La Jaguar XJ est la grande berline de luxe qui a structuré la gamme Jaguar pendant plus de cinq décennies. Présentée en 1968 au Salon de l’automobile de Paris, la première XJ6 remplace une partie de la gamme de berlines Jaguar alors devenue particulièrement complexe. Son ambition est claire : réunir dans une même voiture le confort d’une grande routière et le comportement routier associé à l’image sportive de Jaguar.
La carrière de la XJ s’étend de 1968 à 2019. Au fil des générations, elle passe des six cylindres XK et du V12 aux V8, puis aux V6 essence et diesel. Elle évolue également d’une structure traditionnelle en acier vers des architectures largement réalisées en aluminium. Cette longue histoire comprend les Series I, II et III, puis les générations XJ40, X300, X308, X350 et X351.
La naissance de la Jaguar XJ en 1968
Le projet XJ4 est développé au cours des années 1960 afin de rationaliser une gamme qui comprend notamment les Mark II, S-Type, 420 et 420G. Sous la direction de Sir William Lyons, Jaguar cherche à créer une nouvelle grande berline capable de remplacer plusieurs modèles tout en conservant les caractéristiques qui font la réputation de la marque.
L’ingénieur en chef Bob Knight joue un rôle important dans la mise au point du châssis et de la suspension. La nouvelle voiture adopte une suspension indépendante aux quatre roues et une architecture destinée à offrir un niveau élevé de confort sans sacrifier la précision du comportement. Le style, dirigé par William Lyons, se caractérise par une silhouette basse, une carrosserie longue et des proportions relativement compactes pour une grande berline.
La production débute avec la XJ6 Series I, proposée avec les six cylindres en ligne XK de 2,8 et 4,2 litres. La XJ6 4,2 litres constitue alors le sommet de la gamme six cylindres. Jaguar complète rapidement cette offre avec la XJ12, présentée en 1972 avec le V12 de 5,3 litres. Cette dernière permet à la XJ de se mesurer directement aux grandes berlines européennes à moteur douze cylindres.
La première XJ reçoit un accueil particulièrement favorable et remporte notamment le titre de Car of the Year en 1969. La production de la Series I atteint 98 527 exemplaires en incluant les différentes versions Jaguar et Daimler. Parmi les premiers exemplaires conservés aujourd’hui figure une XJ6 4,2 litres ayant appartenu à Sir William Lyons.
Des Series II et III à la nouvelle génération XJ40
La Series II apparaît en 1973. Les modifications sont en partie dictées par les normes de sécurité et les contraintes de commercialisation internationales. La carrosserie reçoit notamment des pare-chocs plus imposants et des évolutions de présentation. La gamme conserve les six cylindres et le V12, tandis que l’empattement long devient progressivement une composante importante de l’offre.
Une version coupé, appelée XJ-C, est dérivée de la Series II au milieu des années 1970. Elle reste cependant une déclinaison particulière de la famille XJ et non une génération distincte de la grande berline. La XJ12 continue pour sa part d’occuper une position de prestige dans la gamme.
La Series III, introduite en 1979, bénéficie d’une évolution stylistique importante réalisée avec la participation de Pininfarina. La partie supérieure de la carrosserie est redessinée et la présentation gagne en modernité tout en conservant la silhouette caractéristique de la XJ. Cette génération prolonge la carrière de l’architecture originale jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle génération en 1986.
En 1986, la Jaguar XJ40 marque une rupture technique et stylistique. La nouvelle berline adopte une carrosserie entièrement revue, un habitacle modernisé et une électronique plus développée. Jaguar conserve toutefois le principe d’une grande berline à moteur longitudinal et propulsion arrière. Certaines versions abandonnent les quatre projecteurs ronds traditionnels au profit de projecteurs rectangulaires, ce qui constitue l’une des différences visuelles les plus évidentes avec les anciennes XJ.
