Chez Porsche, les trois lettres GTS désignent aujourd’hui plusieurs déclinaisons sportives, mais leur histoire commence avec une automobile bien précise. En 1963, la marque présente la Carrera GTS, connue en interne sous le type 904. Cette voiture de compétition homologuée pour la route est la première Porsche à porter le sigle Gran Turismo Sport. Parler de Porsche GTS à cette date revient donc à revenir aux origines de cette appellation, bien avant son adoption par des modèles de grande série.
La Porsche 904 Carrera GTS naît avec un objectif très différent de celui des GTS contemporaines. Porsche cherche alors à construire une sportive suffisamment légère et performante pour la compétition internationale, tout en produisant les exemplaires nécessaires à son homologation dans la catégorie GT. Le résultat prend la forme d’un coupé à moteur central dont la conception tranche avec celle des Porsche routières de l’époque.
La naissance de la Porsche GTS en 1963
Au début des années 1960, Porsche réoriente ses activités sportives après son engagement en Formule 1. La marque possède déjà une solide expérience des petites voitures de course à moteur central, acquise notamment avec la Porsche 550 Spyder puis avec les différentes versions de la 718. La nouvelle voiture doit cependant répondre à des exigences plus ambitieuses, avec une aérodynamique moderne, une structure légère et la possibilité d’être produite en série.
Les premiers travaux de style remontent à 1962. Ferdinand Alexander Porsche, dit F. A. Porsche ou Butzi Porsche, dessine une carrosserie particulièrement basse et profilée. Le développement se poursuit en 1963 en prévision de la réglementation sportive de 1964. La Carrera GTS est ainsi conçue dès l’origine comme une machine de compétition pouvant recevoir une homologation routière, et non comme une voiture de tourisme transformée après coup pour courir.
Elle prend directement la relève de la Porsche 718 dans une période où Porsche cherche à renforcer sa présence dans les courses de voitures de sport. L’obligation de construire cent exemplaires pour l’homologation explique aussi un changement d’échelle. La 904 ne peut plus être assemblée selon les méthodes presque artisanales réservées aux prototypes produits en très petite quantité.
Une carrosserie en fibre de verre conçue pour la légèreté
La 904 marque une rupture technique importante. Porsche adopte une carrosserie en plastique renforcé de fibres de verre, réalisée avec la collaboration de Heinkel Flugzeugbau. Cette enveloppe est collée à un châssis en acier, une solution qui contribue à la rigidité de l’ensemble tout en limitant la masse. Il s’agit de la première Porsche utilisant une carrosserie de ce type.
Le dessin de F. A. Porsche répond directement aux contraintes aérodynamiques. Avec seulement 1,065 m de hauteur et une surface frontale annoncée à 1,4 m², la Carrera GTS offre une silhouette extrêmement compacte. Le nez plongeant, les optiques intégrées sous des protections transparentes, le pare-brise fortement incliné et le pavillon très bas permettent de reconnaître immédiatement la 904. À l’arrière, le volume moteur est intégré sous une longue partie vitrée se terminant par une poupe abrupte.
L’architecture à moteur central constitue une autre différence fondamentale avec la nouvelle 911 routière apparue à la même époque. Le moteur se trouve derrière les occupants mais devant l’essieu arrière. Cette disposition favorise la répartition des masses recherchée en compétition. La suspension indépendante, la direction à crémaillère et les quatre freins à disque complètent une conception entièrement orientée vers l’efficacité.
Fiche technique de la Porsche GTS
| Caractéristique | Porsche Carrera GTS Type 904 |
|---|---|
| Première apparition | 1963 |
| Architecture moteur | 4 cylindres à plat refroidi par air |
| Type moteur | Type 587/3 |
| Cylindrée | Environ 1 966 cm³ |
| Distribution | Double arbre à cames par banc |
| Puissance | 180 ch, 132 kW |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis en acier et carrosserie en plastique renforcé de fibres de verre |
| Suspension | Roues indépendantes |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Longueur | 4 090 mm |
| Largeur | Environ 1 540 mm |
| Hauteur | 1 065 mm |
| Empattement | 2 300 mm |
| Voie avant | Environ 1 316 mm |
| Voie arrière | Environ 1 312 mm |
| Poids | Environ 650 kg selon configuration |
| Surface frontale | 1,4 m² |
| Vitesse maximale | Jusqu’à 263 km/h |
Du quatre cylindres aux 904 d’usine plus puissantes
La fiche technique de la Porsche GTS doit être distinguée de celle des variantes expérimentales engagées par l’usine. La Carrera GTS destinée à constituer l’essentiel de la production reçoit le quatre cylindres boxer Type 587/3 de deux litres, héritier des moteurs Carrera à quatre arbres à cames. Avec environ 180 ch pour une masse proche de 650 kg, Porsche obtient un rapport poids-puissance particulièrement favorable sans recourir à une grosse cylindrée.
