Rolls-royce Silver Seraph

Rolls-royce Silver Seraph

Présentée en 1998, la Rolls-royce Silver Seraph marque une rupture majeure dans l’histoire de la marque britannique. Cette grande berline de luxe abandonne l’architecture vieillissante de la génération précédente au profit d’une structure entièrement renouvelée, d’une électronique plus moderne et surtout d’un V12 d’origine BMW. Produite à Crewe jusqu’en 2002, elle est aussi la dernière nouvelle Rolls-Royce développée sous l’ancienne organisation industrielle de Rolls-Royce Motors.

Une nouvelle Rolls-Royce préparée pendant quatorze ans

La genèse de la Silver Seraph commence dès 1984 avec le programme SXB, destiné à préparer le remplacement de la famille alors représentée par la Rolls-royce Silver Spirit. L’objectif est ambitieux : conserver l’espace, le confort et la position de conduite dominante traditionnellement associés à la marque tout en obtenant une automobile plus moderne dans sa conception et son comportement.

Le développement connaît plusieurs interruptions et changements de nom. Suspendu en 1992 pour des raisons financières, le projet reprend en janvier 1994. Il reçoit quelques mois plus tard le feu vert sous le code P600. En mai 1995, les deux branches du programme deviennent P3000 pour la future Rolls-Royce et P2000 pour la Bentley correspondante. Le recours à la conception assistée par ordinateur constitue alors une nouveauté importante pour le constructeur de Crewe.

Le choix d’une mécanique BMW est arrêté pendant cette phase. La Silver Seraph reçoit ainsi un V12 atmosphérique de 5 379 cm3 associé à une boîte automatique ZF à cinq rapports. Cette décision rompt avec les V8 maison utilisés pendant des décennies et accompagne une modernisation beaucoup plus profonde que ne le laisse supposer le style volontairement traditionnel de la voiture.

La Silver Seraph est dévoilée à la presse en Écosse en janvier 1998, avant sa présentation publique au Salon de Genève en mars. Elle remplace une famille dont la version à empattement long était notamment incarnée par la Rolls-royce Silver Spur. Malgré une silhouette immédiatement identifiable comme une Rolls-Royce, la nouvelle venue n’est donc pas une simple évolution de ses devancières.

Un V12 BMW au service du silence et de la souplesse

Le moteur constitue l’une des particularités essentielles de la Silver Seraph. Il s’agit du BMW M73, un V12 atmosphérique en alliage d’aluminium de 5,4 litres et 24 soupapes. Les chiffres publiés varient légèrement avec les normes utilisées, autour de 322 à 326 ch, pour un couple voisin de 490 Nm. L’objectif n’est pas d’en faire une berline sportive, mais de fournir une poussée progressive avec le minimum d’effort perceptible.

Ce moteur marque surtout le retour du douze cylindres chez Rolls-Royce après une absence de plusieurs décennies. Le précédent modèle de série de la marque doté d’une telle architecture était la Rolls-royce Phantom III d’avant-guerre. L’adoption du V12 BMW devient ainsi l’un des symboles les plus visibles de la transformation technique engagée à Crewe durant les années 1990.

La puissance est transmise aux seules roues arrière par une boîte automatique ZF 5HP30 à cinq rapports. Malgré une masse dépassant 2,3 tonnes, la Silver Seraph atteint 100 km/h en environ 7,1 secondes et peut approcher 220 à 225 km/h. Ces performances sont surtout la conséquence de la réserve du V12 : la mise au point générale privilégie l’isolation, la stabilité et la douceur de fonctionnement.

Fiche technique de la Rolls-royce Silver Seraph

CaractéristiqueRolls-royce Silver Seraph
Production1998-2002
CarrosserieBerline 4 portes de grand luxe
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
MoteurBMW M73 V12 atmosphérique, 24 soupapes
Cylindrée5 379 cm3
PuissanceEnviron 322 à 326 ch selon la norme
CoupleEnviron 490 Nm à 3 900 tr/min
Boîte de vitessesAutomatique ZF 5HP30 à 5 rapports
SuspensionIndépendante avec contrôle adaptatif
FreinageDisques aux quatre roues avec ABS
Pneumatiques235/65 R16 selon monte
LongueurEnviron 5 390 mm
LargeurEnviron 1 930 mm hors rétroviseurs
HauteurEnviron 1 510 mm
EmpattementEnviron 3 116 à 3 120 mm
PoidsEnviron 2 300 à 2 350 kg selon méthode de mesure
0 à 100 km/hEnviron 7,1 s
Vitesse maximaleEnviron 220 à 225 km/h
Consommation combinéeEnviron 17,4 l/100 km selon cycle publié
RéservoirEnviron 100 litres
Site de productionCrewe, Royaume-Uni

Un dessin traditionnel sur une structure entièrement renouvelée

Sous la direction de Graham Hull, l’équipe de style cherche à moderniser Rolls-Royce sans effacer ses codes. La Silver Seraph conserve donc la haute calandre verticale surmontée de la Spirit of Ecstasy, un capot long et une présence très formelle, mais abandonne les lignes nettement rectilignes de ses devancières. Les surfaces sont plus galbées, les angles adoucis et l’intégration des différents volumes plus fluide.

