Ferrari Dino 246 S

Ferrari Dino 246 S

La Ferrari Dino 246 S est une barquette de compétition à moteur avant conçue pour la saison 1960. Elle appartient à la première génération de prototypes Ferrari portant le nom Dino, en hommage à Alfredo « Dino » Ferrari, fils d’Enzo Ferrari. Avec son V6 de 2,4 litres, son poids à sec de seulement 640 kg et sa carrosserie ouverte proche de celle des Testa Rossa, elle constitue une étape importante dans l’évolution des voitures de sport de Maranello.

Cette automobile ne doit pas être confondue avec la Dino 246 GT, modèle routier à moteur central arrière commercialisé à partir de la fin des années 1960. La 246 S est une machine beaucoup plus rare, exclusivement développée pour la course et produite, au sens strict, à seulement deux exemplaires.

Une barquette de course née de la famille Dino

À la fin des années 1950, Ferrari explore l’emploi de moteurs V6 plus compacts que ses traditionnels V12. Ces mécaniques sont utilisées en monoplace, mais également dans une série de prototypes sportifs légers. La Ferrari Dino 196 S, équipée d’un moteur d’environ deux litres, figure parmi les premières expressions de cette stratégie.

La Dino 246 S s’inscrit dans le prolongement de la Ferrari Dino 296 S. Ferrari réduit alors la cylindrée du V6 pour l’adapter à une catégorie sportive particulièrement disputée, tout en cherchant un meilleur équilibre entre puissance, poids et maniabilité. La désignation « 246 » suit la nomenclature couramment employée par la marque : les deux premiers chiffres évoquent approximativement la cylindrée de 2,4 litres, tandis que le dernier renvoie aux six cylindres du moteur.

Le suffixe « S » signifie Sport. Il distingue cette barquette des monoplaces de Formule 1 utilisant une mécanique apparentée, ainsi que des futures Dino routières. La voiture est homologuée comme spider biplace de compétition, même si son habitacle et son équipement répondent avant tout aux exigences des courses d’endurance.

Un V6 de Formule 1 adapté à l’endurance

Le cœur de la Ferrari Dino 246 S est un V6 atmosphérique ouvert à 60 degrés, installé longitudinalement à l’avant. Selon la fiche historique officielle de Ferrari, sa cylindrée exacte atteint 2 417,33 cm³. Alimenté par trois carburateurs Weber 42 DCN, il développe 250 ch à 7 500 tr/min.

Cette puissance peut sembler modeste au regard des Ferrari à moteur V12 de la même époque. Elle prend toutefois une autre dimension lorsqu’elle est rapportée au poids réduit de la voiture. Avec 640 kg à sec, la 246 S bénéficie d’un rapport poids-puissance théorique d’environ 2,6 kg par cheval, sans tenir compte du carburant, des fluides et du pilote.

CaractéristiqueDonnée
Architecture du moteurV6 atmosphérique à 60 degrés, position avant longitudinale
Cylindrée2 417,33 cm³
Puissance250 ch à 7 500 tr/min
AlimentationTrois carburateurs Weber 42 DCN
TransmissionBoîte manuelle à cinq rapports
ChâssisStructure tubulaire en acier
FreinageFreins à disque
Empattement2 160 mm
Poids à sec640 kg
Capacité du réservoir120 litres

Ferrari ne communique pas de vitesse maximale ni de temps d’accélération officiel pour ce modèle. Les valeurs parfois reprises dans des fiches non officielles doivent donc être considérées avec prudence. Sur une voiture de course de cette période, les performances pouvaient en outre varier selon les rapports de transmission, les réglages du moteur et la configuration aérodynamique retenue pour chaque épreuve.

Un châssis léger sous une carrosserie Fantuzzi

La mécanique est associée à un châssis tubulaire en acier et à une boîte manuelle à cinq rapports. L’empattement limité à 2 160 mm contribue à la compacité de l’ensemble. Les freins à disque, encore relativement modernes au tournant des années 1960, sont mieux adaptés aux longues épreuves que les tambours employés par de nombreuses voitures de compétition antérieures.

La carrosserie ouverte est réalisée par Fantuzzi. Ses ailes galbées, son long capot avant et son arrière court rappellent les Ferrari 250 Testa Rossa contemporaines. Cette ressemblance est avant tout visuelle : la Dino se distingue par son moteur V6, ses dimensions plus contenues et sa recherche de légèreté.

Le réservoir de 120 litres souligne la vocation d’endurance de la voiture. Une telle capacité permet d’espacer les ravitaillements, mais augmente fortement la masse au départ lorsque le réservoir est plein. Le comportement de la barquette pouvait donc évoluer sensiblement au fil d’une course, à mesure que le carburant était consommé.

