La Chery QQ est une petite citadine chinoise lancée en 2003 par le constructeur Chery Automobile. Reconnaissable à ses grands phares arrondis, à sa silhouette compacte et à son allure souriante, elle devient rapidement l’un des modèles emblématiques de l’essor de l’industrie automobile chinoise. Commercialisée à un prix particulièrement accessible, cette voiture à cinq portes contribue à démocratiser l’automobile individuelle en Chine avant de connaître une diffusion internationale sous plusieurs appellations.
La première génération, identifiée par le code constructeur S11, est également connue sous le nom de Chery QQ3. Elle se distingue par sa conception simple, ses motorisations essence de petite cylindrée et sa forte ressemblance avec la Daewoo Matiz, à l’origine d’un différend industriel avec General Motors. Son succès commercial accompagne la transformation de Chery, alors jeune constructeur, en acteur important du marché automobile chinois.
Origines et développement de la Chery QQ
Au début des années 2000, le marché automobile chinois connaît une croissance rapide. Les constructeurs nationaux cherchent à proposer des véhicules capables de répondre aux besoins d’une clientèle urbaine disposant de moyens limités. Fondée en 1997, Chery Automobile souhaite élargir sa gamme et s’imposer face aux marques étrangères déjà présentes en Chine.
La Chery QQ répond à cette stratégie. Développée sous le code S11, elle prend la forme d’une citadine cinq portes destinée principalement aux jeunes automobilistes, aux ménages modestes et aux conducteurs achetant leur première voiture. Son positionnement repose sur un prix compétitif, des dimensions adaptées à la circulation urbaine et une présentation plus expressive que celle de nombreuses voitures économiques contemporaines.
Présentée au printemps 2003, la QQ commence sa carrière commerciale la même année. Plusieurs publications automobiles chinoises décrivent dès mai et juillet 2003 ses caractéristiques et ses premières finitions. Elle rejoint alors la gamme Chery aux côtés de berlines plus grandes, avec une mission différente : rendre l’automobile accessible à un public aussi large que possible.
La stratégie commerciale insiste sur le caractère sympathique du véhicule. Les couleurs vives, les formes arrondies et les équipements de confort disponibles contribuent à lui donner une personnalité identifiable. Malgré son tarif réduit, certaines versions proposent notamment la climatisation, des vitres électriques, le verrouillage centralisé ou des rétroviseurs à réglage électrique.
La QQ rencontre rapidement son public. Les ventes chinoises attribuées au modèle dépassent 100 000 exemplaires annuels dès 2005, témoignant de son importance dans la progression de Chery. Cette réussite encourage le constructeur à développer une famille de véhicules autour de l’appellation QQ.
À mesure que Chery grandit, son catalogue s’étend à d’autres catégories. Des berlines compactes comme la Chery Arrizo 5 illustrent cette diversification vers des automobiles plus spacieuses et plus élaborées, destinées à une clientèle différente de celle de la QQ originale.
Design extérieur et habitacle
La Chery QQ adopte une carrosserie monocorps à cinq portes, avec un capot court, un toit relativement haut et un hayon presque vertical. Cette architecture permet d’optimiser l’espace intérieur tout en conservant une longueur d’environ 3,55 mètres, particulièrement adaptée aux déplacements et au stationnement en ville.
Sa face avant constitue son principal signe distinctif. Les grands projecteurs arrondis, implantés assez haut, encadrent un petit capot plongeant. Le bouclier présente des formes douces et une prise d’air inférieure qui accentue l’expression souriante de la voiture. Cette présentation participe directement à son identité commerciale.
De profil, la QQ se caractérise par ses porte-à-faux réduits, ses petites roues et sa surface vitrée importante. Le pare-brise fortement incliné rejoint un pavillon haut, tandis que les portes arrière facilitent l’accès à la banquette. À l’arrière, le hayon vertical et les feux disposés de chaque côté privilégient la simplicité et la fonctionnalité.
L’habitacle reprend cette approche économique. La planche de bord utilise des matériaux simples et des formes arrondies, avec une instrumentation lisible et des commandes accessibles. Les présentations varient selon les marchés et les finitions, certaines versions bénéficiant de détails colorés destinés à renforcer leur caractère jeune.
La voiture est généralement annoncée avec cinq places, même si sa largeur et son empattement limitent naturellement l’espace disponible à l’arrière. Son coffre convient surtout aux courses quotidiennes et aux petits bagages. Une banquette rabattable permet d’augmenter la capacité de chargement lorsque les sièges arrière ne sont pas utilisés.
Les équipements constituent un argument commercial important. Sur certaines finitions chinoises de 2003, la QQ dispose de quatre vitres électriques, de rétroviseurs électriques et du verrouillage centralisé à distance. Cette dotation contribue à différencier les versions supérieures des modèles strictement économiques, sans modifier l’architecture générale du véhicule.
Motorisations et comportement routier
La Chery QQ de première génération utilise des moteurs essence atmosphériques de petite cylindrée, installés transversalement à l’avant et associés à une transmission aux roues avant. Deux familles de motorisations dominent son histoire : un trois cylindres d’environ 0,8 litre et un quatre cylindres d’environ 1,1 litre.
