Lancia Aprilia

Lancia Aprilia

La Lancia Aprilia est une berline italienne produite de 1937 à 1949, célèbre pour ses innovations techniques et son aérodynamique particulièrement soignée. Dernière automobile développée sous la supervision de Vincenzo Lancia, elle associe une carrosserie autoporteuse, un moteur V4 à angle étroit et quatre roues indépendantes. Cette combinaison, rare dans les années 1930, lui permet d’offrir un comportement routier remarquable pour son époque, tout en conservant des dimensions compactes et une consommation relativement contenue.

Présentée au Salon de Paris en octobre 1936, puis commercialisée en 1937, l’Aprilia occupe une place particulière dans l’histoire du constructeur turinois. Fabriquée en deux séries successives, elle reçoit d’abord un moteur de 1 352 cm³, puis une mécanique portée à 1 486 cm³ en 1939. Sa carrière traverse la Seconde Guerre mondiale et s’achève avant l’arrivée de la Lancia Aurelia en 1950.

Histoire de la Lancia Aprilia : la dernière création de Vincenzo Lancia

Au milieu des années 1930, Lancia cherche à renouveler son offre avec une automobile capable de conjuguer confort, performances et efficacité mécanique. Le constructeur possède déjà une solide réputation d’innovation, notamment grâce à la Lancia Lambda de 1922, pionnière de la carrosserie autoporteuse dans la production automobile. L’Aprilia poursuit cette démarche en associant une structure légère à des suspensions perfectionnées et à une carrosserie étudiée pour mieux pénétrer dans l’air.

Le projet est supervisé par Vincenzo Lancia, fondateur de la marque, avec la participation de ses équipes techniques et de l’ingénieur Battista Falchetto. Ce dernier, déjà associé à plusieurs réalisations importantes du constructeur, contribue au développement de la carrosserie. L’objectif n’est pas simplement de produire une nouvelle berline, mais de concevoir une automobile homogène dont chaque élément participe à l’efficacité générale.

Les prototypes sont développés au cours des années précédant la présentation officielle. Une attention particulière est accordée à la répartition des masses, à la stabilité et à la résistance aérodynamique. L’Aprilia adopte ainsi une silhouette plus fluide que celle de nombreuses concurrentes, avec un capot plongeant, un pavillon arrondi et une partie arrière resserrée.

La voiture est dévoilée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1936. Sa fabrication en série débute en février 1937, quelques jours après le décès de Vincenzo Lancia, survenu le 15 février. Le fondateur ne peut donc pas assister à la commercialisation de l’un de ses projets les plus ambitieux.

Cette disparition donne à l’Aprilia une dimension historique particulière. Elle représente l’aboutissement de plusieurs décennies de recherches sur les moteurs compacts, les structures porteuses et les suspensions indépendantes. Contrairement à une automobile conçue autour d’une seule innovation spectaculaire, elle cherche à améliorer simultanément la sécurité, le confort, les performances et l’agrément de conduite.

Un design aérodynamique et une carrosserie innovante

La silhouette de la Lancia Aprilia tranche avec les formes encore très verticales de nombreuses automobiles des années 1930. Sa calandre relativement étroite, son pare-brise incliné et son arrière arrondi témoignent d’une véritable recherche aérodynamique. Lancia communique un coefficient de traînée Cx de 0,47, une valeur intéressante pour une berline de cette période.

Cette recherche ne concerne pas uniquement l’apparence. En limitant la résistance à l’air, les ingénieurs cherchent à obtenir une vitesse élevée sans augmenter excessivement la puissance du moteur. La carrosserie relativement basse et les surfaces courbes participent à cet objectif, tandis que la largeur contenue facilite la circulation sur les routes européennes de l’époque.

L’un des éléments les plus caractéristiques de l’Aprilia est l’absence de montant central fixe entre les portes. Les portes avant s’ouvrent dans le sens habituel, tandis que les portes arrière sont articulées à l’arrière. Cette disposition antagoniste facilite l’accès aux places arrière et donne à l’habitacle une ouverture particulièrement dégagée.

