Lancée en 2003, la Rolls-royce Phantom Vii est la première automobile entièrement développée par Rolls-Royce Motor Cars sous l’égide de BMW. Commercialisée simplement sous le nom Phantom à l’époque, elle reçoit rétrospectivement l’appellation Phantom VII pour la distinguer des autres générations. Cette imposante berline inaugure également le nouveau site de Goodwood et pose les bases de la Rolls-Royce moderne, avec une structure en aluminium, un V12 atmosphérique de 6,75 litres et une conception entièrement nouvelle.
La première Rolls-Royce de l’ère Goodwood
La genèse de la Phantom VII commence en 1998, lorsque BMW obtient les droits nécessaires pour produire des automobiles sous la marque Rolls-Royce. Le constructeur doit alors créer en quelques années une nouvelle organisation, une usine et surtout une voiture capable de reprendre les codes historiques de la marque sans simplement prolonger les modèles de l’époque Crewe. La Rolls-royce Silver Seraph appartient précisément à cette période précédente : la Phantom VII constitue une rupture beaucoup plus profonde qu’un simple remplacement de modèle.
Le projet, connu sous le code RR01, est développé par une équipe de design dirigée par Ian Cameron. Marek Djordjevic, alors responsable du dessin extérieur, joue un rôle déterminant dans la définition de la silhouette. L’objectif consiste à retrouver une présence immédiatement identifiable comme celle d’une Rolls-Royce, avec une calandre verticale, le Spirit of Ecstasy, de grandes roues et des proportions imposantes, tout en évitant de produire une interprétation rétro.
Le nom Phantom rétablit par ailleurs une lignée historique interrompue depuis la Rolls-royce Phantom Vi. Cette dernière avait quitté la production en 1990. La Phantom de 2003 n’en reprend toutefois ni le châssis ni la conception : elle appartient à une nouvelle génération industrielle et technologique.
Goodwood devient le centre de cette renaissance. La première Phantom destinée à un client est remise le 1er janvier 2003, tandis que sa présentation internationale à la presse intervient quelques jours plus tard. Pendant plusieurs années, cette grande berline représente à elle seule la nouvelle gamme Rolls-Royce, avant que la Rolls-royce Ghost, plus compacte, ne vienne élargir l’offre.
Une silhouette monumentale sans tomber dans le rétro
Avec près de 5,84 mètres de longueur et 1,99 mètre de largeur, la Phantom VII assume des dimensions hors normes. Son empattement de 3,57 mètres permet de conserver des porte-à-faux relativement maîtrisés malgré son gabarit. Le long capot, le pavillon élevé et la calandre presque verticale construisent une silhouette formelle, tandis que la ligne de caisse ascendante, parfois désignée comme la waft line, allège visuellement les flancs.
Plusieurs références historiques ont nourri le travail des designers, notamment les Silver Cloud et Silver Shadow ainsi que certaines Phantom carrossées de l’entre-deux-guerres. La Phantom VII ne cherche pourtant pas à reproduire une automobile ancienne. Ses volumes lisses, ses surfaces simples et ses grandes roues lui donnent une identité contemporaine pour le début des années 2000.
Les portes arrière à ouverture antagoniste deviennent l’un de ses signes distinctifs. Elles facilitent l’accès à un habitacle où les places arrière occupent une importance centrale. L’instrumentation adopte elle aussi une approche typiquement Rolls-Royce : à la place d’un compte-tours traditionnel, le conducteur dispose d’un indicateur de réserve de puissance, davantage cohérent avec une mécanique conçue pour fonctionner sans effort apparent.
Structure en aluminium et V12 de 6,75 litres
Sous sa carrosserie traditionnelle dans l’esprit, la Phantom VII adopte une architecture particulièrement moderne. Sa structure spatiale en aluminium est assemblée à partir de nombreux profilés extrudés et permet d’obtenir une coque à la fois rigide et adaptée aux dimensions inhabituelles de la voiture. Ce choix distingue nettement la Phantom des grandes Rolls-Royce de la génération précédente.
Le moteur est un V12 atmosphérique de 6 749 cm3 installé longitudinalement à l’avant. Il développe 460 ch DIN à 5 350 tr/min et 720 Nm à 3 500 tr/min. Sa caractéristique la plus importante pour l’usage auquel la voiture est destinée reste sa disponibilité à bas régime : une grande partie du couple est déjà accessible autour de 1 000 tr/min. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte automatique ZF à six rapports sur les premières versions.
Malgré une masse proche de deux tonnes et demie, les performances sont élevées pour une limousine de cette taille. La Phantom peut atteindre 100 km/h en 5,9 secondes et sa vitesse maximale est limitée électroniquement à 240 km/h dans la configuration appropriée. Le travail sur les suspensions, l’isolation et la gestion pneumatique privilégie toutefois davantage la qualité de roulement que la recherche d’un comportement sportif.