Le moteur 0.8 privilégie les coûts d’utilisation et la simplicité mécanique. Le trois cylindres SQR372, d’une cylindrée de 812 cm³, est notamment répertorié avec une puissance d’environ 52 chevaux. Il correspond au positionnement urbain de la voiture, dont les dimensions et le poids contenu favorisent les déplacements à vitesse modérée.
La motorisation 1.1 propose un fonctionnement à quatre cylindres et davantage de possibilités sur route. Les caractéristiques publiées varient toutefois selon les moteurs et les années. Une fiche chinoise de mai 2003 annonce une puissance d’environ 52 chevaux et un couple de 83 Nm, tandis que certaines versions ultérieures équipées du moteur SQR472F sont répertoriées autour de 68 chevaux et 90 Nm.
La boîte manuelle à cinq rapports constitue la transmission habituelle. Certaines déclinaisons reçoivent également une boîte robotisée, commercialisée notamment sous l’appellation EZ-drive. Ce dispositif automatise les changements de rapports d’une transmission mécanique et ne doit pas être confondu avec une boîte automatique traditionnelle à convertisseur.
La structure monocoque en acier repose sur une suspension avant indépendante de type MacPherson et un essieu arrière à roues interconnectées. Le freinage combine des disques à l’avant et des tambours à l’arrière. L’assistance de direction et l’ABS dépendent des versions et des marchés.
Sur la route, la conception de la QQ privilégie les besoins d’une citadine économique plutôt que les performances. Son format réduit facilite les manœuvres, tandis que ses motorisations modestes conviennent principalement à la circulation urbaine et périurbaine. Les capacités d’accélération et les vitesses maximales diffèrent sensiblement entre les variantes.
Fiche technique de la Chery QQ
| Caractéristique | Chery QQ S11 (2003) |
|---|---|
| Constructeur | Chery Automobile |
| Origine | Chine |
| Année de lancement | 2003 |
| Code constructeur | S11 |
| Autres appellations | QQ3, Chery Sweet, Chery iQ, MVM 110 selon les marchés |
| Catégorie | Citadine, segment A |
| Carrosserie | Berline à hayon, 5 portes |
| Nombre de places | 5 selon les versions |
| Structure | Monocoque en acier |
| Implantation du moteur | Avant transversale |
| Transmission | Traction avant |
| Carburant | Essence |
| Moteur 0.8 | 3 cylindres en ligne, SQR372 |
| Cylindrée du 0.8 | 812 cm³ |
| Distribution du 0.8 | Double arbre à cames en tête, 12 soupapes |
| Puissance du 0.8 | Environ 52 ch (38 kW) selon version |
| Couple du 0.8 | Environ 70 Nm |
| Moteur 1.1 | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée du 1.1 | Environ 1 051 à 1 083 cm³ selon motorisation |
| Distribution du SQR472F | Double arbre à cames en tête, 16 soupapes |
| Puissance du 1.1 | Environ 52 à 68 ch selon moteur et millésime |
| Couple du 1.1 | 83 à 90 Nm selon version |
| Alimentation | Injection électronique |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports ; robotisée selon version |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Essieu à roues interconnectées |
| Direction | À crémaillère, assistance selon finition |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours |
| ABS | Selon version et marché |
| Longueur | 3 550 mm |
| Largeur | 1 495 à 1 580 mm selon les fiches et versions |
| Hauteur | 1 485 à 1 491 mm selon les fiches |
| Empattement | 2 340 mm |
| Voie avant | 1 295 mm sur une fiche de 2003 |
| Voie arrière | 1 280 mm sur une fiche de 2003 |
| Volume du coffre | 190 litres sur une fiche de 2003 |
| Vitesse maximale indicative | Environ 135 à 140 km/h selon motorisation |
| 0 à 100 km/h | 13 secondes annoncées pour une version 1.1 répertoriée à 53 ch |
La Chery QQ face à la Daewoo Matiz
L’histoire de la Chery QQ est indissociable de sa ressemblance avec la Daewoo Matiz de génération M150. Dès son apparition, les observateurs remarquent des proportions, une silhouette et de nombreux éléments stylistiques extrêmement proches de ceux de la petite voiture sud-coréenne.
La similitude concerne notamment la forme générale de la carrosserie, la disposition des projecteurs, le profil des portes et les volumes arrière. La Matiz, commercialisée avant la QQ, constitue alors une référence parmi les petites citadines économiques sur plusieurs marchés internationaux.
General Motors, devenu propriétaire de Daewoo Motors, conteste cette proximité. Le groupe américain accuse Chery d’avoir reproduit des éléments de la Matiz et de la Chevrolet Spark, appellation utilisée pour certaines versions du modèle sud-coréen. Les accusations portent également sur des ressemblances techniques et sur l’interchangeabilité alléguée de plusieurs pièces de carrosserie.
