
Ascari Cars est une petite marque britannique de voitures de sport née dans les années 1990 autour de deux figures centrales : l’ingénieur et concepteur Lee Noble, à l’origine du prototype qui donnera naissance aux premières Ascari, et l’entrepreneur néerlandais Klaas Zwart, qui donnera au projet les moyens de devenir un véritable constructeur. En une quinzaine d’années, Ascari passe d’une sportive artisanale issue de la compétition à des supercars à châssis carbone, tout en engageant ses propres prototypes en endurance et en créant un circuit privé en Espagne. Son histoire reste courte, mais elle est marquée par plusieurs automobiles très rares, notamment l’Ecosse et la KZ1, avant l’arrêt progressif de la production à la fin des années 2000.
1992 : Lee Noble conçoit le prototype qui donnera naissance à Ascari
L’histoire d’Ascari commence avant la création officielle de la société. En 1992, le Britannique Lee Noble développe au sein de Noble Motorsport une voiture de sport baptisée FGT. Ce prototype, immatriculé l’année suivante, constitue la véritable origine technique de la future marque. Il ne s’agit donc pas encore d’une Ascari au sens juridique, mais d’un projet indépendant qui va servir de point de départ à toute son évolution.
Lee Noble est déjà spécialisé dans les voitures sportives légères produites en petite série. Son travail sur la FGT repose sur une approche qui restera visible chez Ascari : châssis léger, moteur central et conception tournée vers les performances plutôt que vers une production industrielle de grande échelle. Noble poursuivra plus tard son propre parcours avec la marque Noble, mais son rôle dans les origines d’Ascari est déterminant.
1994 : Ascari Cars devient officiellement une société automobile
Ascari Cars Limited est constituée le 2 décembre 1994. Les documents officiels britanniques montrent que Klaas Zwart en est directeur dès cette date. Lee Noble rejoint officiellement la direction en février 1995. Cette chronologie est importante, car certaines histoires de la marque présentent de manière simplifiée Ascari comme une entreprise fondée ou rachetée seulement en 1995.
Zwart, entrepreneur néerlandais passionné de compétition automobile, apporte au projet une ambition et des moyens bien supérieurs à ceux d’un simple atelier artisanal. Ascari reprend alors les droits liés au projet FGT et commence à transformer cette sportive initiale en programme automobile à part entière. Le nom choisi fait clairement référence à Alberto Ascari, double champion du monde de Formule 1 en 1952 et 1953. Des sources contemporaines ont également présenté Ascari comme l’acronyme d’« Anglo-Scottish Car Industries », un jeu de mots cohérent avec l’identité britannique de la société.
Les premières activités sont étroitement liées à la compétition. La FGT est développée pour courir en championnat GT britannique, ce qui permet à la jeune structure d’acquérir de l’expérience avant de commercialiser sa propre voiture de route.
1997 : l’Ascari Ecosse transforme le projet en véritable constructeur
À partir de la seconde moitié des années 1990, le travail effectué sur la FGT aboutit à l’Ascari Ecosse. Cette voiture est essentielle dans l’histoire de la marque puisqu’elle constitue sa première véritable sportive routière produite sous le nom Ascari. Sa conception reste directement issue du prototype de Lee Noble, mais elle reçoit un développement plus abouti et des moteurs V8 provenant de BMW, préparés notamment par Hartge.
L’Ecosse reste une automobile extrêmement confidentielle. Les sources divergent sur le nombre exact d’exemplaires construits, certaines en recensant 17 et d’autres 19. La formulation la plus prudente consiste donc à retenir une production de moins d’une vingtaine de voitures. Cette rareté montre déjà les limites du modèle industriel d’Ascari : l’entreprise est capable de développer une sportive très performante, mais elle évolue encore dans une logique de fabrication presque artisanale.
La production de l’Ecosse s’achève autour de 2000. Ascari dispose alors d’une première expérience de constructeur, mais Klaas Zwart cherche désormais à donner à l’entreprise une dimension technique et sportive beaucoup plus ambitieuse. Une implantation à Banbury, dans l’Oxfordshire, devient le centre de développement des projets suivants.
2001 : Ascari s’engage au plus haut niveau de l’endurance
Ascari ne se contente pas de faire courir une version adaptée de ses voitures de route. Au début des années 2000, la marque développe de véritables prototypes d’endurance. L’A410 apparaît ainsi en compétition en 2001 et obtient notamment une deuxième place lors des 1 000 kilomètres de Monza. Deux exemplaires sont également engagés aux 24 Heures du Mans cette année-là, même si aucun ne rejoint l’arrivée.
Le programme évolue ensuite avec le KZR-1. En 2002, celui-ci termine sixième des 12 Heures de Sebring et participe à son tour aux 24 Heures du Mans. Ces engagements ne construisent pas un palmarès comparable à celui des grands constructeurs établis, mais ils ont une fonction beaucoup plus importante pour une entreprise de la taille d’Ascari : développer son savoir-faire, renforcer sa crédibilité et transférer l’expérience acquise en course vers ses futures voitures de route.
Ascari elle-même présente alors la compétition comme un laboratoire technique. Cette stratégie explique pourquoi l’entreprise accepte d’investir dans des prototypes d’endurance alors que sa production routière reste minuscule.
