Présentée en 2000, la Rolls-royce Park Ward est la déclinaison à empattement long de la Rolls-royce Silver Seraph. Produite à Crewe jusqu’en 2002, elle appartient aux toutes dernières Rolls-Royce de l’ère historique de cette usine. Son V12 BMW de 5,4 litres, sa longueur portée à environ 5,64 m et son aménagement tourné vers les passagers arrière en font une grande berline de représentation, fabriquée à seulement quelques dizaines d’exemplaires par an.
Une Silver Seraph allongée pour les passagers arrière
La Park Ward apparaît deux ans après la Silver Seraph, lancée en 1998. Rolls-Royce cherche alors à proposer une version encore plus statutaire de sa berline, adaptée aux propriétaires utilisant régulièrement les services d’un chauffeur. La formule est traditionnelle pour la marque, mais elle est appliquée ici à une génération dont la carrière sera particulièrement courte.
Présentée au Salon de Genève en 2000, la Park Ward reçoit environ 250 mm d’empattement supplémentaire par rapport à la Silver Seraph. L’allongement porte son empattement à environ 3 366 mm et sa longueur totale à 5 640 mm. L’essentiel du bénéfice revient à l’habitacle arrière, avec davantage d’espace pour les jambes et des portes arrière sensiblement plus longues.
Cette transformation ne consiste pas simplement à insérer une section supplémentaire au milieu de la carrosserie. Les dimensions des ouvrants et des panneaux sont adaptées afin de préserver les proportions de la Silver Seraph. Malgré ses dimensions de limousine, la Park Ward conserve ainsi une silhouette de berline relativement homogène, sans rupture visuelle importante entre les parties avant et arrière.
Le nom Park Ward et le risque de confusion
Park Ward est d’abord le nom d’un prestigieux carrossier britannique fondé en 1919. Étroitement lié à Rolls-Royce, il passe sous le contrôle du constructeur avant d’être associé à H. J. Mulliner. Le nom reste ensuite attaché à la tradition des carrosseries et transformations de prestige de la marque. Son utilisation pour la berline de 2000 constitue donc une référence directe à cet héritage.
Il faut cependant distinguer cette Park Ward des limousines Rolls-Royce des années 1990 portant également cette appellation. Ces voitures appartiennent à la génération des Rolls-royce Silver Spur et reposent sur une architecture antérieure. Elles peuvent présenter un allongement beaucoup plus important et une configuration de véritable limousine avec séparation chauffeur.
La filiation historique passe également par la Rolls-royce Silver Spirit, apparue en 1980 et à l’origine de cette famille de grandes berlines de Crewe. La Park Ward de 2000 appartient au contraire à la génération Silver Seraph et se reconnaît à sa carrosserie plus arrondie, à ses doubles projecteurs circulaires et à sa mécanique V12 d’origine BMW.
Un V12 BMW sous le capot
Comme la Silver Seraph, la Park Ward utilise un V12 atmosphérique BMW de 5 379 cm3. Ce moteur à 60 degrés, issu de la famille M73, développe environ 240 kW, soit 326 ch selon la norme européenne, avec un couple maximal voisin de 490 Nm. Il est associé à une boîte automatique à cinq rapports et entraîne les roues arrière.
Cette mécanique marque une rupture avec les V8 Rolls-Royce qui avaient équipé plusieurs générations précédentes. Elle correspond à la coopération technique mise en place à la fin des années 1990, lorsque Rolls-Royce et Bentley renouvellent profondément leurs grandes berlines. Dans la Park Ward, le choix du V12 privilégie avant tout la souplesse, le silence et la disponibilité du couple plutôt qu’une vocation sportive.
Malgré une masse proche de 2,45 tonnes, les performances restent élevées pour une limousine de cette époque. Les données publiées situent la vitesse maximale autour de 225 km/h. Les chiffres d’accélération varient davantage suivant les références, avec environ 7,3 à 7,8 secondes pour atteindre 100 km/h. Ces écarts s’expliquent notamment par les méthodes de mesure et les spécifications retenues.