La suppression du montant central impose toutefois une conception rigoureuse de la structure. La coque autoporteuse doit assurer une rigidité suffisante malgré cette grande ouverture latérale. Lancia exploite ici son expérience des carrosseries porteuses, en intégrant la résistance mécanique dès la conception de l’ensemble.

Visuellement, la berline se reconnaît également à ses phares ronds indépendants, installés sur les ailes avant, à son long capot et à ses ailes généreusement galbées. Le pavillon descend progressivement vers une poupe bombée, donnant à la voiture un profil caractéristique. Les roues relativement étroites et les pneumatiques à flancs hauts correspondent aux standards de son époque.

L’habitacle privilégie une présentation fonctionnelle et soignée. La planche de bord regroupe les instruments essentiels devant le conducteur, tandis que les sièges offrent un espace appréciable compte tenu des dimensions extérieures. Comme sur de nombreuses Lancia historiques, la conduite à droite demeure courante sur les exemplaires italiens, même si des configurations à gauche existent selon les marchés.

Moteur V4, suspensions indépendantes et comportement routier

Sous son capot, la Lancia Aprilia utilise un moteur quatre cylindres en V à angle très étroit, une architecture emblématique de la marque. Cette disposition permet de réduire l’encombrement du groupe mécanique par rapport à un quatre cylindres en ligne traditionnel. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports.

La première série reçoit un moteur de 1 352 cm³ développant environ 48 ch. Malgré cette puissance modeste selon les critères actuels, l’Aprilia atteint approximativement 125 km/h. Cette performance s’explique par la combinaison d’une masse contenue, d’une mécanique efficace et d’une carrosserie aérodynamique.

Le moteur possède une distribution par arbre à cames en tête et une conception sophistiquée pour sa catégorie. L’utilisation d’alliages légers contribue à limiter la masse de l’ensemble. Le faible angle entre les rangées de cylindres permet également de conserver une architecture compacte, particulièrement adaptée à la philosophie technique de Lancia.

Mais l’une des principales originalités de l’Aprilia réside dans ses suspensions. À l’avant, elle conserve le principe des roues indépendantes télescopiques développé par le constructeur. À l’arrière, elle adopte également une suspension indépendante, utilisant notamment un ressort à lames transversal. Cette solution constitue une avancée importante à une époque où l’essieu arrière rigide reste largement répandu.

Les quatre roues indépendantes permettent de mieux contrôler les mouvements de caisse et de maintenir le contact des pneumatiques avec la chaussée sur les routes irrégulières. Associées à une structure rigide et à une répartition des masses étudiée, elles contribuent à la stabilité et au confort de la berline.

Le freinage repose sur quatre tambours à commande hydraulique. La direction mécanique ne bénéficie naturellement d’aucune assistance, mais les dimensions raisonnables et le poids limité de la voiture favorisent sa maniabilité. Certaines variantes de châssis destinées aux carrossiers utilisent des solutions de suspension différentes, notamment un essieu arrière rigide. Ces configurations ne doivent pas être confondues avec celle de la berline standard.

Fiche technique de la Lancia Aprilia

CaractéristiquePremière série (1937-1939)Deuxième série (1939-1949)
ConstructeurLanciaLancia
OrigineItalieItalie
TypeBerline quatre portesBerline quatre portes
Code de la berlineTipo 238Tipo 438
MoteurV4 essence à angle étroitV4 essence à angle étroit
Type moteurTipo 97Tipo 99
Cylindrée1 352 cm³1 486 cm³
DistributionArbre à cames en têteArbre à cames en tête
AlimentationCarburateurCarburateur
PuissanceEnviron 48 chEnviron 48 à 49 ch
Régime de puissance4 300 tr/minEnviron 4 300 tr/min
ImplantationAvant longitudinaleAvant longitudinale
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapportsManuelle à 4 rapports
StructureCoque autoporteuse en acierCoque autoporteuse en acier
Suspension avantRoues indépendantes télescopiquesRoues indépendantes télescopiques
Suspension arrièreRoues indépendantes, ressort transversalRoues indépendantes, ressort transversal
DirectionMécanique, sans assistanceMécanique, sans assistance
FreinsQuatre tambours hydrauliquesQuatre tambours hydrauliques, système amélioré
LongueurEnviron 3 955 mmEnviron 3 955 à 3 960 mm
LargeurEnviron 1 470 mmEnviron 1 470 mm
HauteurEnviron 1 475 mmEnviron 1 475 mm
Empattement2 750 mm2 750 mm
Masse à sec annoncéeEnviron 850 kgEnviron 950 kg
Vitesse maximaleEnviron 125 km/hEnviron 126 à 130 km/h
Coefficient aérodynamiqueCx de 0,47 annoncéValeur propre à la série non établie