Les X300 et X308, entre tradition et modernisation
La Jaguar XJ X300 apparaît en 1994. Elle repose sur une évolution de la XJ40, mais son style revient volontairement à des formes plus proches des XJ historiques. Les quatre projecteurs ronds, la calandre verticale et les volumes plus arrondis réinstallent les principaux codes visuels de Jaguar.
La X300 conserve les six cylindres en ligne et introduit notamment une version XJR à compresseur, qui transforme la grande berline en véritable modèle sportif. Le six cylindres AJ16 et le V12 restent disponibles selon les marchés et les versions. La X300 est ainsi une génération de transition, combinant une base technique moderne avec une identité stylistique fortement inspirée des premières XJ.
En 1997, la Jaguar XJ X308 fait évoluer cette formule. Le changement mécanique majeur est l’adoption des moteurs V8 de la famille AJ-V8. Les appellations XJ8 et XJR deviennent alors centrales dans la gamme. Le V8 atmosphérique équipe les versions XJ8 tandis que la XJR reçoit une version suralimentée.
La Jaguar XJ8 correspond ainsi à une étape importante de l’histoire de la XJ : elle marque l’abandon progressif des six cylindres en ligne et du V12 au profit du V8. La X308 conserve néanmoins les proportions classiques de la XJ et son architecture de propulsion.
La Jaguar XJR représente quant à elle la déclinaison sportive de la famille. Les versions XJR développées autour des générations X300 et X308 utilisent un V8 suralimenté et associent les performances d’une voiture sportive au confort et à l’espace d’une grande berline.
La révolution aluminium de la X350
Présentée en 2002 puis commercialisée à partir de 2003, la Jaguar XJ X350 constitue une évolution technique majeure. Sa structure et sa carrosserie utilisent largement l’aluminium afin de réduire la masse par rapport à une architecture traditionnelle en acier. Jaguar associe cette construction à une suspension pneumatique et à une électronique plus avancée.
Le choix de l’aluminium ne concerne pas seulement la recherche de performances. La réduction du poids améliore également le confort, l’efficacité et le comportement routier. La X350 conserve une silhouette reconnaissable comme celle d’une XJ traditionnelle, mais ses proportions sont modernisées et sa structure constitue une rupture avec les générations précédentes.
La gamme reçoit différents moteurs selon les marchés, notamment des V6, des V8 et des motorisations diesel. La XJR conserve une place particulière dans la gamme grâce à son moteur V8 suralimenté. Un restylage donne ensuite naissance à la X358, qui modernise principalement l’apparence et certains équipements sans modifier fondamentalement l’architecture de la X350.
La X351, dernière génération de Jaguar XJ
Présentée en 2009, la Jaguar XJ X351 rompt nettement avec les codes visuels des générations précédentes. Dessinée sous la direction d’Ian Callum, elle adopte une silhouette plus basse et plus dynamique, avec des flancs sculptés, une ligne de toit fluide et une partie arrière très différente de celle des anciennes XJ.
La construction conserve une forte utilisation de l’aluminium, complétée par du magnésium et des matériaux composites selon les éléments. La gamme évolue également vers des moteurs plus modernes. Elle comprend notamment des V6 diesel de 3,0 litres, des V6 essence suralimentés et des V8 essence de 5,0 litres, dont certaines versions à compresseur dépassent 500 ch.
La X351 existe en empattement standard et long. La version longue privilégie l’espace aux places arrière et vise notamment les marchés où les grandes berlines avec chauffeur occupent une place importante. Une transmission intégrale est également proposée sur certaines versions tardives, alors que la propulsion reste historiquement associée à la XJ.
Un important restylage intervient en 2015. Jaguar modernise les équipements, les motorisations et certains éléments extérieurs tout en conservant l’identité générale de la X351. En 2018, l’appellation XJ50 célèbre les cinquante ans de la lignée.
