La Holden Commodore est une automobile familiale australienne produite par Holden, filiale de General Motors, à partir de 1978. Commercialisée pendant plus de quatre décennies, elle devient l’un des modèles les plus emblématiques de l’industrie automobile australienne. D’abord conçue à partir d’une architecture européenne, elle évolue progressivement vers une grande berline développée localement, réputée pour ses moteurs six cylindres et V8, sa propulsion et ses nombreuses déclinaisons sportives.
La Commodore traverse cinq grandes générations, depuis la VB de 1978 jusqu’à la ZB de 2018. Les quatre premières générations sont fabriquées en Australie, tandis que la dernière repose sur une Opel Insignia produite en Allemagne. La fabrication australienne s’achève le 20 octobre 2017, avant l’arrêt définitif de la commercialisation du modèle en 2020.
Origines et lancement de la Holden Commodore en 1978
Au milieu des années 1970, Holden cherche à renouveler ses grandes berlines familiales dans un contexte marqué par la hausse du prix du carburant et l’évolution des attentes des automobilistes. Les modèles Kingswood, imposants et relativement traditionnels, doivent progressivement céder la place à une voiture plus compacte, plus légère et plus moderne. General Motors décide alors d’utiliser une architecture européenne commune aux Opel Rekord E et Senator A.
La future Commodore nécessite cependant d’importantes adaptations. Les ingénieurs australiens renforcent notamment sa structure et modifient plusieurs éléments mécaniques pour répondre aux conditions locales. Les longues distances, les routes parfois dégradées et les températures élevées imposent des exigences différentes de celles du marché européen. Le développement est réalisé par les équipes Holden, avec une contribution importante du département de design dirigé par Leo Pruneau.
La Holden Commodore VB est officiellement présentée le 26 octobre 1978. Elle adopte une carrosserie anguleuse, des projecteurs rectangulaires et une calandre horizontale caractéristique. Plus étroite que les grandes Holden précédentes, elle conserve une architecture classique à moteur longitudinal et propulsion. La gamme comprend initialement plusieurs niveaux de finition, dont Commodore, SL et SL/E, cette dernière privilégiant le confort et les équipements.
À cette époque, la Holden Torana occupe également une place importante dans la gamme australienne. Plus compacte, elle coexiste brièvement avec la nouvelle Commodore avant sa disparition. La Commodore ne constitue toutefois pas son remplacement direct : elle prend surtout la relève des grandes berlines familiales Holden, dont elle reprend progressivement le rôle commercial.
Un break rejoint la gamme en juillet 1979. La Commodore reçoit également le titre de voiture de l’année 1978 du magazine australien Wheels, une distinction qui accompagne favorablement son lancement. Malgré cette reconnaissance, son gabarit relativement compact deviendra progressivement un handicap face à la Ford Falcon, sa principale concurrente sur le marché australien.
Les générations de la Holden Commodore de 1978 à 2006
La première génération regroupe les séries VB, VC, VH, VK et VL, commercialisées entre 1978 et 1988. Ces modèles conservent une architecture générale commune, mais connaissent plusieurs évolutions stylistiques et mécaniques. La VC de 1980 reçoit notamment les moteurs Holden dits Blue, tandis que la VH de 1981 adopte une face avant redessinée. La VK, lancée en 1984, modernise davantage la présentation et introduit notamment les appellations Berlina et Calais.
La VL de 1986 constitue une évolution particulièrement importante. Holden remplace ses anciens six cylindres par le moteur Nissan RB30 de 3,0 litres, disponible en version atmosphérique ou turbocompressée. Ce choix permet de moderniser les performances et le fonctionnement mécanique du modèle. Le V8 Holden de 5,0 litres reste néanmoins proposé, préservant l’identité sportive de la gamme.
En 1988, la Commodore VN inaugure la deuxième génération. Sa carrosserie est sensiblement plus large, afin de retrouver une habitabilité correspondant aux attentes des familles australiennes. Elle reçoit un V6 de 3,8 litres d’origine Buick et conserve une motorisation V8 de 5,0 litres. Les séries VP, VR et VS poursuivent cette évolution jusqu’en 1997, avec des améliorations touchant la sécurité, les suspensions, le confort et les équipements.
La VS introduit notamment le V6 Ecotec de 3,8 litres, plus moderne que le moteur précédent. Cette période voit également la Commodore renforcer sa présence auprès des flottes professionnelles, des administrations et des particuliers recherchant une grande berline polyvalente. Les versions sportives contribuent parallèlement à entretenir son image auprès des passionnés.