Fiche technique de la Rolls-royce Park Ward
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 2000 à 2002 |
| Carrosserie | Berline de grand luxe à 4 portes, empattement long |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | V12 essence atmosphérique BMW M73, 60 degrés |
| Cylindrée | 5 379 cm3 |
| Alésage x course | 85 x 79 mm |
| Distribution | 24 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique Bosch Motronic |
| Taux de compression | 10,0:1 |
| Puissance | 240 kW, environ 326 ch à 5 000 tr/min |
| Couple maximal | Environ 490 Nm à 3 900 tr/min |
| Boîte de vitesses | Automatique à 5 rapports |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Indépendante à doubles triangles |
| Amortissement | Pilotage électronique avec correction de niveau |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues, ABS |
| Pneumatiques | 235/65 R16 |
| Longueur | Environ 5 640 mm |
| Largeur | Environ 1 930 mm hors rétroviseurs |
| Hauteur | Environ 1 515 mm |
| Empattement | Environ 3 366 mm |
| Voie avant | Environ 1 608 mm |
| Poids à vide | Environ 2 435 à 2 450 kg selon spécification et méthode |
| Vitesse maximale | Environ 225 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,3 à 7,8 s selon les sources |
| Consommation mixte | Environ 17,4 l/100 km selon les données européennes publiées |
| Émissions de CO2 | Environ 416 g/km |
Une limousine pensée comme un salon roulant
L’allongement de la Park Ward prend tout son sens à l’arrière. L’espace supplémentaire est principalement consacré aux jambes des passagers, tandis que la conception des portes facilite l’accès à cette partie de l’habitacle. La position de conduite et l’architecture générale restent celles de la Silver Seraph, ce qui différencie la voiture d’une limousine construite autour d’un compartiment arrière totalement séparé.
L’habitacle reprend les codes traditionnels de Rolls-Royce, avec une utilisation abondante du cuir, du bois et de matériaux travaillés artisanalement. La faible diffusion du modèle s’accompagne d’un niveau de personnalisation important. Les clients pouvaient choisir de nombreux éléments de finition, les associations de couleurs et certains équipements, si bien que les configurations intérieures peuvent différer sensiblement d’une voiture à l’autre.
La Park Ward reste pourtant techniquement proche de la Silver Seraph. Ses suspensions indépendantes à doubles triangles et son amortissement piloté doivent concilier le poids élevé, l’empattement allongé et le confort attendu d’une Rolls-Royce. La correction automatique de niveau permet notamment de préserver l’assiette lorsque les places arrière ou le coffre sont chargés.
Par sa fonction, cette architecture prolonge une longue tradition de voitures destinées aux déplacements avec chauffeur, représentée à différentes époques par des modèles comme la Rolls-royce Phantom Limousine. La Park Ward adopte toutefois une approche plus discrète : son empattement allongé demeure intégré à une carrosserie de berline plutôt que de chercher l’apparence d’une limousine cérémonielle.
Une production extrêmement limitée à Crewe
La Park Ward est l’une des Rolls-Royce de série les plus rares de cette période. Les sources historiques ne s’accordent pas totalement sur son volume : certaines avancent 127 voitures, tandis qu’un recensement détaillé des numéros de châssis en identifie 124. Ce dernier décompte répartit la production en 11 exemplaires pour 2000, 58 pour 2001 et 55 pour 2002. Il recense également 97 voitures à conduite à gauche et 27 à conduite à droite.
Cette diffusion confidentielle tient autant au positionnement du modèle qu’à son calendrier. Lorsqu’elle apparaît en 2000, l’avenir industriel de Rolls-Royce est déjà engagé dans une profonde transformation. La production des Rolls-Royce de Crewe doit prendre fin en 2002, tandis que Bentley demeure sur le site sous le contrôle du groupe Volkswagen. Les droits permettant à BMW de produire de nouvelles automobiles sous la marque Rolls-Royce prennent pleinement effet à partir de 2003.
La carrière de la Park Ward s’arrête donc avec celle de la Silver Seraph. Elle ne reçoit pas de remplaçante directe portant le même nom. La nouvelle génération incarnée par la Rolls-royce Phantom VII ouvre en 2003 une autre époque industrielle, avec des voitures conçues et assemblées à Goodwood plutôt qu’à Crewe.
Les dernières années de l’ancienne Rolls-Royce
La brièveté de sa carrière donne à la Park Ward une place particulière. Elle associe une conception encore liée à l’ancienne organisation industrielle de Rolls-Royce Motors à une mécanique BMW qui annonce déjà la transition en cours. Elle représente également l’ultime utilisation du nom Park Ward sur un modèle de série Rolls-Royce, plusieurs décennies après l’intégration du célèbre carrossier à l’histoire du constructeur.
La personnalisation constituait une part essentielle de son positionnement. En 2001, une Park Ward spécialement configurée fut notamment présentée au Tokyo Motor Show afin de mettre en valeur les possibilités offertes par le travail sur commande de Crewe. Plus que la recherche de volumes, le modèle servait ainsi une clientèle capable de faire réaliser une automobile largement adaptée à ses préférences.
Après la séparation industrielle entre Rolls-Royce et Bentley, le principe de la grande berline allongée ne disparaît pas. Il réapparaît sous d’autres appellations dans la gamme construite à Goodwood, notamment avec la Rolls-royce Phantom EWB, qui reprend la même logique fondamentale : augmenter l’empattement afin de réserver davantage d’espace et de confort aux occupants arrière.




