La Ferrari 166 S apparaît au début de 1948 et inaugure la lignée des Ferrari à moteur V12 de deux litres. Elle prend la suite des 125 S et 159 S en exploitant au maximum la catégorie deux litres en compétition. Conçue comme voiture de sport et d’endurance, elle court sur route et sur circuit dans des épreuves prestigieuses comme la Targa Florio et la Mille Miglia.
Contexte historique et position dans la lignée Ferrari
La 166 S est l’un des premiers modèles majeurs de Ferrari. Elle arrive après les toutes premières Ferrari à moteur 1,5 et 1,9 litre et porte la cylindrée à environ deux litres. La désignation 166 correspond à la cylindrée unitaire du V12, soit un peu plus de 166 centimètres cubes par cylindre. La lettre S signifie Sport, ce qui rappelle sa vocation de voiture de course biplace adaptée aux grandes épreuves routières.
La 166 S ouvre une famille complète. À partir de cette base naissent les 166 Spyder Corsa, les 166 MM destinées à la Mille Miglia ainsi que les 166 Inter plus routières. La 166 S constitue donc un jalon essentiel entre les toutes premières Ferrari de 1947 et les modèles qui vont asseoir la réputation de la marque en compétition internationale.
Production, variantes et carrossiers
La production de la Ferrari 166 S est extrêmement limitée. Il n’existe que trois exemplaires identifiés comme 166 S Sport. À ces trois voitures s’ajoutent neuf exemplaires de 166 Spyder Corsa, ce qui porte à douze le nombre total de châssis de cette famille strictement orientée vers la compétition. Parallèlement, la famille 166 comprend ensuite plusieurs dizaines de 166 MM et de 166 Inter.
Les deux premiers châssis 166 S sont carrossés par Carrozzeria Allemano, l’un en berlinette fermée et l’autre en spider. Le troisième 166 S est carrossé par Carrozzeria Touring sous la direction de Carlo Anderloni. Les 166 Spyder Corsa adoptent des carrosseries de spiders de course à ailes séparées, réalisées par différents ateliers comme Ansaloni et plus tard modifiées par Scaglietti pour certains exemplaires. Au fil des années, beaucoup de voitures sont re-carrossées, transformées ou mises au goût du jour, ce qui rend chaque exemplaire quasiment unique.
Châssis, dimensions et poids
La Ferrari 166 S repose sur un châssis tubulaire en acier conçu par Gilco. Cette structure, proche de celle de la 125, offre une grande rigidité pour un poids contenu. Le moteur est installé à l’avant en position longitudinale et la voiture transmet sa puissance aux roues arrière, selon une architecture classique de type moteur avant et propulsion.
- Architecture avec moteur avant longitudinal et propulsion
- Châssis tubulaire en acier conçu par Gilco
- Empattement d’environ 2 420 millimètres
- Voie avant proche de 1 250 millimètres
- Voie arrière proche de 1 200 millimètres
- Poids à sec d’environ 800 kilogrammes pour la berlinette
- Réservoir d’environ 80 litres
- Pneus 5,50 x 15 à l’avant et à l’arrière
Les dimensions extérieures détaillées ne sont pas toujours publiées pour la 166 S. Selon les carrosseries, la longueur se situe autour de quatre mètres avec une largeur voisine de un mètre cinquante cinq. Les versions Spyder Corsa sont plus dépouillées et peuvent être légèrement plus légères, parfois plus proches de 650 kilogrammes, ce qui améliore encore leurs performances.
Moteur V12 Colombo de deux litres
Comme les autres modèles de la famille 166, la Ferrari 166 S est animée par un V12 Colombo de deux litres. Ce moteur, ouvert à 60 degrés, est monté à l’avant et se caractérise par sa compacité et ses capacités à prendre des régimes élevés. Il représente l’exploitation maximale de la cylindrée pour la classe deux litres, avec une cylindrée totale de près de deux mille centimètres cubes.
- V12 à 60 degrés en position avant longitudinale
- Cylindrée totale d’environ 1 995,02 centimètres cubes
- Cylindrée unitaire d’environ 166,25 centimètres cubes par cylindre
- Alésage et course de 60,0 par 58,8 millimètres
- Taux de compression standard d’environ 7,5 pour 1 sur la 166 S de base
- Distribution par simple arbre à cames en tête par rangée de cylindres
- Deux soupapes par cylindre soit vingt quatre au total
- Alimentation par trois carburateurs Weber 32 DCF double corps
- Allumage avec une bougie par cylindre et deux bobines et deux distributeurs
- Lubrification par carter humide
- Embrayage monodisque
- Puissance d’environ 110 chevaux à 6 000 tr par minute pour la version cataloguée
- Puissance pouvant atteindre environ 130 chevaux à 6 500 tr par minute sur les réglages les plus poussés
La puissance spécifique se situe autour de cinquante cinq chevaux par litre pour la version à cent dix chevaux et progresse lorsque le moteur est préparé pour délivrer cent trente chevaux. La 166 S bénéficie ainsi d’un moteur souple et puissant, adapté aux longues sections rapides comme aux portions plus sinueuses des grandes courses routières.