Les deux séries et les différentes carrosseries

La carrière de la Lancia Aprilia se divise en deux grandes périodes. La première série, commercialisée à partir de 1937, correspond à la définition initiale du modèle. Elle se caractérise par son moteur de 1 352 cm³, sa carrosserie légère et sa calandre relativement droite. Une finition Lusso vient enrichir la présentation, avec un équipement et des détails intérieurs plus soignés.

En 1939, Lancia introduit la deuxième série. La principale évolution concerne le moteur, dont la cylindrée passe à 1 486 cm³. Cette augmentation vise surtout à améliorer le couple et la souplesse d’utilisation. La puissance maximale évolue peu, mais la mécanique se montre mieux adaptée à une conduite quotidienne, notamment lorsque la voiture transporte plusieurs passagers.

La deuxième série reçoit également diverses améliorations mécaniques, notamment au niveau du freinage. Sa calandre légèrement incurvée constitue un indice visuel permettant de la distinguer des premiers exemplaires. La structure générale et les grandes lignes de la carrosserie restent cependant très proches de celles du modèle original.

Parallèlement aux berlines de série, Lancia commercialise des châssis mécaniques destinés aux carrossiers indépendants. Ces bases permettent la réalisation de coupés, cabriolets, spiders et carrosseries spéciales. Plusieurs ateliers prestigieux, dont Pinin Farina, Touring, Zagato et Bertone, réalisent des automobiles sur base Aprilia.

Ces versions présentent parfois des silhouettes radicalement différentes de la berline. Certains coupés privilégient l’aérodynamique et les performances, tandis que les cabriolets mettent davantage l’accent sur l’élégance et la finition. Leur construction artisanale explique les variations importantes de dimensions, de poids et d’équipements.

La famille Aprilia comprend également des châssis spéciaux, parfois allongés ou renforcés, destinés à des applications particulières. Ils ne reprennent pas systématiquement toutes les caractéristiques de la berline autoporteuse. Cette diversité contribue à la richesse historique du modèle, mais impose de distinguer les automobiles de série des réalisations de carrossiers.

En France, une version dérivée est commercialisée sous le nom de Lancia Ardennes. Assemblée à Bonneuil-sur-Marne, elle reprend les principes techniques de l’Aprilia tout en présentant certains détails spécifiques, notamment au niveau de la face avant. Sa production reste limitée et s’interrompt avant la guerre.

La gamme Lancia accueille également en 1939 la Lancia Ardea, une automobile plus petite et plus accessible. Malgré une parenté stylistique et technique évidente, l’Ardea n’est pas une déclinaison de l’Aprilia. Les deux modèles possèdent leurs propres dimensions, motorisations et positions commerciales.

Production, compétition et carrière après la guerre

La fabrication de l’Aprilia est profondément affectée par la Seconde Guerre mondiale. Après les premières années de commercialisation, les contraintes industrielles et les perturbations de l’économie italienne ralentissent l’activité. La deuxième série poursuit néanmoins sa carrière après le conflit, lorsque la production automobile civile reprend progressivement.

Les chiffres historiques généralement retenus font état de 27 637 Aprilia produites en Italie, en incluant les berlines et les châssis destinés aux carrossiers. La première série représente 10 354 berlines Tipo 238 et 4 350 châssis Tipo 239. Les chiffres détaillés de la deuxième série varient selon la manière de comptabiliser les châssis spéciaux.