2002 : Klaas Zwart recentre Ascari sur une nouvelle supercar
En juin 2002, la stratégie change clairement. Klaas Zwart annonce qu’Ascari va consacrer l’essentiel de ses ressources au développement d’une nouvelle voiture de route, la KZ1. L’objectif n’est plus seulement de prolonger l’Ecosse, mais de produire une supercar conçue autour d’une structure beaucoup plus sophistiquée.
La KZ1 adopte notamment un châssis monocoque en fibre de carbone et reste fidèle à un V8 d’origine BMW. Le projet bénéficie directement des compétences développées en compétition. Ascari envisage initialement une mise en production dès 2003, mais le développement se révèle plus long que prévu.
Ce changement de priorité marque un moment essentiel : la course cesse d’être le principal objectif visible de l’entreprise et devient un moyen au service de la voiture de route. Ascari tente désormais de s’installer sur le marché très restreint des supercars artisanales, face à des constructeurs disposant souvent de ressources industrielles et commerciales beaucoup plus importantes.
2003 : le Race Resort Ascari étend le projet au-delà de la construction automobile
Parallèlement au développement de la KZ1, Klaas Zwart lance en Espagne un projet particulièrement ambitieux : le Race Resort Ascari, installé près de Ronda, en Andalousie. Le circuit, long d’environ 5,4 kilomètres, est conçu comme le centre d’un complexe privé destiné aux passionnés de voitures de sport et de compétition.
Cette initiative montre que Zwart envisage Ascari comme un univers dépassant la simple fabrication de voitures. Le constructeur, l’activité sportive et le circuit doivent former un ensemble cohérent consacré à la conduite à haute performance. Le site espagnol servira ensuite à des essais, à des événements privés et à des activités organisées pour des constructeurs automobiles.
Il est néanmoins important de distinguer cette infrastructure d’Ascari Cars elle-même. Le circuit constitue une activité liée historiquement à Klaas Zwart et au nom Ascari, mais son existence ne signifie pas que la production automobile se poursuivra durablement.
2005 : la KZ1 concrétise l’ambition de produire une supercar en carbone
Après plusieurs années de développement, la version définitive de la KZ1 est présentée au début de 2005. C’est le modèle qui représente le mieux l’aboutissement industriel d’Ascari. Construite autour d’une monocoque en carbone et équipée d’un V8 BMW, elle est assemblée en très petite série à Banbury. Son prix annoncé de 235 000 livres la place clairement parmi les automobiles les plus exclusives de son époque.
Ascari annonce alors une production limitée à 50 exemplaires. Ce chiffre doit toutefois être interprété comme un objectif ou une limite de production, et non comme la preuve que 50 voitures ont effectivement été construites et livrées. Les volumes réels sont restés particulièrement faibles.
La KZ1 représente néanmoins une rupture importante par rapport à l’Ecosse. Ascari ne se contente plus de faire évoluer une architecture issue du prototype des débuts : la marque possède désormais une supercar moderne développée autour de matériaux composites, dont la conception traduit directement l’expérience accumulée pendant les programmes de compétition. Une version destinée à la course, la KZ1-R, prolongera cette relation entre voitures routières et sport automobile.
2007 : l’A10 pousse la formule Ascari à son maximum avant l’arrêt de la production
Ascari développe ensuite l’A10, une voiture encore plus radicale pensée comme une évolution extrême de son savoir-faire. Plus légère et plus orientée vers les performances sur circuit, elle attire une forte attention médiatique lorsqu’elle réalise en 2007 un tour en 1 min 17,3 s sur la piste de l’émission britannique Top Gear, établissant alors le meilleur temps enregistré dans ce programme.
Ascari envisage une production d’environ 50 exemplaires, mais le projet ne débouche pas sur la série annoncée. Les informations disponibles aujourd’hui suggèrent qu’un nombre extrêmement réduit d’A10 a été achevé, au point qu’un seul exemplaire est généralement identifié avec certitude.
L’A10 devient ainsi moins le point de départ d’une nouvelle phase que le dernier grand projet automobile d’Ascari. À la fin des années 2000, l’activité de construction s’éteint progressivement et aucun nouveau modèle ne vient succéder durablement à la KZ1. On trouve parfois l’affirmation selon laquelle Ascari aurait « fait faillite en 2010 », mais cette formulation est trop catégorique. L’arrêt de la production automobile est bien réel, tandis que la société Ascari Cars Limited, elle, n’a pas été juridiquement dissoute à cette date.
2026 : Ascari Cars existe toujours juridiquement sans produire de nouvelles voitures
La situation actuelle d’Ascari est inhabituelle. Ascari Cars Limited figure toujours comme société active au registre britannique en 2026, et Klaas Zwart reste associé à son contrôle. Cette existence administrative ne correspond cependant pas à une reprise de l’activité de constructeur : aucune nouvelle gamme ni relance documentée de la production en série n’a succédé aux projets de la fin des années 2000.
Le nom Ascari reste également visible grâce au circuit de Ronda, aujourd’hui exploité comme club automobile privé. Celui-ci a toutefois changé de propriétaire en 2022 et doit être considéré séparément de la société qui fabriquait les Ecosse et KZ1. L’histoire automobile d’Ascari s’est donc essentiellement concentrée entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000, période durant laquelle une petite structure britannique a tenté de combiner construction artisanale, technologies issues de la compétition et ambitions de supercar sans jamais atteindre une production suffisamment importante pour prolonger durablement cette aventure industrielle.
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