Transmission, suspensions et freins
La transmission de la Ferrari 166 S reprend la configuration mise en place sur les premières Ferrari de compétition. La voiture est équipée d’une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports associée à une marche arrière. La puissance du V12 est transmise au pont arrière rigide par l’intermédiaire d’un embrayage monodisque, ce qui permet de gérer efficacement les régimes élevés atteint par le moteur.
Les suspensions sont directement inspirées de la course. À l’avant, on trouve des roues indépendantes avec triangles superposés de longueur inégale, un ressort à lame transversal et des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, la voiture adopte un pont rigide soutenu par des ressorts à lames semi elliptiques, des amortisseurs hydrauliques et une barre antiroulis. La direction est assurée par un mécanisme à vis sans fin et secteur, robuste et suffisamment précis pour les exigences de l’époque.
Le freinage repose sur des tambours hydrauliques aux quatre roues. Ce système correspond à la technologie standard de la fin des années quarante et demande une bonne gestion de la température en course. Sur une voiture relativement légère comme la 166 S, les tambours offrent toutefois un pouvoir freinant adéquat pour les Targa Florio, Mille Miglia et autres épreuves d’endurance.
Performances
Ferrari annonce pour la 166 S une vitesse maximale170 kilomètres par heure dans sa configuration de base. Avec une puissance d’environ cent dix chevaux pour un poids de huit cents kilogrammes, le rapport poids puissance se situe autour de cent trente sept chevaux par tonne. Les versions plus puissantes, développant jusqu’à cent trente chevaux et parfois plus légères, offrent un rapport poids puissance supérieur à cent soixante chevaux par tonne.
Les chiffres d’accélération ne sont pas publiés officiellement, mais les estimations modernes laissent penser que le zéro à cent kilomètres par heure se situe aux alentours de dix à onze secondes pour une berlinette de huit cents kilogrammes. Les Spyder Corsa plus affûtées peuvent atteindre des vitesses de pointe plus élevées et se rapprocher des performances des 166 Inter Sport ou des 166 MM, avec des vitesses estimées au delà de deux cents kilomètres par heure pour certains réglages de course.
Carrière sportive et palmarès
La 166 S joue un rôle déterminant dans les premiers succès de Ferrari. Dès 1948, elle s’illustre dans plusieurs grandes épreuves. À la Targa Florio 1948, une 166 S pilotée par Clemente Biondetti associé au prince Igor Troubetzkoy s’impose sur les routes siciliennes. La même année, la Mille Miglia 1948 voit une 166 S Allemano remporter la victoire avec Biondetti et Giuseppe Navone.
Au cours des saisons 1948 et 1949, les différentes 166 S et 166 Spyder Corsa remportent de nombreuses courses de catégorie et de classement général, notamment en Italie. Ces succès contribuent à installer Ferrari comme acteur majeur du sport automobile. La 166 MM dérivée de la 166 S prolonge ce palmarès en remportant en 1949 la Mille Miglia, les 24 Heures du Mans et la Targa Florio, ce qui fait de la famille 166 l’un des piliers du succès sportif précoce de la marque.
Exemplaires survivants et importance historique
Les Ferrari 166 S et 166 Spyder Corsa sont aujourd’hui extrêmement rares. La plupart des châssis ont été modifiés, re-carrossés ou transformés en d’autres variantes de la série 166 ou en modèles 195 au fil des années. Quelques exemplaires se distinguent toutefois par leur conservation et leur histoire. Parmi eux, certains châssis de Spyder Corsa sont souvent cités comme les plus anciennes Ferrari d’usine encore existantes. Ces voitures cumulent caractère unique, palmarès et importance historique, ce qui explique leur statut particulier dans le monde de la collection.
Prix d’époque et valeur actuelle
À la fin des années quarante, il n’existe pas de tarif catalogue standard pour la Ferrari 166 S. Chaque voiture est une machine de compétition produite en très petite série, vendue directement à des pilotes ou à des clients privilégiés. Les prix varient selon la configuration, les pièces fournies et éventuellement l’assistance en course. Tout indique cependant que ces voitures comptaient déjà parmi les plus chères du marché automobile de l’époque.
Sur le marché actuel, les Ferrari 166 S et 166 Spyder Corsa comptent parmi les modèles de la marque les plus recherchés. Une 166 S vendue aux enchères au milieu des années deux mille a atteint plusieurs millions de dollars. Une 166 Spyder Corsa de 1948, considérée comme l’une des Ferrari les plus anciennes encore intactes, a été adjugée à un prix supérieur à sept millions d’euros lors d’une vente de prestige. Les guides de valeur contemporains placent les 166 Spider Corsa en moyenne autour de plusieurs millions de livres sterling et les discussions entre spécialistes évoquent des montants pouvant dépasser huit à dix millions de dollars pour un exemplaire d’origine avec un palmarès exceptionnel.












