La Ferrari 330 LM est une berlinette de compétition à moteur V12 avant, conçue au début des années 1960 autour d’une cylindrée proche de quatre litres. Son nom recouvre toutefois plusieurs réalités historiques. Il peut désigner la très particulière 330 LM/GTO de 1962, châssis 3765, mais aussi les quatre 330 LMB construites en 1963. Ces voitures ne doivent pas être confondues avec la 330 TRI/LM victorieuse au Mans, qui était une barquette d’un type différent.
Cette proximité des appellations explique une grande partie des erreurs rencontrées à propos du modèle. La 330 LM se situe à la croisée de plusieurs lignées Ferrari : elle reprend des éléments de la Ferrari 250 GTO, utilise un V12 de quatre litres et précède la transition vers les prototypes à moteur central qui domineront rapidement les courses d’endurance.
Pourquoi la Ferrari 330 LM a-t-elle été créée ?
Ferrari développe la 330 LM pour exploiter les possibilités offertes aux voitures de compétition de forte cylindrée. Le constructeur part d’une architecture éprouvée, avec un moteur placé longitudinalement à l’avant, une transmission aux roues arrière et une carrosserie fermée adaptée aux longues épreuves routières.
Les premiers exemplaires restent visuellement très proches de la 250 GTO, au point d’être parfois désignés comme des « GTO quatre litres ». Les 330 LMB apparues ensuite reçoivent une carrosserie plus spécifique. Leur partie avant conserve des traits de la GTO, tandis que le profil et l’arrière évoquent davantage la 250 GT Berlinetta Lusso.
Le nombre 330 correspond à la cylindrée unitaire du moteur, soit environ 330,62 cm³ par cylindre. Multipliée par les douze cylindres du V12, cette valeur donne une cylindrée totale de 3 967,44 cm³. Le suffixe LM fait directement référence aux 24 Heures du Mans.
Un V12 de quatre litres développant 390 ch
La fiche officielle Ferrari associe la 330 LM à un V12 atmosphérique à 60 degrés de 3 967,44 cm³. Alimenté par six carburateurs Weber 42 DCN et doté d’une lubrification par carter sec, ce moteur développe 390 ch à 7 500 tr/min.
Le carter sec est particulièrement adapté à la compétition. Il permet de maintenir une alimentation régulière en huile malgré les accélérations, les freinages et les changements d’appui subis sur circuit. Il contribue également à installer le moteur plus bas, ce qui aide à limiter la hauteur du centre de gravité.
| Caractéristique | Donnée annoncée |
|---|---|
| Architecture | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 3 967,44 cm³ |
| Alimentation | Six carburateurs Weber 42 DCN |
| Puissance | 390 ch à 7 500 tr/min |
| Poids | 950 kg |
| Empattement | 2 420 mm |
| Vitesse maximale | 280 km/h |
Avec un poids annoncé de 950 kg, la 330 LM dispose d’un rapport poids-puissance remarquable pour son époque. Sa vitesse maximale officielle de 280 km/h doit néanmoins être comprise comme une valeur associée à la définition du modèle. Les performances réelles pouvaient varier selon les rapports de transmission, la carrosserie, les réglages et la configuration retenue pour chaque course.
Le châssis 3765, entre 330 LM et 250 GTO
Le châssis 3765 est l’exemplaire le plus célèbre associé au nom 330 LM. Construit en 1962, il est décrit comme l’unique GTO d’usine de type 1962 équipée dès l’origine d’un moteur quatre litres. Il s’agit également de la seule voiture dotée de cette carrosserie de GTO engagée en compétition par la Scuderia Ferrari elle-même.
Cette automobile ne constitue donc pas simplement une 250 GTO dont le moteur aurait été remplacé tardivement. Sa configuration initiale répondait à un programme sportif précis et associait dès sa naissance la carrosserie étroitement dérivée de la GTO au V12 de quatre litres.
Le 27 mai 1962, Mike Parkes et Willy Mairesse l’engagent aux 1 000 kilomètres du Nürburgring. La voiture remporte sa catégorie et termine deuxième au classement général, un résultat important pour sa première apparition en course.
Pour les 24 Heures du Mans, Ferrari remplace le moteur à trois carburateurs utilisé précédemment par une autre version du V12 quatre litres alimentée par six carburateurs Weber. Sa puissance est alors estimée à environ 390 ch, en cohérence avec les caractéristiques généralement associées à la 330 LM.
Un abandon aux 24 Heures du Mans 1962
À Le Mans en 1962, le châssis 3765 porte le numéro 7. Confié à Mike Parkes et Lorenzo Bandini, il s’élance depuis la quatrième position. La course bascule cependant très tôt lorsque Parkes sort de la piste et immobilise la voiture dans un bac à sable.
Après avoir repris la course en 53e position, l’équipage remonte jusqu’à la 42e place. La Ferrari abandonne finalement après 56 tours en raison d’une surchauffe. Le sable accumulé lors de la sortie de piste a pu contribuer au problème en perturbant le refroidissement, mais cette relation doit être présentée comme une explication probable plutôt que comme une certitude absolue.
