Histoire de la marque Renault

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Renault naît à la fin du XIXe siècle, au moment où l’automobile passe du stade de l’expérimentation à celui d’une véritable industrie. À l’origine de la marque se trouve Louis Renault, jeune mécanicien et inventeur installé à Boulogne-Billancourt, bientôt associé à ses frères Marcel et Fernand. D’abord constructeur artisanal, Renault devient rapidement un acteur industriel majeur, puis une entreprise nationale après la Seconde Guerre mondiale avant d’être privatisée dans les années 1990. Son histoire est marquée par la démocratisation de l’automobile, des modèles comme la 4CV, la Renault 4, la Renault 5 ou l’Espace, un engagement technique déterminant en Formule 1, une internationalisation accélérée avec Nissan et Dacia, puis un virage précoce vers la voiture électrique.

1898 : Louis Renault construit sa première voiturette

L’histoire de Renault commence à Boulogne-Billancourt avec Louis Renault. À la fin de 1898, il achève une petite automobile qui deviendra la Type A. Sa démonstration, notamment dans la côte de la rue Lepic à Montmartre à Noël 1898, lui permet d’obtenir ses premières commandes. Cette voiturette se distingue notamment par une transmission à prise directe, solution qui illustre dès l’origine le goût de Louis Renault pour l’innovation mécanique.

Louis s’associe ensuite à ses frères Marcel et Fernand pour créer Renault Frères au début de 1899. La distinction entre les deux dates est importante : 1898 correspond traditionnellement à la naissance de Renault autour de la première voiture, tandis que la société Renault Frères est constituée en 1899. L’entreprise s’installe rapidement dans une logique de développement industriel, aidée par la notoriété que lui procurent les premières compétitions automobiles et par l’essor rapide du marché.

Au début du XXe siècle, Renault ne se contente plus d’assembler quelques voitures. Les commandes augmentent, notamment grâce aux taxis, et l’entreprise développe la production en série. À partir de 1913, elle introduit également des méthodes inspirées du taylorisme afin d’accroître la productivité. Cette industrialisation transforme profondément l’atelier des débuts et fait de Renault l’un des grands constructeurs français avant même la Première Guerre mondiale.

1914 : la Première Guerre mondiale transforme Renault en groupe industriel

Lorsque la guerre éclate en 1914, Renault dispose déjà d’importantes capacités de production. Ses usines fabriquent des automobiles et des camions, mais elles sont aussi mobilisées pour produire des ambulances, des munitions, des moteurs et du matériel militaire. Le char léger Renault FT devient l’une des réalisations industrielles les plus marquantes de cette période. La guerre donne ainsi à l’entreprise une dimension stratégique qui dépasse largement le marché de la voiture particulière.

Après 1918, Louis Renault poursuit cette expansion et développe un ensemble industriel de grande ampleur à Boulogne-Billancourt. L’île Seguin, progressivement acquise à partir de 1919, devient le symbole de cette croissance. Une vaste usine y entre en activité à la fin des années 1920 et produit non seulement des automobiles, mais aussi différents matériels mécaniques et industriels. Renault est alors une entreprise fortement intégrée, capable de fabriquer une grande partie des composants nécessaires à ses véhicules.

Cette puissance industrielle s’accompagne de tensions sociales. Les usines Renault deviennent un lieu majeur du mouvement ouvrier, notamment lors des grèves de 1936. L’entreprise incarne ainsi à la fois l’essor de la production automobile française et les transformations du monde industriel de l’entre-deux-guerres.

1945 : Renault est nationalisé et devient une régie publique

La Seconde Guerre mondiale provoque la plus grande rupture institutionnelle de l’histoire de Renault. Pendant l’Occupation, les usines continuent de fonctionner sous contrôle allemand et Louis Renault est accusé à la Libération de collaboration économique. Il est emprisonné en 1944 et meurt en détention en octobre de la même année, avant d’avoir été jugé. Il convient donc d’éviter de le présenter comme ayant été condamné judiciairement pour collaboration.

En janvier 1945, le Gouvernement provisoire décide de nationaliser l’entreprise. La Société anonyme des usines Renault est dissoute et ses activités sont transférées à la nouvelle Régie nationale des usines Renault. Il ne s’agit ni d’une faillite ni d’un rachat classique : Renault devient une entreprise publique placée sous le contrôle de l’État.

