Apparue en 1966, la Jaguar 420G représente l’ultime évolution de la Mark X, la grande berline de prestige avec laquelle Jaguar avait profondément renouvelé son haut de gamme au début des années 1960. Longue de plus de 5,13 mètres, animée par le six-cylindres XK de 4,2 litres et dotée de quatre roues indépendantes, elle associe des dimensions imposantes à une architecture alors particulièrement sophistiquée. Sa carrière sera pourtant relativement courte, puisque l’arrivée de la XJ6 en 1968 rend rapidement cette imposante berline moins attractive dans la gamme.
De la Jaguar Mark X à la 420G
Pour comprendre la 420G, il faut remonter à la Mark X de 1961. Jaguar cherchait alors à renouveler ses grandes berlines, après une génération représentée notamment par la Jaguar Mark IX. La rupture technique était importante : à la place du châssis séparé des précédentes grandes Jaguar, la Mark X adoptait une structure monocoque et une suspension arrière indépendante. Malgré son gabarit considérable, elle s’inscrivait ainsi dans la modernisation technique engagée par la marque.
La première Mark X recevait le six-cylindres XK de 3,8 litres. En 1964, Jaguar adopta le 4,2 litres, accompagné de différentes améliorations concernant notamment la transmission, le freinage et la direction. Lorsque la 420G apparut en octobre 1966, Jaguar ne créa donc pas une nouvelle voiture : il s’agissait essentiellement d’une Mark X 4.2 perfectionnée et rebaptisée, avec plusieurs retouches permettant de distinguer la nouvelle appellation.
Cette proximité explique pourquoi Mark X et 420G sont parfois regroupées dans les statistiques ou les descriptions historiques. La 420G correspond pourtant bien à une version identifiable, produite de 1966 à 1970. Elle constitue la dernière étape de cette famille avant la rationalisation du haut de gamme Jaguar autour de la XJ.
Une 420G à ne pas confondre avec la Jaguar 420
La nomenclature choisie en 1966 entretient une confusion persistante. La Jaguar 420 et la 420G sont deux automobiles différentes. La première appartient à la famille des berlines intermédiaires issue des Mark 2 et S-Type, tandis que la seconde descend directement de la grande Mark X. Avec 3,048 m d’empattement et plus de 5,13 m de longueur, la 420G évolue clairement dans une catégorie supérieure.
Cette différence apparaît également lorsqu’on replace les voitures dans la gamme. La Jaguar Mark 2 et ses dérivés privilégiaient des dimensions plus contenues et une personnalité davantage orientée vers la berline sportive. La 420G devait au contraire représenter le prestige Jaguar à grande échelle, avec un habitacle spacieux, une présentation luxueuse et une présence extérieure particulièrement imposante.
Son dessin reste très proche de celui de la Mark X 4.2. La 420G se reconnaît notamment à la barre verticale ajoutée au centre de la calandre, aux répétiteurs installés sur les ailes avant, aux nouvelles baguettes latérales et à des enjoliveurs spécifiques. La silhouette conserve ses quatre projecteurs, son capot très large, sa ceinture de caisse basse et son pavillon relativement fin au regard du volume général de la carrosserie.
Un six-cylindres XK pour près de deux tonnes
Sous le long capot se trouve le six-cylindres en ligne XK de 4 235 cm3, avec double arbre à cames en tête et trois carburateurs SU. Jaguar annonçait 265 bhp à 5 400 tr/min selon la norme de puissance utilisée à l’époque. Cette mécanique est l’une des signatures techniques de la marque et appartient à la même grande famille que celle employée sur la Jaguar E-type, même si les deux automobiles répondent évidemment à des usages très différents.
La 420G pouvait recevoir une boîte manuelle à quatre rapports entièrement synchronisés, éventuellement complétée par un overdrive Laycock de Normanville, ou une transmission automatique Borg-Warner Model 8 à trois rapports. Dans tous les cas, la puissance était transmise aux roues arrière.
Le châssis constitue un élément essentiel de la personnalité du modèle. Les quatre roues sont indépendantes, avec doubles triangles à l’avant et un dispositif arrière élaboré comprenant ressorts hélicoïdaux et plusieurs amortisseurs. Cette architecture permettait à Jaguar de conjuguer confort et tenue de route malgré la masse et les dimensions de la voiture. La direction assistée Marles Varamatic à démultiplication variable facilitait également la conduite de cette berline de 1,93 m de large.
Le freinage reposait sur quatre disques assistés avec circuits hydrauliques avant et arrière séparés. Ce niveau d’équipement technique permettait à la 420G de conserver des performances élevées pour une limousine de son époque : les données disponibles situent généralement sa vitesse maximale autour de 193 à 198 km/h, les différences provenant notamment des transmissions et des méthodes de mesure.