La carrière de la 904 ne se limite pourtant pas à cette mécanique. Porsche utilise également des exemplaires équipés d’un six cylindres développant environ 210 ch, tandis que trois 904 reçoivent un huit cylindres. Une 904/8 de 1 982 cm³ conservée dans les collections Porsche développe 240 ch. Ces voitures servent au développement et à la compétition et ne doivent donc pas être confondues avec la configuration quatre cylindres de référence.
Cette diversité explique certaines contradictions dans les fiches historiques consacrées à la 904. Puissance, masse et performances peuvent changer sensiblement suivant le moteur et la préparation. Même les montes pneumatiques évoluent en fonction des épreuves. La vitesse maximale de 263 km/h associée par Porsche à la Carrera GTS montre néanmoins l’efficacité obtenue grâce à la combinaison d’une faible masse, d’une surface frontale réduite et d’une carrosserie soigneusement profilée.
Une carrière sportive immédiatement couronnée de succès
La 904 entre réellement sur la scène internationale en 1964. Sa polyvalence lui permet de participer aussi bien aux grandes courses d’endurance qu’aux épreuves routières, aux courses de côte et aux rallyes. Elle obtient des résultats de catégorie à Daytona et Sebring avant de signer son succès le plus emblématique en Sicile.
À la Targa Florio 1964, Antonio Pucci et Colin Davis remportent le classement général sur une 904 à quatre cylindres. La victoire est particulièrement significative pour une voiture de seulement deux litres confrontée à des machines plus puissantes. La même saison, cinq 904 prennent le départ des 24 Heures du Mans et toutes atteignent l’arrivée, les cinq voitures figurant parmi les douze premières du classement général.
La Carrera GTS démontre également qu’elle ne se limite pas aux circuits. Au Rallye Monte-Carlo 1965, Eugen Böhringer et Rolf Wütherich terminent deuxièmes au classement général. Cette capacité à être compétitive dans des disciplines très différentes illustre le sens originel de Gran Turismo Sport : une voiture rapide, légère et exploitable au-delà d’une seule catégorie de compétition.
La 904 sert parallèlement de laboratoire à Porsche pour les moteurs six et huit cylindres qui préparent la génération suivante de prototypes. Dès 1966, le programme sportif évolue vers la Porsche 906 Carrera 6, plus radicale dans sa conception et moins directement liée à l’idée d’une GT routière produite pour satisfaire une homologation.
Une production limitée par nature
La production de la Carrera GTS répond d’abord à la nécessité d’atteindre le seuil d’homologation de cent voitures. Porsche documente un total de 116 exemplaires dans son historique du modèle. Le décompte comprend différentes configurations : la marque mentionne notamment 106 voitures à moteur quatre cylindres, auxquelles s’ajoutent les exemplaires dotés des mécaniques expérimentales à six et huit cylindres.
Le prix d’époque généralement documenté pour une 904 Carrera GTS destinée à la clientèle est de 29 700 Deutsche Mark. Même si elle pouvait être immatriculée, sa conception restait celle d’une automobile de compétition. L’habitacle, l’architecture mécanique et la recherche systématique de légèreté étaient très éloignés du compromis proposé par une sportive routière traditionnelle.
Cette faible production rend aujourd’hui l’historique individuel de chaque châssis particulièrement important. Les voitures ont connu des carrières très différentes, parfois avec des changements de moteur ou de configuration liés à leur utilisation en compétition. Une valeur unique serait donc peu représentative : l’originalité, la mécanique présente et le palmarès du châssis ont une influence déterminante sur les transactions.
Comment GTS est devenu un label Porsche
Le sens du sigle évolue profondément après la 904. Sur la Carrera GTS de 1963, GTS appartient au nom d’une voiture développée spécifiquement pour la compétition et homologuée pour la route. Porsche réutilise ensuite ces trois lettres sur d’autres modèles, notamment sur la 924 Carrera GTS puis sur la Porsche 928 GTS. Le lien devient progressivement moins celui d’une homologation sportive que celui d’un positionnement particulier dans la gamme.
Au XXIe siècle, GTS devient une désignation transversale. Elle apparaît sur plusieurs familles de voitures et identifie généralement une variante plus sportive située entre les versions courantes et les déclinaisons les plus radicales. La Porsche 911 adopte notamment une Carrera GTS, tandis que le sigle s’étend aux SUV, berlines et modèles électriques de la marque.
Une Porsche Macan GTS moderne n’est donc ni une descendante technique directe de la 904 ni une voiture répondant au même cahier des charges. Elle reprend surtout une appellation née avec la Carrera GTS et devenue, au fil des décennies, une manière d’identifier chez Porsche un compromis orienté vers les performances. Cette évolution explique pourquoi la requête « Porsche GTS » peut aujourd’hui désigner de nombreux véhicules, alors qu’en 1963 elle renvoie à une automobile unique : la Carrera GTS Type 904.