La transformation est plus radicale sous la carrosserie. La structure est nouvelle et commune dans ses grandes lignes avec celle de la Bentley Arnage contemporaine. Sa rigidité est annoncée comme sensiblement supérieure à celle de la génération précédente, tandis que les suspensions indépendantes et leur contrôle adaptatif permettent de mieux concilier filtrage et maîtrise des mouvements de caisse.

Les deux voitures de Crewe ne doivent pourtant pas être confondues. La Silver Seraph adopte une présentation, des réglages et une mécanique spécifiques, orientés vers le raffinement. L’Arnage lancée à la même époque affiche une personnalité plus sportive et utilise initialement un V8 BMW de 4,4 litres suralimenté. La Seraph privilégie au contraire le fonctionnement naturellement progressif de son V12 atmosphérique.

L’habitacle poursuit cette recherche de continuité. Cuir, bois verni et tablettes arrière rappellent les Rolls-Royce traditionnelles, tandis que le sélecteur de la boîte automatique demeure placé sur la colonne de direction. La technologie nouvelle reste volontairement discrète afin que la voiture conserve l’atmosphère d’une grande berline britannique plutôt que celle d’une vitrine électronique de la fin des années 1990.

Silver Seraph standard, Park Ward et fin de production

La Silver Seraph standard repose sur un empattement d’environ 3,12 mètres et mesure près de 5,39 mètres. Elle ne doit pas être confondue avec la Rolls-royce Park Ward, variante allongée introduite en 2000. Cette dernière ajoute environ 25 cm et privilégie davantage encore l’espace réservé aux occupants arrière. Ses dimensions et ses chiffres de production ne doivent donc pas être utilisés pour décrire automatiquement la berline standard.

Le nombre exact de Silver Seraph produites fait l’objet de décomptes divergents. Le total de 1 570 exemplaires est très fréquemment publié, tandis que des recensements détaillés par numéros de châssis distinguent les voitures standard, les exemplaires de fin de série et les Park Ward et aboutissent à des résultats légèrement différents. Il est donc plus pertinent de retenir un ordre de grandeur d’environ 1 500 exemplaires pour la Silver Seraph plutôt que d’additionner des catégories qui ne sont pas définies de la même façon selon les sources.

La fin de carrière donne naissance à une série de voitures dites Last of Line, généralement donnée pour 170 exemplaires. Elles célèbrent la disparition prochaine de la production Rolls-Royce à Crewe avec plusieurs détails spécifiques de présentation. L’arrêt de la Silver Seraph en 2002 correspond en effet à une transformation industrielle sans précédent pour la marque.

La dernière nouvelle Rolls-Royce de l’ère Crewe

La Silver Seraph occupe une position particulière parce que son existence coïncide avec la séparation historique des destins de Rolls-Royce et Bentley. Après les accords industriels conclus à la fin des années 1990, Bentley et l’usine de Crewe passent sous le contrôle du groupe Volkswagen, tandis que BMW obtient les droits nécessaires à l’exploitation automobile de la marque Rolls-Royce à partir de 2003.

La production de la Silver Seraph cesse ainsi en 2002. La nouvelle Rolls-Royce Motor Cars ouvre ensuite l’ère de Goodwood avec la Rolls-royce Phantom VII, lancée en 2003 et développée dans un cadre industriel entièrement différent. Il n’existe donc pas de succession technique directe entre la Seraph et cette Phantom malgré leur proximité chronologique.

Dans la gamme moderne, la Rolls-royce Ghost retrouvera plus tard une position conceptuellement plus proche de celle de la Silver Seraph : celle d’une berline Rolls-Royce moins imposante que la Phantom et destinée à pouvoir être conduite par son propriétaire autant qu’à transporter des passagers arrière. La Silver Seraph reste toutefois un produit propre à son époque, conçu à Crewe et né de la dernière grande coopération industrielle entre Rolls-Royce, Bentley et BMW avant leur séparation.