La voiture qui remporte les 24 Heures du Mans cette année-là n’est pas cette berlinette. Il s’agit de la Ferrari 330 TRI/LM, une barquette à moteur avant dont l’architecture, la carrosserie et le programme sportif diffèrent de ceux de la 330 LM/GTO.
La transformation du châssis 3765 en 250 GTO
En mai 1963, le châssis 3765 retourne à l’usine Ferrari. Son moteur quatre litres est remplacé par un V12 de trois litres et la voiture reçoit une boîte de vitesses à cinq rapports afin d’être convertie aux spécifications de la 250 GTO.
Cette transformation explique la double désignation « 330 LM / 250 GTO » fréquemment utilisée aujourd’hui. Elle reflète deux périodes authentiques de la carrière de la même automobile : une naissance en configuration 330 LM de quatre litres, puis une évolution officielle vers les caractéristiques mécaniques de la 250 GTO.
Il faut donc distinguer l’identité historique du châssis de sa configuration à une date donnée. Employer uniquement le nom 250 GTO efface sa définition d’origine, tandis que le présenter comme une 330 LM demeurée intacte depuis 1962 ignorerait sa conversion ultérieure par Ferrari.
Les quatre Ferrari 330 LMB de 1963
La 330 LMB constitue une évolution distincte, développée pour la saison 1963. Quatre exemplaires sont construits. Le sigle LMB est généralement associé à l’idée de « Le Mans Berlinetta », ce qui souligne sa destination de coupé de compétition pour les grandes épreuves d’endurance.
Sa carrosserie permet de la différencier du châssis 3765. Le nez conserve l’influence de la 250 GTO, mais la ligne générale est plus longue et plus proche, dans sa partie arrière, de celle de la 250 GT Berlinetta Lusso. Cette forme vise notamment à concilier stabilité à haute vitesse, efficacité aérodynamique et habitabilité suffisante pour les courses de longue durée.
Lors des essais préliminaires des 24 Heures du Mans en avril 1963, Mike Parkes atteint 302 km/h avec le châssis 4381 SA. Selon l’Automobile Club de l’Ouest, il devient alors le premier pilote à dépasser 300 km/h dans la ligne droite des Hunaudières. Cette mesure ne contredit pas nécessairement la vitesse maximale de 280 km/h indiquée sur la fiche générale du modèle, car la configuration aérodynamique et les rapports de transmission pouvaient être adaptés au circuit du Mans.
Pendant la course de 1963, la 330 LMB numéro 12 engagée par Maranello Concessionaires termine cinquième au classement général avec Jack Sears et Mike Salmon. Elle remporte également sa catégorie. Les deux autres 330 LMB présentes au départ abandonnent.
Une étape avant les prototypes à moteur central
La 330 LM appartient aux dernières grandes Ferrari de compétition à moteur avant. À partir du début des années 1960, la marque privilégie progressivement le moteur central, qui offre une meilleure répartition des masses et davantage de liberté dans la conception aérodynamique.
La Ferrari 250 LM, malgré son nom proche, est un prototype à moteur central arrière et non une évolution directe de la berlinette 330 LM. Elle appartient à une génération technique différente, pensée autour d’une architecture devenue la norme dans les courses internationales.
La même transition se retrouve avec la Ferrari 330 P. Celle-ci conserve une cylindrée proche de quatre litres, mais l’installe au centre de la voiture dans un prototype spécifiquement développé pour l’endurance. La 330 LM apparaît ainsi comme un modèle charnière entre les berlinettes dérivées des GT et les prototypes modernes des années 1960.
Pourquoi la Ferrari 330 LM est-elle si rare ?
La rareté de la 330 LM tient d’abord à la très faible production de ses différentes versions. Le châssis 3765 est un exemplaire unique par sa configuration d’origine, tandis que la série 330 LMB ne compte que quatre voitures. À cette rareté matérielle s’ajoutent une histoire sportive documentée, une mécanique d’usine exceptionnelle et un lien direct avec la 250 GTO.
La valeur d’un exemplaire dépend toutefois de nombreux critères : identité exacte du châssis, continuité de son historique, configuration mécanique, interventions réalisées par l’usine, résultats en course, état de conservation et qualité de la documentation. Le prix d’une voiture unique ne peut donc pas être appliqué automatiquement aux autres modèles portant une appellation voisine.
Le 13 novembre 2023, le châssis 3765 a été vendu à New York par RM Sotheby’s pour 51 705 000 dollars. Ce montant correspond à une transaction précise, organisée à une date donnée, pour une voiture dotée d’une histoire et d’une configuration uniques. Il ne constitue pas une cote générale de la Ferrari 330 LM.
Cette vente illustre néanmoins l’importance accordée à l’authenticité historique sur le marché. Pour investir dans une Ferrari de collection, le prestige du modèle ne suffit pas : la provenance, les numéros de châssis et de moteur, les transformations documentées et la traçabilité de chaque restauration sont déterminants. Dans le cas de la 330 LM, comprendre précisément la différence entre le châssis 3765, les quatre 330 LMB et la 330 TRI/LM est indispensable avant toute comparaison de valeur.