Le différend dépasse la simple question esthétique. Il s’inscrit dans les tensions entourant la propriété intellectuelle et le développement rapide de l’industrie automobile chinoise au début des années 2000. General Motors engage des démarches judiciaires concernant notamment des questions de droits industriels et de concurrence.
Le 18 novembre 2005, General Motors et Chery annoncent finalement un règlement amiable de leur différend. Cet accord met fin aux procédures concernées sans constituer une condamnation judiciaire définitive de Chery sur le fond des accusations.
Malgré cette controverse, la QQ poursuit sa carrière. Elle conserve une identité commerciale propre, notamment grâce à son prix, à sa diffusion sur le marché chinois et à son association avec une clientèle recherchant une première automobile économique.
Commercialisation internationale et évolutions
La Chery QQ ne reste pas limitée au marché chinois. Son tarif attractif et sa mécanique relativement simple favorisent son exportation vers plusieurs pays d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’autres marchés émergents. Elle est parfois distribuée sous une appellation différente de celle utilisée en Chine.
En Iran, le modèle est notamment commercialisé sous le nom de MVM 110, dans le cadre des activités du constructeur local Modiran Vehicle Manufacturing. D’autres marchés utilisent les appellations Chery Sweet ou Chery iQ. Les équipements et les motorisations peuvent varier selon les réglementations locales et les accords de distribution.
En Chine, la gamme QQ évolue progressivement. L’arrivée de la QQ6 en 2006, une petite berline à carrosserie trois volumes, contribue à généraliser l’appellation QQ3 pour distinguer la citadine originale. Ce changement de nom ne correspond pas à une nouvelle génération : la QQ3 reste fondamentalement issue du programme S11 lancé en 2003.
Plusieurs retouches esthétiques apparaissent au cours de sa carrière. Certaines versions adoptent de nouveaux boucliers, des éléments décoratifs différents ou une présentation intérieure actualisée. La QQ3 Sport, apparue autour de 2011, illustre cette volonté de moderniser l’apparence du modèle sans abandonner son architecture initiale.
Une véritable nouvelle génération de Chery QQ apparaît en 2013, sous le code S13. Elle adopte une carrosserie redessinée et une identité stylistique différente. Il est donc important de ne pas confondre cette génération avec les QQ et QQ3 de première génération, même si leur appellation commerciale reste proche.
Le succès des premières citadines accompagne parallèlement la diversification de Chery vers d’autres segments. Des SUV urbains comme la Chery Tiggo 4 témoignent de l’élargissement de son offre à des véhicules plus hauts, plus spacieux et destinés à un usage familial polyvalent.
Production, succès commercial et évolution de la famille QQ
La Chery QQ est principalement associée à l’usine de Wuhu, dans la province chinoise de l’Anhui, où Chery développe ses activités industrielles. Sa diffusion internationale s’accompagne également d’opérations d’assemblage local ou de partenariats industriels dans plusieurs pays, notamment en Iran et sur certains marchés asiatiques.
Les statistiques commerciales chinoises montrent l’ampleur de son succès. Après environ 25 000 ventes attribuées à la QQ en 2003, les volumes progressent rapidement. Ils dépassent 115 000 unités en 2005 et atteignent près de 169 000 exemplaires en 2009 dans les séries de ventes disponibles.
Ces résultats confirment la place importante de la QQ dans le développement de Chery. Les chiffres publiés pour les dernières années peuvent toutefois englober plusieurs déclinaisons de la famille QQ, ce qui empêche de les assimiler directement à la production cumulée de la seule génération S11.
Le prix joue un rôle déterminant dans cette réussite. En Chine, les tarifs de la QQ se situent parmi les plus accessibles du marché automobile. Les publications de 2003 mentionnent notamment une QQ 1.1 Comfort affichée à 49 800 yuans, tandis que d’autres versions présentent des tarifs différents selon leur équipement et leur période de commercialisation.
La première QQ participe ainsi à l’installation durable de Chery sur son marché national. Son développement montre qu’un constructeur chinois encore récent peut atteindre des volumes significatifs en proposant une voiture adaptée au pouvoir d’achat local, avant de s’orienter progressivement vers des véhicules plus grands et technologiquement plus élaborés.
Le nom QQ continue ensuite d’être utilisé pour des automobiles très différentes. En 2021, Chery lance la QQ Ice Cream, une petite voiture électrique destinée aux déplacements urbains. Cette nouvelle orientation s’inscrit dans l’électrification des citadines chinoises, sans constituer une continuité technique directe avec la QQ S11.
La Chery eQ1, autre petite voiture électrique développée par la marque, illustre également cette transformation. Contrairement à la QQ originale, conçue autour de motorisations essence conventionnelles, elle appartient à une génération de véhicules urbains pensée dès l’origine pour la propulsion électrique.
En 2026, Chery réutilise également l’appellation QQ3 pour une nouvelle citadine électrique. Malgré cette référence nominale à la QQ3 historique, le véhicule appartient à une famille technique distincte. Le nom QQ désigne désormais une lignée commerciale dont les différentes générations reflètent l’évolution des besoins du marché automobile chinois.




