Histoire de la marque Automobiles Manic

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Automobiles Manic est un constructeur automobile québécois né à la fin des années 1960 autour de Jacques About, un Français installé au Canada et passé par les relations publiques de Renault Canada. En quelques années seulement, l’entreprise passe de la compétition à la conception d’un coupé sportif produit au Québec, la Manic GT, avant de tenter une industrialisation beaucoup plus ambitieuse. Son histoire, brève mais singulière, est marquée par la dépendance envers les composants Renault, par une expansion rapide et par une fermeture dès 1971.

1968 : Jacques About lance l’Écurie Manic au Québec

L’origine de Manic remonte à 1968, dans la région de Montréal. Jacques About travaille alors autour des activités de Renault au Canada et s’intéresse notamment à la possibilité de commercialiser au pays l’Alpine A110. Ce projet d’importation n’aboutit pas, mais il contribue à faire naître une idée plus ambitieuse : créer au Québec une voiture sportive légère en s’appuyant sur des éléments mécaniques déjà disponibles.

La première expression de cette ambition passe par la compétition. L’Écurie Manic engage une monoplace dérivée d’une GRAC française en Formule C. La Manic-GRAC apparaît notamment à Saint-Jovite en juillet 1968 avec Jacques Duval au volant. Cette activité sportive sert moins à bâtir un palmarès qu’à donner une visibilité immédiate au jeune projet et à installer le nom Manic dans le milieu automobile québécois.

1969 : la Manic GT transforme le projet sportif en marque automobile

Le véritable changement d’échelle intervient en avril 1969 avec la présentation de la Manic GT au Salon de l’Auto sport de Montréal. L’accueil réservé au coupé convainc Jacques About qu’une petite production commerciale est envisageable. L’entreprise évolue alors vers l’activité de constructeur sous le nom Les Automobiles Manic.

La GT reprend une partie de la plateforme et de la mécanique de la Renault 8, mais reçoit une carrosserie spécifique en fibre de verre. Cette formule permet de limiter les coûts de développement tout en donnant au modèle une identité propre. La Manic GT devient ainsi le modèle central de toute l’histoire de la marque : c’est elle qui fait passer Manic d’une structure tournée vers la course à un constructeur proposant sa propre automobile de route.

1969 : la production débute à Terrebonne

La fabrication de la Manic GT commence à Terrebonne à la fin de 1969. Manic reste alors une entreprise de petite taille, avec une production largement artisanale, mais les ambitions commerciales dépassent rapidement ce cadre. L’utilisation d’organes Renault constitue un avantage décisif pour lancer le modèle sans développer une mécanique complète en interne, tout en créant une dépendance envers l’approvisionnement du constructeur français.

Cette première phase permet à Manic de démontrer qu’une voiture sportive conçue et assemblée au Québec peut effectivement être commercialisée. Mais elle révèle aussi la difficulté de passer d’un prototype bien accueilli à une production régulière, avec des volumes, des fournisseurs et des besoins financiers beaucoup plus importants.

1970 : Manic engage une industrialisation rapide à Granby

En 1970, l’entreprise cherche à dépasser le stade de la petite série. Elle obtient l’appui d’investisseurs privés et publics, parmi lesquels figurent notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec, Bombardier ainsi que des organismes gouvernementaux. Ces soutiens doivent permettre d’augmenter fortement les capacités de production et de donner à Manic une véritable dimension industrielle.

La société prépare alors son transfert vers une usine d’environ 60 000 pieds carrés à Granby, beaucoup plus vaste que ses installations précédentes. Parallèlement, elle poursuit ses activités sportives avec la Manic PA-II, un prototype de Groupe 6, et étudie une remplaçante plus évoluée de la GT dotée d’une architecture à moteur central. Ces projets montrent que Manic ne voulait pas se limiter à un seul coupé, mais construire une gamme et développer ses propres solutions techniques.

1971 : les difficultés d’approvisionnement fragilisent l’expansion

Le passage à une structure industrielle se heurte rapidement à un problème majeur : l’arrivée irrégulière des composants Renault nécessaires à l’assemblage des GT. Des voitures restent immobilisées dans l’usine en attendant certaines pièces, alors même que les investissements réalisés à Granby ont considérablement augmenté les charges de l’entreprise. Cette combinaison entre production incomplète et besoins de trésorerie place Manic dans une situation financière de plus en plus difficile.

Au même moment, Jacques About cherche pourtant à élargir le marché. La Manic GT est présentée au Salon de New York au printemps 1971 et l’entreprise espère accéder aux États-Unis. Les démarches d’homologation avancent, mais l’autorisation permettant la commercialisation américaine arrive trop tard pour redresser la situation. L’expansion internationale, qui aurait pu offrir de nouveaux débouchés, ne peut donc pas compenser les problèmes industriels déjà installés.

1971 : l’usine ferme et met fin à l’aventure Automobiles Manic

La dernière Manic GT officiellement livrée quitte l’entreprise le 11 mai 1971, puis l’usine de Granby ferme le 17 mai. Le nombre total produit reste légèrement incertain selon que l’on inclut ou non les voitures de présérie, mais il est généralement estimé à environ 160 exemplaires. La nature exacte de la fin de l’entreprise doit également être formulée avec prudence : certaines sources ont parlé de faillite, tandis que des proches de Jacques About ont plutôt décrit une fermeture suivie du règlement des dettes.

Automobiles Manic ne connaîtra ensuite ni rachat industriel majeur ni relance de sa production. La marque cesse donc son activité automobile après seulement quelques années d’existence. Les Manic GT encore conservées par des collectionneurs et des institutions témoignent aujourd’hui de cette tentative rare de créer au Québec un véritable constructeur de voitures sportives, depuis la compétition de 1968 jusqu’à l’arrêt définitif de 1971.