parcours, une nécessité en course de côte où les vitesses maximales, la longueur des lignes droites et l’enchaînement des virages varient fortement d’une épreuve à l’autre. Ferrari annonçait une vitesse maximale de 250 km/h, valeur élevée pour un prototype aussi léger, même si la plupart des tracés de montagne ne permettaient pas de la maintenir longtemps.

La 212 E mesure 3 800 mm de long pour 1 980 mm de large. Son empattement est de 2 340 mm. Ces proportions associent une faible longueur à une largeur importante, ce qui favorise la stabilité et l’agilité. Le réservoir ne contient que 30 litres, une capacité cohérente avec des courses disputées sur une seule montée et ne nécessitant aucune autonomie comparable à celle d’une épreuve d’endurance.

Les sept victoires de la saison 1969

Peter Schetty est choisi pour piloter la Ferrari 212 E en Championnat d’Europe de la montagne. Le Suisse connaît déjà la compétition automobile et participe également au développement de la voiture. En 1969, l’association entre le pilote et le prototype se révèle invaincue.

  • Montseny, en Espagne ;
  • Rossfeld, en Allemagne de l’Ouest ;
  • Mont Ventoux, en France ;
  • Trento-Bondone, en Italie ;
  • Cesana-Sestriere, en Italie ;
  • Fribourg-Schauinsland, en Allemagne de l’Ouest ;
  • Ollon-Villars, en Suisse.

La Ferrari remporte ainsi les sept courses auxquelles elle est engagée. Schetty sécurise le titre européen avant la dernière manche du calendrier. Ferrari décide alors de ne pas participer à la course du Gaisberg, devenue sans enjeu pour le championnat. La saison de la 212 E se termine donc sur un bilan parfait de sept victoires en sept départs.

Une carrière aussi courte que dominante

La 212 E n’a pas été conçue pour devenir une voiture cliente produite en série ni pour courir pendant plusieurs saisons dans différentes catégories. Sa carrière officielle est étroitement liée à l’objectif de 1969. Une fois le titre européen remporté, Ferrari ne poursuit pas le programme sous la même forme.

Cette brièveté explique en partie la place particulière du modèle dans l’histoire de la marque. Contrairement aux prototypes d’endurance engagés au Mans, à Daytona ou dans le Championnat du monde des voitures de sport, la 212 E reste associée à des épreuves dont la couverture médiatique internationale était plus limitée. Son palmarès est pourtant difficile à égaler : elle a remporté chaque course à laquelle Ferrari l’a inscrite durant sa campagne européenne.

La spécialisation extrême de la voiture constitue sa principale valeur historique. Son petit réservoir, sa carrosserie minimale, son poids contenu et son moteur capable de dépasser 11 000 tr/min ne répondent pas à un compromis polyvalent. Chaque élément sert la même fonction : parcourir une route de montagne le plus rapidement possible, sans considération pour l’endurance, le confort ou l’usage routier.

Le châssis 0862 après la compétition

L’unique Ferrari 212 E est identifiée par le numéro de châssis 0862. Son caractère unique, son moteur atypique et sa saison invaincue lui confèrent une importance particulière parmi les prototypes Ferrari d’après-guerre.

En janvier 2006, le châssis 0862 est proposé lors d’une vente organisée en Arizona par RM Auctions. Il est adjugé pour 1 650 000 dollars. Ce résultat doit être replacé dans le contexte du marché des voitures de collection de 2006 et ne constitue pas une estimation actuelle de sa valeur. Il reste néanmoins un repère documenté dans l’historique public de cette Ferrari conçue pour une seule saison et victorieuse à chacune de ses apparitions officielles.