La troisième génération apparaît en 1997 avec la Commodore VT. Plus imposante et plus arrondie, elle marque une nouvelle étape dans le développement du modèle. Sa carrosserie bénéficie d’une conception modernisée et la suspension arrière indépendante se généralise dans la gamme. La VT rencontre un important succès commercial et consolide la position de Holden sur son marché national.
Les évolutions VX en 2000, VY en 2002 et VZ en 2004 apportent des modifications successives au style, à la sécurité et aux motorisations. Les anciens V8 Holden sont progressivement remplacés par des V8 Chevrolet de la famille LS, tandis que la VZ introduit les moteurs V6 Alloytec de 3,6 litres. Ces changements préparent l’arrivée d’une nouvelle génération entièrement repensée.
La Commodore VE et VF : l’aboutissement de la berline australienne
Présentée en 2006, la Holden Commodore VE marque une rupture dans l’histoire du modèle. Pour la première fois, Holden développe une nouvelle plateforme destinée à sa grande berline sans reprendre directement une architecture Opel existante. Baptisée GM Zeta, cette base technique est conçue en Australie pour accueillir des moteurs longitudinaux et une transmission aux roues arrière.
La VE se distingue par ses proportions plus affirmées, ses passages de roues prononcés, sa large calandre et sa silhouette musclée. Elle conserve les principales qualités attendues d’une grande berline australienne : habitabilité généreuse, comportement routier adapté aux longues distances et disponibilité de puissantes motorisations V6 et V8.
Les versions sportives SS et SS V occupent une place importante dans la gamme. Elles associent les moteurs V8 à une présentation extérieure plus dynamique, avec des boucliers spécifiques, des jantes de grand diamètre et des équipements adaptés. Les finitions Berlina et Calais privilégient davantage le confort, la présentation intérieure et les équipements de luxe.
La Commodore partage également son histoire technique avec plusieurs véhicules dérivés. La Holden Monaro moderne, lancée en 2001, est ainsi un coupé sportif développé à partir de la génération VT/VX. Elle précède la plateforme VE, mais illustre la capacité de Holden à exploiter l’architecture de sa grande berline pour créer des modèles à caractère plus exclusif.
En 2013, la Commodore VF succède à la VE. Elle conserve l’architecture Zeta tout en modernisant profondément la présentation, l’habitacle et les équipements électroniques. Les nouvelles aides à la conduite, les systèmes multimédias et les améliorations aérodynamiques permettent de maintenir sa compétitivité face à des berlines internationales de conception plus récente.
La VF Series II, introduite en 2015, représente la dernière évolution majeure de la Commodore australienne. Certaines versions sportives reçoivent alors un V8 atmosphérique de 6,2 litres, associé à une sonorité particulièrement caractéristique. La production de cette génération s’achève en octobre 2017, mettant fin à près de quarante ans de fabrication australienne de la Commodore.
Fiche technique de la Holden Commodore
| Caractéristique | Holden Commodore VB (1978) |
|---|---|
| Constructeur | Holden, General Motors |
| Année de lancement | 1978 |
| Production de la série VB | 1978 à 1980 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, break 5 portes à partir de 1979 |
| Structure | Monocoque en acier, plateforme GM V adaptée |
| Implantation du moteur | Avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Moteurs | 6 cylindres en ligne 2,85 et 3,3 litres ; V8 4,2 et 5,0 litres |
| Cylindrées | 2 854, 3 298, 4 142 et 5 044 cm³ |
| Alimentation | Carburateur, selon motorisation |
| Distribution | Arbre à cames dans le bloc, 2 soupapes par cylindre |
| Puissance | 55 à 125 kW, soit environ 75 à 170 ch selon version |
| Couple | 198 à 352 Nm selon motorisation |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 4 rapports ou automatique 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante de type MacPherson, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide guidé, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère, assistance selon finition |
| Freins avant | Disques ventilés de 268 mm |
| Freins arrière | Tambours ou disques selon version |
| Roues | Jantes de 14 ou 15 pouces selon finition |
| Longueur | 4 705 à 4 729 mm selon finition de berline |
| Largeur | 1 722 mm |
| Hauteur | 1 371 mm |
| Empattement | 2 668 mm |
| Voie avant | 1 449 à 1 451 mm |
| Voie arrière | 1 417 à 1 422 mm |
| Masse à vide indicative | 1 220 à 1 400 kg selon finition |
| Capacité du réservoir | 63 litres |
| Volume du coffre de la berline | 382 litres |
| Production totale VB | Environ 95 906 exemplaires |
| Pays de fabrication | Australie |
Versions sportives, carrosseries dérivées et compétition
La Commodore doit une grande partie de sa notoriété à ses versions sportives et à son engagement en compétition. Dès les années 1980, Holden Dealer Team, associé au pilote Peter Brock, développe des déclinaisons hautes performances destinées à renforcer l’image de la marque. Ces modèles se distinguent par leurs préparations mécaniques, leurs suspensions spécifiques et leur présentation extérieure plus agressive.
