Ferrari 312 S

Ferrari 312 S

La Ferrari 312 S est un prototype de compétition construit en un seul exemplaire en 1958. Derrière cette production confidentielle se trouve une voiture de transition, conçue autour d’un V12 de trois litres et engagée une seule fois en course avant d’être profondément transformée. Son histoire très courte sous cette appellation explique à la fois sa rareté et les confusions qui entourent encore parfois le modèle.

Identifiée par le numéro de châssis 0744, la 312 S appartient à une période durant laquelle Ferrari multiplie les développements techniques pour adapter ses voitures de sport aux évolutions des règlements et des courses d’endurance. Elle ne constitue donc pas une série commerciale, mais un laboratoire roulant destiné à éprouver une nouvelle combinaison entre moteur, châssis et carrosserie.

Un prototype Ferrari unique construit en 1958

La Ferrari 312 S est produite à un seul exemplaire. Le constructeur lui attribue le châssis de type 524, le numéro 0744 et un moteur Tipo 142. Cette identification est essentielle, car le même châssis connaîtra ensuite une évolution mécanique et changera de nom.

Le chiffre 312 suit la logique de désignation fréquemment employée par Ferrari à cette époque. Le 3 renvoie à la cylindrée totale proche de trois litres, tandis que le 12 correspond au nombre de cylindres. La lettre S désigne une voiture de sport, développée pour la compétition sur circuit et les épreuves d’endurance.

La 312 S s’inscrit dans la continuité de plusieurs prototypes Ferrari à moteur V12, dont la Ferrari 410 S, conçue quelques années auparavant avec une cylindrée beaucoup plus importante. À la fin des années 1950, Ferrari cherche toutefois à obtenir des performances élevées avec des moteurs plus compacts et capables de tourner à des régimes supérieurs.

Elle apparaît également après des modèles comme la Ferrari 315 S, dont l’architecture et l’engagement en compétition illustrent la progression rapide des prototypes de Maranello durant cette période.

Un V12 de trois litres développant 320 ch

La Ferrari 312 S reçoit un moteur V12 ouvert à 60 degrés et placé longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 2 953,21 cm³. D’après les données historiques communiquées par Ferrari, il développe 320 ch à 8 400 tr/min, soit environ 108 ch par litre, une valeur élevée pour un moteur atmosphérique de compétition conçu en 1958.

Ce V12 utilise deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres et deux soupapes par cylindre. Son alimentation repose sur six carburateurs Weber 42 DCN. Chaque carburateur alimente deux cylindres, une disposition destinée à améliorer la réponse du moteur et la régularité de l’alimentation à haut régime.

L’allumage emploie une bougie par cylindre. La lubrification est assurée par un système à carter sec, particulièrement adapté à la compétition. Contrairement à un carter humide classique, cette solution stocke l’huile dans un réservoir séparé et permet de maintenir une alimentation plus constante lorsque la voiture subit de fortes accélérations latérales ou longitudinales.

La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports, complétée par une marche arrière. Cette transmission peut sembler limitée au regard des standards modernes, mais elle correspond aux contraintes techniques des prototypes sportifs de la fin des années 1950, pour lesquels l’étagement devait concilier accélération, fiabilité et vitesse de pointe.

Châssis tubulaire, essieu De Dion et carrosserie spider

La 312 S repose sur un châssis tubulaire en acier. Cette construction offre un compromis entre rigidité, légèreté et facilité de modification, trois qualités importantes pour un prototype produit à l’unité et susceptible d’évoluer rapidement après ses premiers essais.

À l’avant, la suspension est indépendante et utilise des triangles de longueurs inégales. À l’arrière, Ferrari retient un essieu De Dion. Ce dispositif relie les roues tout en séparant le différentiel de l’essieu, ce qui limite les masses non suspendues par rapport à un pont rigide traditionnel.

Le freinage est confié à quatre tambours. Les freins à disque commencent alors à se diffuser en compétition, mais Ferrari continue encore d’utiliser des tambours sur plusieurs de ses voitures de sport. Leur efficacité dépend autant de leur diamètre et de leur refroidissement que de leur capacité à résister à la baisse de performance provoquée par la chaleur.

La carrosserie prend la forme d’un spider biplace ouvert. Son empattement mesure 2 350 mm et le poids annoncé atteint 750 kg. Avec 320 ch pour cette masse, le rapport poids-puissance théorique se situe autour de 2,34 kg par cheval, ce qui permet de mesurer le niveau de performance recherché.

