Origine et contexte
La Ferrari 312 P apparaît en 1969 comme la réponse de Maranello au nouvel environnement réglementaire de l’endurance qui limite la cylindrée des prototypes à trois litres. Après avoir renoncé à la saison précédente avec les grandes 330 P4, Ferrari conçoit un prototype plus compact, directement inspiré de la monoplace de Formule 1, pour affronter les Porsche et les autres rivales engagées en Championnat du monde des voitures de sport.
La 312 P est d’abord présentée en version spider ouverte, puis déclinée en berlinette fermée afin de réduire la traînée aérodynamique sur les circuits très rapides comme Le Mans. Produite à seulement trois exemplaires, elle représente un investissement considérable pour la Scuderia et marque une étape importante dans l’évolution des prototypes Ferrari de la fin des années soixante.
Châssis, carrosserie et architecture
La Ferrari 312 P adopte une architecture à moteur central arrière, solution devenue incontournable pour les prototypes de pointe. Le châssis associe une structure tubulaire en acier à des panneaux en aluminium rivetés, ce qui forme une sorte de semi monocoque légère et rigide. Le moteur et la boîte de vitesses sont solidaires du châssis et participent à la rigidité de l’ensemble, à la manière des voitures de Formule 1 contemporaines.
La carrosserie existe en deux configurations principales. Le spider reçoit un cockpit ouvert avec un petit saute vent et des ailes profilées qui laissent les roues partiellement apparentes. La berlinette arbore un toit et un pare brise enveloppant, ainsi qu’une poupe étirée conçue pour améliorer la stabilité à très haute vitesse. Dans les deux cas, la ligne reste très basse et très large, afin de minimiser la surface frontale et de favoriser l’appui.
Le moteur V12 trois litres
Au cœur de la 312 P se trouve un V12 de trois litres directement dérivé du moteur utilisé en Formule 1 par Ferrari. Ce douze cylindres à soixante degrés est entièrement en alliage léger et fait appel à une distribution à double arbre à cames en tête par banc avec quatre soupapes par cylindre. L’objectif est d’obtenir un remplissage optimal à très haut régime et de supporter des vitesses de rotation proches de dix mille tours par minute.
L’alimentation repose sur une injection mécanique de compétition qui permet de doser précisément le mélange air essence sur toute la plage de régime. Avec un taux de compression élevé et une conception très travaillée de la culasse, la puissance se situe aux environs de quatre cent vingt chevaux en configuration d’endurance, avec des pointes possibles supérieures lors des essais. La boîte de vitesses manuelle à cinq rapports est fixée à l’arrière du moteur et transmet la puissance aux roues arrière.
- Architecture : V12 à soixante degrés en position centrale arrière longitudinale
- Cylindrée totale : environ 2 990 cm³ pour un moteur trois litres
- Distribution : double arbre à cames en tête par banc avec quatre soupapes par cylindre
- Alimentation : injection mécanique de type Lucas adaptée à la compétition
- Taux de compression : voisin de 11 pour un
- Puissance maximale : environ 420 ch à 9 800 tr min en configuration d’endurance
- Régime d’utilisation : zone rouge au delà de neuf mille tours par minute
- Boîte de vitesses : manuelle à cinq rapports avec marche arrière
Train roulant, suspensions et freins
Le train roulant de la Ferrari 312 P est entièrement conçu pour la compétition. Les suspensions avant et arrière sont indépendantes, avec triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barres antiroulis. Ce schéma permet de régler précisément le comportement en appui et d’exploiter au mieux les pneus de course sur des tracés très variés, qu’il s’agisse de circuits sinueux ou de longues courbes rapides.
La direction à crémaillère offre un ressenti direct et précis, indispensable pour un pilotage à la limite pendant plusieurs heures. Le freinage est assuré par des disques ventilés sur les quatre roues, dimensionnés pour supporter les fortes contraintes thermiques de l’endurance. L’ensemble de ces éléments donne à la 312 P un comportement très vif tout en préservant une stabilité appréciable aux vitesses atteintes sur les grands circuits.
Dimensions, poids et gabarit
La Ferrari 312 P est à la fois compacte et très basse, afin de réduire la résistance à l’air et d’abaisser le centre de gravité. L’empattement relativement court favorise les changements de direction rapides, tandis que la largeur importante procure une bonne assise en courbe. Le poids à sec reste contenu pour un prototype doté d’un V12 et de réservoirs de carburant importants, ce qui confère à la voiture un excellent rapport poids puissance.
- Empattement : environ 2,37 m
- Longueur totale : proche de 4,23 m
- Largeur : autour de 1,98 m
- Hauteur : environ 0,89 m, la voiture est extrêmement basse
- Voies avant et arrière : de l’ordre de 1,49 m à l’avant et 1,50 m à l’arrière
- Poids à sec : environ 680 kg
- Capacité des réservoirs : autour de cent vingt litres de carburant
Performances et résultats en course
Avec environ quatre cent vingt chevaux pour moins de sept cents kilogrammes, la Ferrari 312 P dispose d’un rapport poids puissance particulièrement favorable. La vitesse maximale se situe aux environs de trois cent vingt kilomètres par heure en configuration de faible appui, notamment avec la carrosserie fermée utilisée au Mans. Les accélérations sont très vives sur toute la plage de régime, le V12 acceptant de grimper dans les tours avec une grande facilité.
En compétition, la 312 P signe plusieurs résultats marquants. Elle obtient la pole position et une seconde place aux douze heures de Sebring, ainsi qu’une seconde place aux mille kilomètres de Spa. Elle souffre cependant de la concurrence de plus grosses cylindrées et de quelques problèmes de fiabilité, en particulier aux vingt quatre heures du Mans où les berlinettes abandonnent sur ennui mécanique. Malgré une carrière relativement courte, la 312 P reste un prototype emblématique par sa technique sophistiquée et par son lien étroit avec les programmes de Formule 1 de Ferrari.
Production, rareté et héritage
La Ferrari 312 P est produite à seulement trois exemplaires, ce qui en fait l’un des prototypes d’usine les plus rares de la marque. Chaque châssis a connu plusieurs configurations, passant du spider à la berlinette ou inversement selon les besoins de la Scuderia et du North American Racing Team qui les exploite par la suite. Après la saison 1969, Ferrari se tourne vers un prototype cinq litres pour affronter les Porsche les plus puissantes, puis vers la 312 PB dotée d’un moteur douze cylindres à plat.
L’héritage de la 312 P se trouve autant dans son rôle de laboratoire technique que dans son palmarès. Elle marque la fin d’une certaine tradition du V12 à soixante degrés en prototypes trois litres et annonce l’ère des flat douze qui vont dominer les années soixante dix chez Ferrari. Son extrême rareté et sa place dans l’histoire de l’endurance en font aujourd’hui une pièce de collection d’une valeur exceptionnelle, recherchée autant pour sa beauté que pour son importance historique.












