Le Porsche 356 Speedster apparaît à l’automne 1954 comme une déclinaison particulièrement dépouillée de la Porsche 356. Conçu notamment à la demande de l’importateur américain Max Hoffman, il reprend la philosophie légère de l’America Roadster tout en adoptant une carrosserie en acier plus simple à produire. Son pare-brise abaissé, son habitacle réduit à deux places et son équipement minimal en font l’une des versions les plus reconnaissables de la première Porsche de série.
Le Speedster est lancé pour le millésime 1955, avec d’abord un quatre cylindres boxer de 1,5 litre. La gamme évolue ensuite avec la 356 A et ses moteurs de 1,6 litre, puis avec les versions Super et Carrera destinées aux conducteurs recherchant davantage de performances. La production normale du Speedster s’achève en 1958, lorsque le Convertible D prend le relais avec une présentation plus confortable.
Origine et développement du Porsche 356 Speedster
L’histoire du Speedster commence aux États-Unis. Max Hoffman, importateur Porsche pour le marché américain, identifie une demande pour une voiture de sport ouverte, légère et relativement abordable. Porsche s’inspire alors de l’America Roadster de 1952, une 356 très dépouillée construite en aluminium en petite série, mais adopte une solution beaucoup plus industrialisable pour le nouveau modèle.
Le Speedster reçoit ainsi une carrosserie en acier produite notamment par Reutter à Stuttgart-Zuffenhausen. La conception de la carrosserie de la famille 356 est associée à Erwin Komenda, responsable de la conception des carrosseries chez Porsche. Le résultat conserve les lignes générales de la 356 tout en abaissant fortement le pare-brise et en simplifiant l’équipement.
Le premier Speedster apparaît en 1954 sous l’appellation 356 1500 Speedster. Porsche annonce alors un prix américain de 2 995 dollars. L’objectif n’est pas seulement de proposer un cabriolet moins cher, mais aussi de disposer d’une voiture adaptée aux courses de clubs, où son faible poids et son comportement deviennent des arguments importants.
À partir de 1955, la famille 356 évolue vers la 356 A. Le Speedster suit cette évolution et reçoit progressivement les nouveaux moteurs de 1,6 litre. En 1956, les versions 1600 et 1600 Super permettent de distinguer une configuration de 60 ch d’une version plus performante de 75 ch. Les évolutions de carrosserie comprennent notamment un pare-brise incurvé d’une pièce.
La carrière du Speedster atteint son apogée en 1957 avec les versions Carrera. La 356 A 1500 GS Carrera GT Speedster reçoit alors le moteur Carrera à quatre arbres à cames et développe 110 ch. Porsche indique une vitesse maximale de 200 km/h pour cette configuration, nettement supérieure à celle du Speedster standard.
La production normale du Speedster s’arrête en 1958. Le modèle est alors remplacé par le Convertible D, plus orienté vers le confort avec un pare-brise plus haut et des vitres latérales descendantes. Quelques exemplaires très spécifiques, notamment des Carrera, sont toutefois recensés au-delà de cette période.
Une 356 conçue pour la légèreté
Le Speedster se distingue immédiatement d’un cabriolet 356 classique par son pare-brise bas, sa silhouette plus compacte et son équipement réduit. Les premières voitures disposent d’une petite capote légère et de solutions simples pour les vitrages latéraux. L’habitacle privilégie clairement la conduite sportive plutôt que le confort à bord.
Cette philosophie rapproche le Speedster de l’America Roadster sans les confondre. L’America Roadster de 1952 est une version antérieure, extrêmement rare, dotée d’une carrosserie en aluminium fabriquée de manière artisanale. Le Speedster est une voiture de série à carrosserie acier et constitue le véritable modèle à l’origine de la lignée Speedster chez Porsche.
Le modèle conserve l’architecture fondamentale de la 356 avec un moteur quatre cylindres boxer refroidi par air placé à l’arrière et entraînant les roues arrière. Le châssis utilise des suspensions indépendantes et des barres de torsion. Les freins restent à tambours sur les quatre roues, conformément à la technologie de la période.