À partir de la fin des années 1980, Holden Special Vehicles, généralement désigné par le sigle HSV, poursuit le développement de modèles sportifs dérivés de la gamme Holden. Les versions Clubsport, Senator et GTS contribuent à établir une véritable tradition australienne de grandes berlines performantes, souvent équipées de puissants moteurs V8.
La Commodore est également indissociable des compétitions australiennes de voitures de tourisme. Elle s’illustre notamment aux Bathurst 1000 et dans les championnats nationaux, puis dans la catégorie V8 Supercars. Les voitures de course conservent une identité visuelle liée aux modèles de série, mais utilisent des structures et des composants adaptés aux règlements sportifs.
L’un des premiers succès marquants intervient en 1979, lorsque des Commodore réalisent un triplé au Repco Round Australia Reliability Trial. Cette épreuve d’endurance particulièrement exigeante permet à Holden de démontrer les qualités de résistance du modèle sur de très longues distances. Les décennies suivantes apportent de nombreuses victoires à Bathurst et plusieurs titres nationaux.
Au-delà de la berline, Holden développe également plusieurs carrosseries répondant aux usages locaux. Le break Sportwagon devient particulièrement important sur les générations récentes. La Holden Ute, utilitaire à benne ouverte dérivé de la Commodore à partir de la génération VG en 1990, illustre quant à elle une tradition automobile spécifiquement australienne. Appréciée pour sa polyvalence, elle existe aussi dans des configurations sportives à moteur V8.
Ces différentes déclinaisons permettent à Holden d’exploiter une même architecture pour des véhicules familiaux, utilitaires ou sportifs. Elles participent au succès commercial de la Commodore et à son implantation durable dans la culture automobile australienne.
La Holden Commodore ZB et la fin de la production australienne
Le 20 octobre 2017, Holden ferme son usine automobile d’Elizabeth, en Australie-Méridionale. Cette fermeture met fin à la fabrication locale de la Commodore et constitue un événement majeur pour l’industrie automobile nationale. La décision s’inscrit dans la réorganisation industrielle de General Motors et dans la disparition progressive de la production automobile de grande série en Australie.
Le recul de cette activité avait déjà touché d’autres modèles Holden. La Holden Cruze, berline compacte également assemblée à Elizabeth, avait vu sa production australienne prendre fin en 2016. L’arrêt de la Commodore l’année suivante marque la disparition du dernier grand programme de fabrication automobile Holden sur le territoire national.
En 2018, le nom Commodore réapparaît sur une nouvelle génération baptisée ZB. Contrairement à ses devancières, celle-ci est produite en Allemagne et dérive directement de l’Opel Insignia B. Elle adopte une architecture à moteur transversal, avec traction avant ou transmission intégrale selon les versions. Cette transformation marque l’abandon de la configuration traditionnelle à propulsion qui caractérisait les Commodore australiennes.
La ZB est proposée en carrosseries liftback à cinq portes et break Sportwagon, ainsi que dans une variante Tourer surélevée. Ses motorisations comprennent des quatre cylindres turbocompressés essence ou diesel et un V6 essence, selon les finitions. Plus orientée vers l’efficacité et les technologies modernes, elle s’éloigne des grandes berlines V8 qui avaient contribué à la réputation de ses prédécesseurs.
Cette stratégie de modèles internationaux n’est pas entièrement nouvelle pour Holden. La Holden Astra, notamment, avait déjà illustré l’intégration de véhicules conçus dans d’autres divisions de General Motors à la gamme australienne. Toutefois, appliquer cette approche à la Commodore représente un changement particulièrement important compte tenu de son histoire et de son identité nationale.
La ZB ne rencontre pas le même attachement commercial que les générations australiennes. Son architecture différente, la disparition des moteurs V8 et l’évolution du marché vers les SUV contribuent à modifier profondément son positionnement. En décembre 2019, Holden annonce l’abandon programmé de la Commodore, dont la commercialisation prend fin en 2020.
Quelques semaines plus tard, en février 2020, General Motors annonce la disparition de la marque Holden. La cessation progressive de ses activités intervient au cours de l’année, mettant définitivement un terme à la présence commerciale de l’une des marques les plus connues de l’histoire automobile australienne.