Fiche technique de la Rolls-royce Phantom Vii
| Caractéristique | Rolls-royce Phantom Vii |
|---|---|
| Période | 2003 à 2017 pour la génération |
| Carrosserie | Berline de prestige 4 portes |
| Production | Goodwood, West Sussex, Royaume-Uni |
| Structure | Structure spatiale en aluminium |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés, 48 soupapes |
| Cylindrée | 6 749 cm3 |
| Alimentation | Injection directe d’essence |
| Puissance | 460 ch DIN à 5 350 tr/min, 338 kW |
| Couple | 720 Nm à 3 500 tr/min |
| Alésage x course | 92 x 84,6 mm |
| Taux de compression | 11:1 |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique 6 rapports, puis 8 rapports sur Series II |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Indépendante multibras |
| Direction | À crémaillère avec assistance variable |
| Freins | Disques ventilés avant et arrière |
| Longueur | 5 834 mm sur la première version, 5 842 mm sur Series II |
| Largeur | 1 990 mm |
| Hauteur | Environ 1 632 mm, 1 638 mm sur Series II |
| Empattement | 3 570 mm |
| Voies avant / arrière | Environ 1 685 / 1 670 mm |
| Masse | Environ 2 480 kg selon version et norme, 2 560 kg DIN pour Series II |
| Coffre | Environ 460 litres |
| Réservoir | Environ 100 litres |
| 0 à 100 km/h | 5,9 s |
| Vitesse maximale | 240 km/h, limitée électroniquement |
| Consommation mixte | Environ 15,9 l/100 km sur la première version, 14,8 l/100 km sur Series II selon les cycles d’homologation d’époque |
| CO2 | 347 g/km pour Series II selon le cycle d’homologation d’époque |
Une famille Phantom progressivement élargie
La berline de 2003 constitue le point de départ d’une gamme qui s’étend progressivement. En 2005 apparaît la Rolls-royce Phantom Ewb, dont l’empattement gagne 250 mm. L’allongement profite essentiellement aux passagers arrière et renforce encore la vocation de limousine de la Phantom.
Rolls-Royce explore parallèlement des carrosseries à deux portes. Le concept 100EX de 2004 prépare le Rolls-royce Phantom Drophead Coupé, lancé en série en 2007. Le 101EX de 2006 annonce pour sa part le Rolls-royce Phantom Coupé, commercialisé à partir de 2008. Ces modèles appartiennent à la même famille technique, mais leurs dimensions, masses et performances ne doivent pas être confondues avec celles de la berline Phantom VII.
Cette diversification explique également certaines ambiguïtés autour des chiffres de production. Un total de 10 327 voitures est régulièrement associé à la génération Phantom VII, mais il englobe les différentes carrosseries de la famille. Il ne constitue donc pas un chiffre fiable pour la seule berline standard. La production exacte de cette dernière n’est pas établie avec suffisamment de précision pour lui attribuer ce total.
Phantom Series II, la grande évolution de 2012
Présentée en 2012, la Phantom Series II ne constitue pas une huitième génération mais une profonde évolution de la Phantom VII. La distinction est importante : malgré une apparence modernisée et plusieurs changements techniques, la voiture conserve son architecture fondamentale, son empattement et son V12 atmosphérique de 6,75 litres.
La modification extérieure la plus visible concerne la face avant. Les projecteurs redessinés adoptent une technologie entièrement LED et une géométrie plus rectangulaire, tandis que les boucliers et plusieurs détails de carrosserie évoluent. À bord, Rolls-Royce modernise l’électronique, les fonctions de caméra et le système multimédia, désormais associé à un écran de 8,8 pouces.
L’évolution mécanique la plus significative est le remplacement de la boîte automatique à six rapports par une transmission à huit rapports, accompagnée d’un nouveau différentiel arrière. Cette évolution vise à rendre les changements de rapport encore moins perceptibles et contribue à réduire la consommation homologuée. La puissance maximale du V12 reste en revanche inchangée.
De la première Phantom de Goodwood à la Phantom VIII
La carrière de la Phantom VII accompagne la transformation de Rolls-Royce en constructeur disposant de nouveau d’une gamme complète. Lors de son lancement, la Phantom doit pratiquement incarner seule la marque ; lorsqu’elle approche de sa retraite, Goodwood produit également Ghost, Wraith et Dawn. La Phantom conserve néanmoins sa position de vaisseau amiral et sert de vitrine au programme de personnalisation Bespoke.
La fin de production intervient au début de 2017 avec une Phantom Extended Wheelbase spécialement commandée par un collectionneur. Cet ultime exemplaire reçoit un thème inspiré des grands paquebots des années 1930, une peinture Blue Velvet et un Spirit of Ecstasy en argent massif. Cette voiture clôt une génération commencée quatorze ans auparavant avec l’ouverture de Goodwood.
La Rolls-royce Phantom Viii lui succède en 2017. Il ne s’agit plus d’une évolution de la Series II, mais d’une nouvelle génération reposant sur l’Architecture of Luxury en aluminium développée par Rolls-Royce. La Phantom VII reste ainsi identifiable comme la génération fondatrice de l’ère Goodwood, celle qui a réintroduit le nom Phantom tout en donnant à la marque sa première base technique entièrement nouvelle sous BMW.




