Jaguar 340

Jaguar 340

Lancée en 1967, la Jaguar 340 représente l’une des dernières évolutions de la célèbre berline compacte de Coventry. Elle reprend presque intégralement la base de la Jaguar Mark 2 3.4, mais adopte une nouvelle appellation et une présentation simplifiée. Sa carrière particulièrement courte, achevée dès 1968, en fait aujourd’hui une variante moins courante que la Mark 2 dont elle descend directement.

Le changement de nom ne correspond donc pas à une nouvelle génération. La 340 appartient à la phase finale d’une famille apparue à la fin des années 1950 et conserve son architecture classique: moteur six cylindres en ligne à l’avant, propulsion, carrosserie quatre portes et quatre freins à disque. Son intérêt historique réside précisément dans cette position intermédiaire entre les Jaguar traditionnelles des années 1960 et la nouvelle génération de berlines qui allait bientôt bouleverser la gamme.

De la Jaguar Mark 2 à la 340

Lorsque Jaguar dévoile les 240 et 340 en septembre 1967, la Mark 2 approche de la fin de sa carrière. La marque choisit de conserver les versions 2,4 et 3,4 litres tout en abandonnant la désignation Mark 2. La première devient la Jaguar 240, tandis que la seconde prend le nom de 340. La Mark 2 3.8 disparaît parallèlement de cette nouvelle gamme.

Cette opération permet surtout à Jaguar de prolonger commercialement un modèle éprouvé à moindre coût. La structure, les proportions et l’essentiel de la mécanique demeurent familiers, mais la finition est rationalisée. Les imposants pare-chocs de la Mark 2 laissent notamment place à des éléments beaucoup plus fins. Dans l’habitacle, l’Ambla remplace le cuir comme revêtement standard, tandis que certains équipements autrefois caractéristiques de la berline deviennent optionnels ou disparaissent.

La stratégie s’explique aussi par une gamme devenue particulièrement dense. À la fin des années 1960, Jaguar commercialise simultanément plusieurs berlines proches par leur positionnement et leur mécanique, dont la Jaguar 420. La 340 reste la proposition compacte à six cylindres de forte cylindrée, mais son rôle est désormais celui d’un modèle de transition.

Cette transition sera très courte. La production de la 340 cesse en 1968, alors que la 240 poursuit sa carrière quelques mois supplémentaires. L’arrivée de la Jaguar XJ renouvelle profondément l’offre de Coventry et rend rapidement obsolète la coexistence des nombreuses berlines dérivées des générations précédentes.

Un six cylindres XK de 3,4 litres

La principale différence entre les 240 et 340 se trouve sous le capot. La 340 reçoit le célèbre six cylindres en ligne XK de 3 442 cm3, à double arbre à cames en tête. Alimenté par deux carburateurs SU, il développe une puissance annoncée à l’époque de 210 bhp à 5 500 tr/min. Cette valeur répond à une norme de puissance brute et ne doit pas être assimilée directement à une puissance DIN moderne.

Le moteur est installé longitudinalement et entraîne les roues arrière. La transmission manuelle comporte quatre rapports, avec possibilité d’ajouter un overdrive. Celui-ci ne transforme pas la transmission en véritable boîte mécanique à cinq rapports, même si certaines fiches techniques contemporaines la décrivent ainsi. Une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports figurait également au catalogue.

Avec ce moteur, la 340 conserve le caractère de berline rapide qui avait largement contribué à la réputation de la Mark 2. Les données historiques placent sa vitesse maximale aux environs de 193 à 200 km/h suivant la transmission, les conditions de mesure et les références retenues. Une valeur de 8,8 secondes pour le 0 à 60 mph, soit 96 km/h, est également documentée.

Le châssis ne connaît pas de révolution. À l’avant, les roues indépendantes utilisent des ressorts hélicoïdaux et une barre antiroulis. L’arrière reste fidèle à un pont rigide guidé notamment par une barre Panhard et associé à des ressorts à lames. Les quatre roues disposent de freins à disque assistés, une caractéristique importante pour une berline conçue à l’origine à la fin des années 1950.

Fiche technique de la Jaguar 340

CaractéristiqueJaguar 340
Année de lancement1967
Période de production1967 à 1968
CarrosserieBerline 4 portes
StructureMonocoque en acier
MoteurJaguar XK, 6 cylindres en ligne
DistributionDouble arbre à cames en tête
Cylindrée3 442 cm3
Alésage x course83 x 106 mm
Alimentation2 carburateurs SU
Puissance annoncée210 bhp à 5 500 tr/min, mesure brute d’époque
CoupleEnviron 293 Nm à 3 000 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte manuelle4 rapports, overdrive disponible
Boîte automatiqueBorg-Warner 3 rapports disponible
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
Suspension arrièrePont rigide, ressorts à lames, barre Panhard
FreinsDisques assistés aux quatre roues
Roues15 pouces, roues à rayons disponibles
LongueurEnviron 4 591 mm
LargeurEnviron 1 695 mm
HauteurEnviron 1 467 mm
EmpattementEnviron 2 727 mm
Voie avantEnviron 1 397 mm
Voie arrièreEnviron 1 356 mm
PoidsEnviron 1 480 à 1 524 kg selon définition et équipement
Vitesse maximaleEnviron 193 à 200 km/h selon source et configuration
0 à 60 mphEnviron 8,8 s
Consommation documentée17 à 22 mpg impériaux, soit environ 12,8 à 16,6 l/100 km

