Ferrari 512 BB LM

Ferrari 512 BB LM

La Ferrari 512 BB LM est la version de compétition de la Berlinetta Boxer, développée pour les grandes courses d’endurance de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Apparue au Mans en 1978, elle associe un moteur 12 cylindres de près de cinq litres à une carrosserie profondément remaniée pour la haute vitesse. Son meilleur résultat aux 24 Heures du Mans reste une cinquième place au classement général en 1981.

Une Berlinetta Boxer transformée pour l’endurance

La base mécanique provient de la Ferrari 512 BB, une sportive routière à moteur central arrière commercialisée dans la seconde moitié des années 1970. Pour l’adapter à la compétition, Ferrari et les équipes engagées ne se sont pas contentées d’alléger l’habitacle ou de modifier les réglages du moteur. La voiture a reçu un châssis adapté, une suspension dotée d’articulations spécifiques, un système de refroidissement renforcé et une carrosserie pensée pour les longues lignes droites des circuits d’endurance.

Cette filiation s’inscrit dans l’histoire de la gamme Berlinetta Boxer, inaugurée par la Ferrari 365 GT4 BB. La 512 BB reprend son architecture générale, mais porte la cylindrée à près de cinq litres. La BB LM exploite cette mécanique dans un environnement très différent, où la puissance doit rester disponible pendant plusieurs heures et où la stabilité aérodynamique compte autant que la vitesse maximale.

Les premières voitures engagées en 1978

Quatre Ferrari 512 BB préparées pour la course prennent le départ des 24 Heures du Mans 1978. Deux sont engagées par Charles Pozzi, une par l’Écurie Francorchamps et une par le North American Racing Team. Ces voitures conservent encore une silhouette relativement proche du modèle routier, malgré des modifications importantes destinées à réduire le poids et à améliorer les performances.

Aucune des quatre voitures ne termine l’épreuve. Cette première tentative met notamment en évidence les limites aérodynamiques et mécaniques d’une adaptation encore étroitement dérivée de la voiture de série. Elle conduit Ferrari à développer une version beaucoup plus spécialisée, reconnaissable à sa carrosserie longue et basse.

Une carrosserie Pininfarina conçue pour la vitesse

À partir de la fin de l’année 1978, la 512 BB LM change profondément d’apparence. Sa carrosserie est redessinée avec l’aide de Pininfarina et étudiée en soufflerie. Le nez devient plus bas, les projecteurs escamotables disparaissent au profit d’éléments fixes et la partie arrière est fortement allongée. Cette poupe étirée vise à réduire la traînée tout en améliorant la stabilité à très haute vitesse.

La voiture mesure 4 895 mm de long, soit nettement plus que la 512 BB routière, pour 1 830 mm de large et seulement 1 120 mm de haut. Son empattement reste fixé à 2 500 mm. Cette silhouette très basse, associée à une surface frontale réduite, explique en partie la vitesse maximale officielle annoncée à 320 km/h.

Le dessin répond avant tout aux contraintes du Mans. La vitesse dans la ligne droite des Hunaudières représentait alors un facteur déterminant, avant l’installation des chicanes en 1990. La recherche d’efficacité ne concernait donc pas seulement la puissance du moteur, mais aussi la capacité de la carrosserie à pénétrer l’air sans rendre la voiture instable pendant les longues phases à pleine charge.

Un 12 cylindres à plat de près de cinq litres

La 512 BB LM utilise un moteur arrière longitudinal de 4 943,04 cm³. Ferrari le décrit comme un 12 cylindres à plat, également présenté comme un V12 ouvert à 180 degrés. Il reçoit une injection indirecte Lucas et une lubrification par carter sec, une solution adaptée aux fortes accélérations latérales et aux longues périodes de fonctionnement à haut régime.

Selon la fiche technique officielle de Ferrari, la puissance atteint 346 kW, soit 470 ch, à 7 250 tr/min. Le rapport volumétrique est de 10,3:1 et la puissance spécifique annoncée s’élève à 95 ch par litre. La transmission repose sur une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière.

CaractéristiqueFerrari 512 BB LM
Moteur12 cylindres à plat, arrière longitudinal
Cylindrée4 943,04 cm³
AlimentationInjection indirecte Lucas
Puissance470 ch à 7 250 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à cinq rapports
Poids avec fluides1 050 kg
Vitesse maximale annoncée320 km/h
Capacité du réservoir120 litres

Avec un poids annoncé de 1 050 kg avec les fluides, la BB LM présente un rapport poids-puissance très favorable pour son époque. Sa préparation comprend également la suppression du servofrein, des articulations de suspension de type uniball et des adaptations destinées à maintenir les températures sous contrôle lors d’une utilisation prolongée à pleine charge.