La version 356 A 1600 Super Speedster illustre bien le compromis recherché. Avec environ 760 kg, un moteur de 1 582 cm3 développant 75 ch et une vitesse maximale annoncée de 175 km/h, elle combine une masse contenue avec des performances significatives pour une voiture de sport du milieu des années 1950.
Fiche technique de la Porsche 356 Speedster
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Constructeur | Porsche |
| Modèle | 356 Speedster |
| Première apparition | 1954 |
| Période de production normale | 1954 à 1958 |
| Carrosserie | Roadster deux places |
| Structure | Carrosserie acier, structure autoporteuse |
| Moteur | Quatre cylindres boxer, refroidi par air |
| Cylindrée | 1 488 cm3 sur les premières versions ; 1 582 cm3 sur les 356 A |
| Alimentation | Carburateurs |
| Puissance | Environ 55 à 75 ch pour les versions courantes ; jusqu’à 110 ch pour certaines Carrera |
| Implantation | Moteur arrière |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Suspension avant | Roues indépendantes, bras longitudinaux et barres de torsion transversales |
| Suspension arrière | Essieu oscillant et barres de torsion transversales |
| Direction | Direction mécanique à vis et galet |
| Freins | Tambours hydrauliques aux quatre roues |
| Roues | 4,5 J x 15 sur la 356 A 1600 Super Speedster |
| Pneus | 5,60-15 Sport sur la 356 A 1600 Super Speedster |
| Longueur | Environ 3 950 mm |
| Largeur | Environ 1 670 mm |
| Hauteur | Environ 1 220 mm |
| Empattement | 2 100 mm |
| Voie avant | Environ 1 306 mm |
| Voie arrière | Environ 1 272 mm |
| Poids | Environ 760 kg pour la 356 A 1600 Super Speedster |
| Vitesse maximale | Environ 155 km/h pour le 1500 standard ; 175 km/h pour le 1600 Super ; jusqu’à 200 km/h pour certaines Carrera |
| 0 à 100 km/h | 14,5 s pour la 356 A 1600 Super Speedster |
| Réservoir | Environ 52 litres sur la 356 A 1600 Super Speedster |
Versions, moteurs et performances
Le premier 356 1500 Speedster utilise un moteur boxer de 1 488 cm3. Sa puissance varie selon la configuration, avec une version standard d’environ 55 ch et une version 1500 S plus puissante. Les chiffres de performances diffèrent donc déjà entre les différentes variantes portant le nom Speedster.
Le passage à la 356 A apporte les moteurs de 1 582 cm3. Le 1600 développe 60 ch, tandis que le 1600 Super atteint 75 ch. Cette dernière version constitue l’une des configurations les plus représentatives de la fin de carrière du Speedster. Porsche lui attribue une vitesse maximale de 175 km/h et un 0 à 100 km/h en 14,5 secondes.
Les Carrera occupent une position à part. Leur moteur à quatre arbres à cames est beaucoup plus sophistiqué que celui des Speedster ordinaires. La 356 A 1500 GS Carrera GT Speedster de 1957 atteint 110 ch et environ 200 km/h. Il serait donc trompeur d’utiliser ses performances pour caractériser l’ensemble de la gamme.
Cette diversité explique les écarts rencontrés dans les fiches consacrées au Speedster. Cylindrée, puissance, poids et performances doivent être associés à une année et à une version précise plutôt que résumés par une seule valeur applicable à toute la production.
Production, rareté et prix d’époque
Porsche recense environ 4 854 Speedsters produits pour la famille historique. Ce volume inclut les différentes évolutions du modèle et ne doit pas être confondu avec le nombre d’exemplaires d’une seule version mécanique. Les exemplaires Carrera constituent une fraction beaucoup plus rare de cette production.
