Ferrari 212 Inter

FERRARI 212 INTER

La Ferrari 212 Inter est présentée au Salon de Bruxelles en 1951. Elle représente la version grand tourisme routière de la famille 212, pendant que la 212 Export est axée sur la compétition. Produite de 1951 à 1952 avec quelques exemplaires achevés en 1953, elle remplace les 166 Inter et 195 Inter et prépare l’arrivée des futures Ferrari 250. Elle reprend le V12 Colombo porté à 2,6 litres dans une définition plus civilisée mais toujours très performante.

Production et carrossiers

La production de la 212 Inter se situe entre 79 et 82 exemplaires selon les sources. Les châssis nus sont livrés à de prestigieux carrossiers italiens qui réalisent des coupés, des cabriolets et quelques carrosseries proches de berlinette. Vignale réalise environ trente six carrosseries dont une large majorité de coupés, ainsi que plusieurs cabriolets. Touring signe des coupés et des berlinette élégantes. Ghia et Ghia Aigle produisent des coupés et certains modèles deux plus deux. Stabilimenti Farina réalise quelques exemplaires et surtout, la 212 Inter marque la première collaboration entre Ferrari et Pinin Farina, future Pininfarina, moment décisif dans l’histoire du style Ferrari.

Chaque 212 Inter est pratiquement unique. Les lignes, les détails de finition et parfois certaines spécifications mécaniques varient d’un châssis à l’autre, ce qui explique les petites différences de dimensions et de poids relevées dans les archives. Il s’agit d’une vraie Ferrari de haute couture automobile plutôt que d’un modèle produit en série.

Châssis, architecture et dimensions

La 212 Inter repose sur un châssis tubulaire en acier. Le moteur est monté à l’avant en position longitudinale et la voiture est une propulsion. Par rapport à la 212 Export, la version Inter adopte un empattement plus long destiné à offrir davantage d’espace à bord et une meilleure stabilité à haute vitesse. Cette base sert de support à différentes carrosseries de coupé, de cabriolet et parfois de configuration deux plus deux.

  • Châssis tubulaire en acier
  • Moteur avant longitudinal et propulsion
  • Empattement d’environ 2 600 millimètres
  • Voie avant voisine de 1 270 à 1 278 millimètres selon les fiches
  • Voie arrière proche de 1 250 millimètres
  • Longueur comprise selon la carrosserie entre environ 3 700 et 4 100 millimètres
  • Largeur d’environ 1 520 millimètres
  • Poids à sec proche de 1 000 kilogrammes
  • Masse en ordre de marche voisine de 1 075 kilogrammes
  • Réservoir d’environ 105 litres
  • Pneus 6,40 x 15 à l’avant et à l’arrière

Ces caractéristiques donnent une GT relativement compacte et légère pour son époque, tout en offrant une bonne habitabilité et un confort supérieur aux Ferrari strictement de compétition.

Le moteur V12 Colombo de 2,6 litres

La Ferrari 212 Inter est animée par une évolution du V12 Colombo, déjà utilisé sur les 166 et 195, mais porté à environ 2,6 litres. Ce V12 à 60 degrés en alliage léger conserve la philosophie de compacité et de capacité à monter dans les tours tout en adoptant des réglages plus doux que ceux de la 212 Export. Il offre une combinaison de souplesse, de sonorité et de performance qui fait la réputation des Ferrari de grand tourisme.

  • Architecture V12 à 60 degrés
  • Cylindrée totale d’environ 2 562,51 centimètres cubes
  • Alésage et course de 68 par 58,8 millimètres
  • Bloc et culasses en alliage léger
  • Distribution avec simple arbre à cames en tête par rangée
  • Deux soupapes par cylindre
  • Alimentation généralement par un carburateur Weber 36 DCF
  • Configurations plus sportives avec trois carburateurs Weber sur certains exemplaires
  • Taux de compression voisin de 7,5 pour 1 sur la version Inter
  • Puissance d’environ 150 chevaux en configuration standard
  • Puissance pouvant atteindre environ 170 chevaux sur les versions à trois carburateurs

Avec cette plage de puissance, la 212 Inter se situe entre la douceur de la voiture de route et le tempérament d’une voiture de sport. Le V12 reste suffisamment souple pour les trajets quotidiens tout en offrant un caractère rageur à haut régime.

Transmission, suspensions et freins

La 212 Inter se distingue par une boîte de vitesses manuelle à cinq rapports avec marche arrière, ce qui est très moderne pour un grand tourisme du début des années cinquante. La transmission classique vers les roues arrière passe par un embrayage monodisque. Cette combinaison permet de tirer parti de la plage de régime du V12, aussi bien sur route sinueuse que sur de longues sections rapides.

Les suspensions avant reposent sur des roues indépendantes avec triangles superposés de longueur inégale, un ressort à lame transversal et des amortisseurs hydrauliques Houdaille. À l’arrière, la voiture utilise un essieu rigide, des ressorts à lames semi elliptiques et des amortisseurs hydrauliques Houdaille. La direction est de type vis sans fin et secteur. Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues, conformément aux standards de l’époque.

Performances routières

Selon la configuration de moteur et la carrosserie, la Ferrari 212 Inter atteint une vitesse maximale180 et 200 kilomètres par heure. Les chiffres d’accélération officiels ne sont pas systématiquement publiés, mais les estimations modernes situent le zéro à cent kilomètres par heure autour de dix à onze secondes. Avec environ 150 à 170 chevaux pour un poids d’environ 1 000 kilogrammes, le rapport poids puissance se situe dans une zone très favorable pour une GT du début des années cinquante.

Compétition et palmarès

Bien que conçue comme voiture de route, la 212 Inter se montre suffisamment performante pour courir. En 1951, deux 212 Inter carrossées par Vignale remportent un doublé à la Carrera Panamericana au Mexique avec les équipages Taruffi et Chinetti d’une part, Ascari et Villoresi d’autre part. D’autres exemplaires participent à des épreuves telles que la Mille Miglia, des rallyes et des courses de côte. Cette capacité à passer de la route à la course illustre parfaitement l’esprit des premières Ferrari de grand tourisme.

Prix d’époque et valeurs actuelles

Au début des années cinquante, une Ferrari 212 Inter coûte environ 11 000 dollars pour un cabriolet selon certaines données d’époque. Ce montant la place largement au dessus des berlines et coupés de série, dans la sphère des voitures les plus chères du marché. Chaque voiture est vendue avec une carrosserie sur mesure et une finition adaptée au client, ce qui renforce encore son caractère exclusif.

Sur le marché de la collection actuel, la 212 Inter figure parmi les Ferrari V12 anciennes les plus recherchées. Les valeurs moyennes se situent autour du million de dollars, avec des ventes enregistrées depuis environ huit cent mille dollars jusqu’à plus de deux millions selon les exemplaires. Une 212 Inter coupé Vignale ou Ghia bien documentée, matching numbers et restaurée à un niveau concours peut dépasser largement la barre du million et demi. Les voitures carrossées par Pinin Farina ou dotées d’un historique en compétition occupent une place à part et atteignent souvent les montants les plus élevés.