Une mécanique exigeante en course

Les performances brutes de la 512 BB LM ne suffisent pas à garantir un résultat en endurance. Le moteur, la transmission, les freins et le refroidissement doivent supporter une succession de relais rapides, souvent disputés sous des températures très variables. Les voitures privées doivent en outre composer avec des moyens techniques inférieurs à ceux des grandes équipes d’usine engagées avec des prototypes spécialement conçus pour la victoire générale.

L’injection Lucas contribue à améliorer l’alimentation du moteur par rapport aux premières préparations à carburateurs. Cette évolution ne doit toutefois pas être confondue avec celle de la gamme routière, qui adopte ensuite l’injection sur la Ferrari 512 BBi. Sur la BB LM, l’objectif est directement lié à la compétition, à la précision de l’alimentation et au maintien des performances pendant les longues courses.

Les résultats aux 24 Heures du Mans

Après l’abandon des quatre voitures engagées en 1978, la Ferrari 512 BB obtient son premier classement à l’arrivée du Mans en 1979. La mieux placée termine alors douzième au classement général. Le modèle progresse ensuite et figure dans les dix premiers de l’épreuve en 1980, 1981 et 1982.

Le sommet de son palmarès est atteint en 1981. La voiture numéro 47 engagée par Charles Pozzi en catégorie IMSA GTX termine cinquième au classement général. Elle est pilotée par Jean-Claude Andruet, Claude Ballot-Léna et Hervé Regout. Ce résultat constitue la meilleure performance d’une Ferrari 512 BB LM aux 24 Heures du Mans.

Cette cinquième place est d’autant plus notable que la BB LM affronte des prototypes conçus exclusivement pour l’endurance. Elle reste fondamentalement issue d’une automobile de route, même si les transformations apportées à sa carrosserie, à son châssis et à sa mécanique l’en éloignent considérablement.

Combien de Ferrari 512 BB LM ont été construites ?

Le nombre d’exemplaires demande une distinction entre les voitures préparées pour la saison 1978 et les versions dotées de la carrosserie aérodynamique Pininfarina. Quatre 512 BB de première génération sont engagées au Mans en 1978. Elles sont souvent intégrées rétrospectivement à l’histoire de la BB LM, mais elles diffèrent visuellement et techniquement des voitures produites ensuite.

La série à carrosserie longue compte généralement 25 exemplaires. Neuf voitures sont construites en 1979, puis seize autres versions évoluées suivent entre 1980 et 1982. Ces dernières sont parfois désignées comme des voitures de troisième série, avec plusieurs améliorations de détail destinées à la fiabilité, à l’aérodynamique et à l’exploitation en course.

Cette production limitée explique la rareté actuelle du modèle, mais aussi les différences observables d’un châssis à l’autre. Les voitures ont été engagées par plusieurs écuries et ont pu recevoir des modifications au fil de leur carrière, notamment en fonction des règlements, des circuits et des besoins propres à chaque équipe.

Une appellation à ne pas confondre avec les prototypes 512

Le nombre 512 a été utilisé par Ferrari pour plusieurs voitures très différentes. La Ferrari 512 S est un prototype sportif apparu au début des années 1970, développé pour affronter notamment la Porsche 917. Malgré une cylindrée comparable, elle ne partage pas la base routière ni la carrosserie de la Berlinetta Boxer.

La Ferrari 512 M est l’évolution de ce prototype, la lettre M signifiant Modificata. La mention LM de la 512 BB renvoie pour sa part à son orientation vers Le Mans et l’endurance. Les deux modèles appartiennent donc à des générations et à des catégories techniques distinctes.

La dernière grande Ferrari d’endurance dérivée de la Berlinetta Boxer

La 512 BB LM occupe une place singulière dans l’histoire sportive de Ferrari. Elle n’a pas été conçue pour dominer le championnat du monde face aux prototypes d’usine, mais pour offrir aux équipes clientes une GT très rapide capable de disputer les grandes épreuves d’endurance. Sa carrière illustre à la fois le potentiel du 12 cylindres Boxer et les difficultés liées à la transformation d’une voiture de route en machine de course fiable.

Son intérêt historique repose autant sur sa mécanique que sur son évolution. Les premières voitures de 1978 restent proches de la 512 BB, tandis que les versions suivantes adoptent une silhouette presque entièrement dictée par l’aérodynamique. La cinquième place obtenue au Mans en 1981 constitue l’aboutissement de ce développement et le résultat de référence de la Ferrari 512 BB LM.