Comment reconnaître une Jaguar 340

La silhouette générale peut facilement provoquer une confusion avec une Mark 2. On retrouve le pavillon arrondi, la calandre verticale, les doubles projecteurs, les ailes galbées et les proportions compactes qui caractérisent cette famille. La différence extérieure la plus visible réside dans les pare-chocs beaucoup plus fins de la 340. Ils donnent à la voiture une apparence légèrement plus dépouillée que celle des Mark 2 antérieures.

Les roues à rayons, aujourd’hui fréquemment associées à l’image des Jaguar classiques, n’étaient pas obligatoires: la 340 pouvait recevoir des roues en acier de 15 pouces, les roues à rayons étant disponibles en option. De même, les antibrouillards n’équipaient pas nécessairement toutes les voitures. Des grilles circulaires pouvaient occuper leur emplacement lorsqu’ils n’étaient pas commandés.

Les différences apparaissent aussi dans l’habitacle. Jaguar cherche alors à réduire le prix de revient de son ancienne berline et emploie une finition plus simple. L’Ambla est monté en série à la place du cuir, qui demeure disponible en supplément, tandis que les tablettes fixées au dos des sièges avant ne font plus partie de la présentation habituelle. Le décor conserve néanmoins l’atmosphère typique des Jaguar de cette période, notamment avec son instrumentation abondante et ses boiseries.

La proximité avec d’autres modèles ne se limite pas à la Mark 2. La Jaguar Daimler V8 repose elle aussi sur cette famille de carrosseries, mais reçoit le V8 Daimler et possède ses propres éléments de présentation. Identifier une 340 demande donc de considérer simultanément les badges, la mécanique, la finition et le numéro de châssis plutôt que de se fier uniquement à sa silhouette.

Une production limitée à environ 2 800 exemplaires

La brièveté de la carrière explique la relative rareté de la 340. Les données du Jaguar Enthusiasts’ Club recensent 2 265 voitures à conduite à droite et 535 à conduite à gauche, soit 2 800 exemplaires. D’autres publications avancent des totaux légèrement différents, généralement compris entre 2 788 et 2 804 unités. Le chiffre de 2 800 constitue donc une référence cohérente, tout en gardant à l’esprit ces faibles divergences entre archives et décomptes.

Les séries de châssis constituent un élément intéressant pour l’identification. Les voitures à conduite à droite sont répertoriées à partir de la série 1J50001 et celles à conduite à gauche à partir de 1J80001. Cette information prend une importance particulière sur le marché de la collection, où la très forte ressemblance avec une Mark 2 tardive rend possible une confusion entre modèles ou une identification fondée uniquement sur des éléments de carrosserie facilement remplaçables.

La 340 ne doit pas non plus récupérer artificiellement le prestigieux palmarès sportif de la Mark 2. Les berlines Jaguar avaient déjà remporté de nombreux succès en compétition avant son lancement, notamment avec les versions 3.4 et 3.8, mais la 340 apparaît après cette période majeure. Aucun programme sportif d’usine comparable n’est spécifiquement associé à cette appellation.

Une Jaguar de transition plutôt qu’une nouvelle génération

La 340 est parfois présentée comme un modèle distinct simplement parce que Jaguar lui attribua un nouveau nom. Techniquement, la continuité avec la Mark 2 3.4 reste pourtant considérable. Sa structure, son moteur XK, sa transmission aux roues arrière et son architecture de suspension appartiennent directement à la génération précédente. Les modifications concernent surtout la présentation, l’équipement et le positionnement commercial.

Un point technique mérite néanmoins d’être distingué des certitudes habituelles concernant le modèle. La nature exacte de la culasse montée sur la 340 fait l’objet d’informations contradictoires dans la documentation spécialisée: certaines références lui attribuent une culasse de type straight-port, tandis que d’autres maintiennent que la 340 conserve la configuration de la Mark 2 3.4 et réservent cette évolution notable à la 240. En l’absence d’une documentation d’usine suffisamment univoque pour toutes les voitures, il est préférable de ne pas utiliser ce détail comme critère absolu d’identification.

Cette courte carrière donne finalement à la 340 une identité particulière. Elle associe la carrosserie emblématique de la Mark 2 et le six cylindres XK de 3,4 litres à une présentation rationalisée caractéristique des derniers mois de cette génération. Produite essentiellement entre l’automne 1967 et 1968, elle constitue l’une des ultimes expressions de la petite berline Jaguar à moteur XK avant la profonde réorganisation de la gamme provoquée par l’arrivée de la XJ.