Ferrari indique une vitesse maximale de 280 km/h. Cette valeur doit être comprise comme une donnée constructeur historique. Aucun essai indépendant documenté ne permet d’affirmer qu’elle a été mesurée dans des conditions normalisées avec la voiture dans sa configuration de course.

Une seule course sous le nom Ferrari 312 S

La carrière sportive de la Ferrari 312 S se résume à un seul engagement sous cette appellation. Le 18 mai 1958, elle participe au Grand Prix de Spa-Francorchamps avec le pilote belge Olivier Gendebien.

La voiture abandonne dès le quatrième tour. Les sources disponibles ne s’accordent pas totalement sur la cause précise de cet abandon. Ferrari évoque un problème de boîte de vitesses, tandis que les archives de Racing Sports Cars indiquent un problème d’alimentation en carburant. Faute de documentation technique plus détaillée, il est préférable de conserver cette divergence plutôt que de présenter une seule version comme définitivement établie.

Cet abandon précoce laisse peu d’éléments pour évaluer le potentiel réel de la voiture. La 312 S n’a pas bénéficié d’une campagne complète qui aurait permis de comparer ses performances et sa fiabilité à celles de ses concurrentes sur différents circuits.

Son développement intervient dans le prolongement de voitures telles que la Ferrari 335 S, autre prototype V12 emblématique de cette période. La 312 S s’en distingue toutefois par sa cylindrée réduite et par un moteur conçu pour produire sa puissance à un régime particulièrement élevé.

De la Ferrari 312 S à la Ferrari 412 S

Après sa seule apparition en course, le châssis 0744 est modifié. Ferrari remplace notamment le moteur de trois litres par un V12 de plus forte cylindrée. La voiture prend alors le nom de Ferrari 412 S.

Cette transformation explique pourquoi la 312 S n’existe plus aujourd’hui dans sa configuration mécanique initiale. Elle ne doit pas être considérée comme une voiture distincte dont un exemplaire aurait disparu, mais comme la première identité d’un même châssis ayant ensuite poursuivi son histoire sous une autre spécification.

Le châssis 0744 a ainsi acquis une double importance historique. Il témoigne d’abord de la recherche menée par Ferrari autour d’un V12 de trois litres. Il illustre ensuite la manière dont les prototypes de compétition pouvaient être modifiés, remotorisés et rebaptisés au cours de leur carrière plutôt que remplacés par une construction entièrement nouvelle.

En 2006, le même châssis a été adjugé 5 610 000 dollars lors d’une vente organisée à Monterey par RM Sotheby’s. Ce montant correspond à la voiture présentée sous son identité de 412 S et non à une Ferrari 312 S conservée dans son état de 1958.

Ne pas confondre la 312 S avec la Ferrari 312 P

La proximité des noms peut conduire à confondre la 312 S avec la Ferrari 312 P. Les deux modèles utilisent un V12 de trois litres, mais ils appartiennent à des générations et à des architectures très différentes.

La 312 S est un spider à moteur avant conçu en 1958. La 312 P apparaît plus tard et adopte une configuration à moteur central arrière, caractéristique des prototypes qui s’imposent progressivement dans les années 1960. Leurs noms reflètent une cylindrée et un nombre de cylindres comparables, mais pas une filiation technique directe.

Cette distinction permet également de replacer la 312 S dans son véritable contexte. Elle appartient à la dernière période des grands prototypes Ferrari à moteur avant, juste avant que l’évolution des châssis et de l’aérodynamique ne rende la disposition centrale arrière incontournable en compétition.

Les caractéristiques essentielles de la Ferrari 312 S

CaractéristiqueDonnée
Année1958
Nombre d’exemplaires1
Numéro de châssis0744
Type de moteurV12 à 60 degrés, moteur avant longitudinal
Cylindrée2 953,21 cm³
Puissance320 ch à 8 400 tr/min
AlimentationSix carburateurs Weber 42 DCN
Boîte de vitessesManuelle à quatre rapports
ChâssisTubulaire en acier
Suspension arrièreEssieu De Dion
FreinsQuatre tambours
Empattement2 350 mm
Poids annoncé750 kg
Vitesse maximale annoncée280 km/h

La Ferrari 312 S reste donc moins connue pour son palmarès que pour sa singularité technique. Construite à un seul exemplaire, engagée une seule fois et transformée presque immédiatement, elle représente une étape brève mais précisément identifiable dans l’évolution des prototypes V12 de Maranello.