Fiche technique de la Jaguar 420G
| Caractéristique | Jaguar 420G |
|---|---|
| Production | 1966 à 1970 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | Jaguar XK, 6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 4 235 cm3 |
| Alésage x course | 92,07 x 106 mm |
| Alimentation | 3 carburateurs SU |
| Taux de compression | 8:1 dans la documentation Jaguar de 1967 |
| Puissance annoncée | 265 bhp à 5 400 tr/min |
| Couple | Environ 382 à 384 Nm à 4 000 tr/min suivant la norme et la source |
| Boîte manuelle | 4 rapports entièrement synchronisés |
| Overdrive | Laycock de Normanville disponible |
| Boîte automatique | Borg-Warner Model 8, 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux, deux amortisseurs télescopiques par côté |
| Direction | Assistée Marles Varamatic à démultiplication variable |
| Freins | 4 disques assistés, circuits avant et arrière séparés |
| Pneus documentés en 1967 | Dunlop SP41 205 x 14 |
| Longueur | 5 131 mm |
| Largeur | Environ 1 930 à 1 938 mm selon les données et arrondis |
| Hauteur | Environ 1 359 mm dans la documentation Jaguar de 1967 |
| Empattement | 3 048 mm |
| Voies avant et arrière | 1 473 mm |
| Diamètre de braquage | Environ 11,28 m |
| Poids | Environ 1 825 à 1 860 kg à vide dans plusieurs fiches techniques, davantage selon équipement et méthode de mesure |
| Vitesse maximale | Environ 193 à 198 km/h selon transmission et mesure |
| 0 à 100 km/h | Environ 10 secondes selon les essais et configurations |
| Réservoirs | 2 réservoirs, environ 91 litres au total |
| Consommation | Environ 19 l/100 km d’après la valeur de 15 mpg impériaux associée à la famille Mark X/420G |
Le luxe Jaguar dans un format hors norme
Les dimensions de la 420G ne servaient pas seulement à produire une silhouette spectaculaire. L’empattement de 3,048 m libérait un vaste habitacle et permettait à Jaguar de travailler particulièrement la présentation intérieure. Cuir, boiseries et tablettes de pique-nique participaient à une atmosphère de grande berline britannique traditionnelle, tandis que les évolutions introduites avec la 420G comprenaient notamment des parties rembourrées du tableau de bord et une nouvelle disposition de certains instruments.
La voiture conservait néanmoins une approche technique plus ambitieuse qu’une limousine traditionnelle à châssis séparé. Chauffage et désembuage étaient complétés par une distribution d’air vers l’arrière, tandis que la climatisation figurait parmi les équipements disponibles. Des roues à rayons pouvaient remplacer les roues en acier de série. Jaguar proposait également une configuration intérieure avec séparation vitrée, illustrant le positionnement très haut de gamme du modèle.
Deux réservoirs de carburant étaient installés, avec pompes électriques et sélection depuis le tableau de bord. Leur capacité totale d’environ 91 litres était cohérente avec l’appétit du 4,2 litres dans une automobile aussi lourde. La consommation réelle pouvait fortement varier avec l’allure et la transmission, mais la valeur d’environ 15 mpg impériaux associée à cette famille correspond à près de 19 l/100 km.
Une carrière écourtée par l’arrivée de la XJ6
Le problème de la 420G ne résidait pas dans son niveau technique mais dans son calendrier. Deux ans seulement après son apparition, Jaguar dévoila en 1968 la XJ6. Plus moderne dans sa conception générale et plus rationnelle par ses dimensions, la nouvelle Jaguar XJ était appelée à restructurer profondément l’offre de berlines de la marque. La 420G continua d’être proposée pendant une période de transition, avant de disparaître en 1970.
Cette période voit également Jaguar et Daimler multiplier les propositions de prestige. La Daimler Sovereign occupait elle aussi une place dans cette stratégie, mais ne doit pas être considérée comme une 420G rebadgée. Plus significative encore est la Daimler DS420 lancée en 1968 : cette véritable limousine utilisait une version allongée de la base technique de la 420G et allait connaître une carrière beaucoup plus longue.
Le nombre exact de 420G produites reste difficile à isoler avec certitude. Plusieurs totaux circulent, notamment 5 763, 6 088 ou 6 554 exemplaires, tandis que les archives Jaguar indiquent un peu plus de 24 000 voitures pour l’ensemble Mark X et 420G. En l’absence d’un total primaire accessible permettant de départager ces chiffres, retenir arbitrairement l’un d’eux donnerait une précision trompeuse.
Les détails qui permettent d’identifier une véritable 420G
Une 420G authentique doit d’abord présenter les proportions caractéristiques de la Mark X : carrosserie extrêmement large et basse, quatre portes, quatre projecteurs ronds et grande calandre centrale. Par rapport à la Mark X 4.2 antérieure, la barre verticale traversant la calandre constitue l’un des indices les plus faciles à repérer. Les répétiteurs placés sur les ailes avant et les baguettes chromées latérales complètent les évolutions visuelles introduites avec la nouvelle appellation.
La mécanique permet également de circonscrire précisément le modèle. Une 420G de série appartient à la période 1966-1970 et reçoit le XK de 4,2 litres. Une grande Jaguar de cette carrosserie équipée du 3,8 litres appartient donc à la période Mark X antérieure, et non à la 420G. Inversement, le simple chiffre 420 ne suffit jamais à identifier la voiture : la 420 contemporaine appartient à une autre famille de berlines.
Jaguar Daimler Heritage Trust conserve notamment une 420G construite en mai 1969, immatriculée TWF 593H et portant le châssis G1D56945BW. Vendue neuve à une entreprise de Manchester puis donnée au patrimoine Jaguar en 1985, elle constitue aujourd’hui un exemple documenté de cette dernière grande évolution de la Mark X avant la disparition du modèle en 1970.