Deux véritables Ferrari Dino 246 S

Le nombre d’exemplaires produits prête parfois à confusion. Trois châssis Dino de compétition dotés d’une carrosserie Fantuzzi sont régulièrement associés à cette famille : 0776, 0778 et 0784. Le châssis 0776 recevait toutefois un moteur de deux litres et correspondait à une 196 S. Les deux véritables Dino 246 S sont donc les châssis 0778 et 0784.

Cette distinction explique pourquoi certaines publications évoquent trois voitures, tandis que d’autres retiennent une production de deux exemplaires. Pour présenter le modèle avec précision, il convient de séparer la série de carrosseries apparentées de la configuration mécanique propre à la 246 S.

La rareté de la voiture ne résulte donc pas d’une série routière limitée, mais de sa nature même de prototype d’usine. Les châssis pouvaient être modifiés, reconstruits ou recevoir une nouvelle carrosserie au cours de leur carrière, une pratique courante pour les voitures de compétition de cette période.

Des débuts difficiles à Buenos Aires

La Dino 246 S apparaît en compétition internationale le 31 janvier 1960 lors des 1 000 kilomètres de Buenos Aires. Le châssis 0778 est confié à Ludovico Scarfiotti et José Froilán González. La voiture abandonne à la suite d’un problème d’allumage, parfois décrit plus précisément comme une défaillance du distributeur.

Cet abandon ne permet pas encore de mesurer pleinement le potentiel du modèle. Il montre en revanche que Ferrari engage rapidement sa nouvelle barquette face à des prototypes plus puissants, en misant sur l’agilité, la légèreté et la sobriété relative du V6.

Deuxième de la Targa Florio 1960

Le résultat le plus marquant de la Ferrari Dino 246 S intervient le 8 mai 1960 à la Targa Florio. Cette épreuve sicilienne, disputée sur route, impose de longues successions de virages, de fortes variations d’altitude et un revêtement exigeant. La maniabilité et la résistance mécanique y comptent souvent davantage que la seule vitesse de pointe.

Le châssis 0784, piloté par Phil Hill et Wolfgang von Trips, termine à la deuxième place du classement général. Il remporte également la catégorie Sport jusqu’à trois litres. Le châssis 0778, partagé par Willy Mairesse, Ludovico Scarfiotti et Giulio Cabianca, prend la quatrième place. Ces classements sont répertoriés dans les archives de Racing Sports Cars.

Placer deux voitures parmi les quatre premières représente une performance significative pour un modèle produit à deux exemplaires. Ce résultat confirme la pertinence d’un prototype plus léger et moins puissant sur un parcours sinueux, où les qualités du châssis et la facilité d’exploitation du moteur deviennent déterminantes.

De la 246 S à la génération des prototypes à moteur central

La Dino 246 S appartient aux dernières Ferrari Sport importantes conservant un moteur placé à l’avant. Dès le début des années 1960, la marque adopte progressivement l’architecture à moteur central, déjà devenue une référence en monoplace. La Ferrari 246 SP illustre cette rupture technique : malgré une désignation proche et l’emploi d’un V6, elle ne constitue pas une simple évolution de la 246 S.

Le déplacement du moteur derrière le pilote permet de mieux centraliser les masses, de réduire le moment d’inertie et d’améliorer la motricité. La 246 S représente ainsi une transition entre les barquettes Ferrari traditionnelles à moteur avant et les prototypes modernes qui domineront la décennie suivante.

Cette continuité se retrouve également dans la Ferrari Dino 206 S, prototype V6 plus tardif conçu autour d’une architecture à moteur central. La comparaison entre ces modèles montre à quel point la famille Dino a servi de laboratoire à Ferrari, aussi bien pour ses moteurs de cylindrée moyenne que pour ses solutions de châssis.

Le châssis 0784 et la carrosserie « High-Tail »

Après sa carrière initiale avec l’usine, le châssis 0784 est vendu en 1961 à Luigi Chinetti, fondateur du North American Racing Team. Il reçoit ensuite une nouvelle carrosserie Fantuzzi plus aérodynamique, caractérisée par une partie arrière haute et allongée.

Cette configuration est couramment désignée par le surnom « High-Tail ». Elle illustre la manière dont les prototypes de course évoluaient au cours de leur existence. Un même châssis pouvait changer de silhouette, de moteur ou de spécifications afin de rester compétitif, ce qui complique aujourd’hui l’identification exacte de son apparence à une date donnée.

La Ferrari Dino 246 S demeure ainsi un modèle charnière et extrêmement rare. Son V6 dérivé de la compétition, sa légèreté, sa deuxième place à la Targa Florio et son rôle dans le passage du moteur avant au moteur central lui donnent une importance historique supérieure à ce que sa production de deux exemplaires pourrait laisser supposer.