Le prix de lancement américain de 2 995 dollars constitue l’un des chiffres historiques les mieux documentés. Cette tarification faisait partie de la stratégie définie pour le marché américain et participait à la vocation sportive et accessible du modèle par rapport aux versions plus luxueuses de la 356.
Aujourd’hui, le Speedster original appartient au marché des Porsche de collection les plus recherchées. Il n’existe cependant pas une valeur unique pertinente pour toutes les voitures. L’état, l’authenticité, la configuration mécanique, la présence des éléments d’origine, les numéros concordants, la provenance et la rareté d’une version Carrera peuvent modifier considérablement le prix d’un exemplaire.
Le Speedster en compétition et dans la culture automobile
La vocation sportive du Speedster se manifeste rapidement dans les compétitions de clubs américaines. Sa carrosserie légère et son moteur arrière en font une base intéressante pour les épreuves réservées aux petites cylindrées. Les versions plus puissantes, notamment les Carrera, renforcent encore son potentiel sportif.
L’histoire du modèle est également associée à James Dean. L’acteur possède une 356 1500 Super Speedster blanche avec laquelle il participe à des courses en Californie en 1955. Il échange ensuite cette voiture contre une Porsche 550 Spyder, devenue elle-même indissociable de son histoire automobile.
Le Speedster doit cependant être distingué de la 550 Spyder. Il s’agit d’une voiture de série dérivée de la 356, conçue notamment pour rendre la sportive plus accessible et plus adaptée aux courses de clubs, tandis que la 550 est une voiture de compétition beaucoup plus radicale à moteur central.
Les versions Carrera témoignent de la volonté de Porsche de rapprocher progressivement ses voitures de série de la compétition. Le moteur à quatre arbres à cames et les performances de la Carrera GT Speedster illustrent cette orientation, avant que d’autres sportives Porsche ne prolongent cette philosophie, dont la Porsche 904 Carrera GTS, modèle ultérieur et distinct.
Comment reconnaître un véritable 356 Speedster
Le premier indice visuel est le pare-brise nettement plus bas que celui d’un cabriolet 356 classique. La silhouette repose sur une carrosserie deux places, une petite capote et un équipement intérieur réduit. Les premières versions présentent également des solutions très simples pour les vitrages latéraux, cohérentes avec la recherche de légèreté.
La distinction entre un Speedster Pre-A et un 356 A Speedster demande davantage d’attention. Les évolutions de carrosserie, le pare-brise incurvé de la série A et les changements mécaniques permettent de situer une voiture dans la chronologie. Les caractéristiques exactes doivent être confrontées au numéro de châssis et aux documents historiques de l’exemplaire lorsqu’il s’agit d’établir son authenticité.
Il faut également éviter de confondre le modèle historique avec les nombreuses répliques produites ultérieurement. Une carrosserie ressemblant à celle d’un Speedster ne suffit pas à établir qu’il s’agit d’une Porsche 356 originale. Les répliques peuvent notamment utiliser une base Volkswagen et ne doivent évidemment pas être intégrées aux chiffres de production du modèle Porsche.
Le nom Speedster réapparaît beaucoup plus tard dans la gamme Porsche, notamment avec la Porsche 911 Speedster. Cette appellation traduit une philosophie comparable de voiture ouverte et orientée vers le plaisir de conduite, mais ces modèles modernes sont techniquement distincts du 356 Speedster de 1954.
Dans la gamme contemporaine, cette tradition des sportives Porsche à deux places et découvrables trouve aussi un écho avec le Porsche 718 Spyder. Il ne s’agit pas d’un descendant direct du 356 Speedster, mais d’une autre expression, plusieurs décennies plus tard, de la recherche d’une voiture de sport ouverte et relativement dépouillée.
La carrière du 356 Speedster s’inscrit enfin dans la dernière période de la famille 356 avant le renouvellement complet de la gamme. La Porsche 911 Classic apparaît au début des années 1960 et ouvre une nouvelle génération de voitures de sport Porsche, tandis que le Speedster reste l’une des versions emblématiques de la première époque 356.