La production de la XJ s’achève le 5 juillet 2019 avec la fin de la X351. Jaguar avait envisagé une nouvelle génération à motorisation électrique, mais ce projet de remplacement est finalement abandonné. La X351 demeure donc la dernière XJ produite.
Fiche technique de la Jaguar Xj
| Caractéristique | Données principales |
|---|---|
| Type | Grande berline de luxe, principalement à 4 portes |
| Période de production | 1968 à 2019 |
| Première génération | XJ6 Series I, lancée en 1968 |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion arrière sur la grande majorité de la carrière |
| Moteurs | Six cylindres en ligne XK et AJ, V12, V8 AJ-V8, V6 essence et diesel selon les générations et les marchés |
| Cylindrées principales | De 2,8 à 6,0 litres selon génération et motorisation |
| Alimentation | Carburateurs sur certaines premières versions, puis injection ; suralimentation par compresseur sur certaines XJR et motorisations essence récentes |
| Puissance | Très variable selon génération ; jusqu’à 550 ch sur certaines X351 à V8 5,0 litres suralimenté |
| Couple | Variable selon moteur et génération |
| Boîtes de vitesses | Manuelles et automatiques à 3, 4, 5, 6 puis 8 rapports selon génération |
| Transmission | Propulsion ; transmission intégrale disponible sur certaines X351 tardives |
| Structure | Coque autoporteuse en acier sur les premières générations ; architecture largement en aluminium à partir de la X350 |
| Suspension | Indépendante aux quatre roues ; suspension pneumatique sur les générations récentes |
| Direction | Direction assistée, avec évolution du système selon les générations |
| Freins | Disques aux quatre roues ; ABS selon période et version |
| Empattement | Environ 2,76 m sur la première XJ6 ; jusqu’à environ 3,16 m sur certaines X351 à empattement long |
| Longueur | Environ 4,81 m sur la première XJ6 ; jusqu’à environ 5,13 m en X351 standard et 5,26 m en version longue |
| Largeur | Variable selon génération et carrosserie |
| Hauteur | Variable selon génération et suspension |
| Poids | Environ 1,7 tonne sur certaines premières XJ ; autour de 1,9 tonne sur certaines X351 selon moteur et équipement |
| Vitesse maximale | Variable selon version ; environ 200 km/h pour une XJ6 4,2 Series I et jusqu’à 280 km/h limitée électroniquement sur certaines X351 sportives |
| Consommation | Très variable selon moteur et époque ; par exemple environ 7,2 l/100 km pour une X351 3.0D 300 ch selon une fiche française |
| Production Series I | 98 527 exemplaires, toutes versions Jaguar et Daimler confondues |
Une identité de grande berline évoluée sur cinq décennies
Malgré les changements importants intervenus au cours de sa carrière, la XJ conserve plusieurs constantes. Sa conception privilégie une mécanique longitudinale, la propulsion, une suspension indépendante et un niveau élevé de confort. La recherche de légèreté devient cependant de plus en plus importante, jusqu’à l’utilisation massive de l’aluminium à partir de la X350.
Le style constitue une autre constante, même si son interprétation varie fortement. Les premières générations sont reconnaissables à leur silhouette très classique et à leurs quatre projecteurs ronds. La XJ40 tente une modernisation plus radicale, avant que la X300 et la X308 ne reviennent à des formes plus traditionnelles. La X350 conserve cette inspiration tout en adoptant une construction plus légère, tandis que la X351 assume une rupture esthétique complète.
Il faut également distinguer la XJ de plusieurs Jaguar dont le nom peut prêter à confusion. La XJ13 est un prototype de compétition des années 1960 et n’est pas une génération de XJ de série. La XJ220 est une supercar développée indépendamment de la grande berline. De même, les prototypes de compétition XJR ne constituent pas les versions routières XJR de la XJ. La XJ désigne bien ici la grande berline de Jaguar lancée en 1968 et développée jusqu’à sa dernière génération en 2019.