À cette production italienne s’ajoutent les Lancia Ardennes françaises, dont le volume est souvent évalué à 1 620 exemplaires. L’addition de ces deux ensembles conduit au total fréquemment cité de 29 257 voitures, mais ce chiffre dépend du périmètre retenu pour les variantes et les fabrications nationales.

Malgré sa vocation de berline routière, l’Aprilia se distingue également en compétition. Son faible poids, son comportement routier et son moteur efficace favorisent son engagement dans les rallyes et les épreuves d’endurance sur route. Des exemplaires de série et des versions spécialement carrossées participent notamment aux Mille Miglia.

L’un des résultats les plus significatifs intervient en 1947, lorsqu’une Aprilia remporte sa catégorie aux Mille Miglia. Cette performance illustre les qualités d’une conception remontant à l’avant-guerre, toujours compétitive dans certaines classes après plusieurs années d’interruption des grandes épreuves automobiles.

Les versions spéciales réalisées par les carrossiers contribuent également à la réputation sportive du modèle. Certains coupés adoptent des carrosseries particulièrement profilées, conçues pour exploiter au mieux la puissance disponible. Ces réalisations témoignent de l’intérêt porté à l’Aprilia par les préparateurs et les pilotes privés.

La production prend fin en 1949, après une carrière exceptionnellement longue compte tenu des bouleversements de la période. En 1950, la Lancia Aurelia lui succède avec une architecture renouvelée, notamment un moteur V6 de série et une transmission transaxle. L’Aprilia laisse ainsi sa place à une nouvelle génération de berlines haut de gamme.

La Lancia Aprilia sur le marché des voitures de collection

Aujourd’hui, la Lancia Aprilia intéresse les collectionneurs pour son importance technique, sa silhouette singulière et son lien direct avec Vincenzo Lancia. Elle représente une automobile d’avant-guerre relativement moderne dans sa conception, capable d’offrir des sensations de conduite différentes de celles de nombreuses berlines contemporaines à essieux rigides.

Les exemplaires les plus courants sont les berlines de série, tandis que les carrosseries spéciales peuvent être nettement plus rares. Les coupés et cabriolets signés par des ateliers réputés bénéficient d’un intérêt particulier, surtout lorsque leur configuration d’origine et leur historique sont précisément établis.

L’identification d’une Aprilia nécessite de vérifier sa série, son type de châssis et la correspondance entre sa carrosserie et ses documents historiques. Les différences de motorisation entre les deux séries sont essentielles, tout comme la distinction entre une berline de production et un châssis habillé par un carrossier indépendant.

La restauration demande une connaissance approfondie de la construction Lancia. La coque autoporteuse, les portes sans montant central et les suspensions indépendantes nécessitent des interventions précises. Une corrosion structurelle importante peut être particulièrement complexe à réparer, car elle touche directement à la rigidité de l’ensemble.

La mécanique V4 réclame également des compétences spécifiques. Son architecture à angle étroit, sa distribution et ses composants particuliers imposent de respecter les méthodes de réparation adaptées. La disponibilité des pièces dépend de leur nature, les éléments de carrosserie propres aux versions spéciales étant généralement plus difficiles à retrouver que les composants mécaniques communs.

L’intérêt historique de l’Aprilia se prolonge dans plusieurs modèles ultérieurs. La Lancia Appia, apparue en 1953, conserve notamment le principe du moteur V4 compact et des portes antagonistes sans montant central. Plus haut dans la gamme, la Lancia Flaminia de 1957 poursuit la tradition des grandes automobiles Lancia techniquement sophistiquées, sans constituer pour autant une remplaçante directe de l’Aprilia.

Pour un collectionneur, l’authenticité d’un exemplaire repose donc autant sur son identification mécanique que sur la conformité de sa carrosserie, de ses équipements et de ses éventuelles transformations anciennes. Cette vérification prend une importance particulière pour les Aprilia carrossées, dont certaines ont été réalisées à l’unité ou en très petites séries.

Marque Lancia

Année de sortie 1937

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