Cette nouvelle période est rapidement associée à la reconstruction et à la motorisation de masse. La 4CV, commercialisée à partir de 1947, joue un rôle essentiel. Petite, relativement accessible et adaptée aux besoins de l’après-guerre, elle accompagne l’élargissement de l’accès à l’automobile. Renault développe parallèlement son outil industriel, notamment avec l’ouverture de l’usine de Flins en 1952. La Régie devient ainsi l’un des principaux acteurs de l’expansion du marché automobile français.

1961 : la Renault 4 ouvre l’ère des voitures polyvalentes

Avec la Renault 4 lancée en 1961, la marque fait évoluer sa conception de l’automobile populaire. Le modèle privilégie l’accès à bord, le hayon et la polyvalence plutôt qu’une carrosserie traditionnelle à coffre séparé. Il peut servir aussi bien à la famille qu’aux professionnels ou aux déplacements ruraux. Ce choix annonce une orientation qui marquera durablement Renault : concevoir les voitures à partir des usages quotidiens.

La Renault 16, apparue en 1965, applique cette logique à une automobile familiale plus grande. Sa carrosserie à hayon et son habitacle modulable rompent avec les conventions de nombreuses berlines de l’époque. Son élection comme Voiture européenne de l’année en 1966 confirme la pertinence de cette approche.

La Renault 5, lancée en 1972, poursuit cette adaptation aux transformations de la société. Compacte et pensée pour un usage urbain, elle correspond à une période où la voiture devient plus largement un objet du quotidien et où le marché de la seconde automobile se développe. Le choc pétrolier de 1973 renforce ensuite l’intérêt pour des modèles compacts et économes. À travers ces trois voitures, Renault consolide une identité fondée moins sur le prestige que sur l’innovation pratique et l’adaptation aux nouveaux modes de vie.

1977 : Renault impose le turbo en Formule 1

Renault choisit dans les années 1970 d’utiliser la compétition comme laboratoire technologique. En 1977, la RS01 fait ses débuts en Formule 1 avec un moteur turbocompressé. Le choix paraît audacieux dans une discipline encore dominée par les moteurs atmosphériques. Les premières courses sont difficiles, mais Renault poursuit son développement jusqu’à obtenir sa première victoire en Grand Prix en 1979.

L’importance historique de cet engagement dépasse largement ce premier succès. Le turbo finit par s’imposer comme l’une des technologies majeures de la Formule 1 des années 1980, donnant à Renault une réputation durable de motoriste innovant. La marque renouera ensuite avec les plus hauts niveaux de la discipline et remportera, en tant qu’équipe complète, les championnats du monde des constructeurs 2005 et 2006 avec Fernando Alonso titré chez les pilotes.

La créativité de Renault se manifeste aussi sur les voitures de série. En 1984 apparaît l’Espace, développé avec Matra. Son lancement contribue à installer en Europe le concept du grand monospace familial, fondé sur l’habitabilité et la modularité. Mais cette période d’innovation coïncide avec une profonde crise financière. L’endettement accumulé au début des années 1980 impose une restructuration sévère, des suppressions d’emplois et un recentrage de l’entreprise. Renault doit alors abandonner une logique d’expansion coûteuse pour retrouver une situation financière plus solide.

1990 : Renault prépare sa privatisation et tourne la page de Billancourt

Après le redressement engagé dans les années 1980, le statut même de Renault évolue. En 1990, la Régie nationale est transformée en société anonyme. L’État reste alors actionnaire, mais cette modification juridique prépare une ouverture plus large du capital. Une première étape intervient en 1994, puis Renault est privatisé en 1996. Après un demi-siècle sous contrôle public, le constructeur retrouve ainsi le statut d’une entreprise privée cotée.

La transformation est également industrielle. La production cesse en 1992 sur l’île Seguin, dont les installations historiques ne correspondent plus aux nouvelles méthodes de fabrication automobile. La fermeture du site symbolise la fin du Renault industriel centré sur Billancourt et le passage à un réseau d’usines plus moderne et décentralisé.

Dans le même temps, Renault retrouve une forte créativité produit. La Twingo, présentée en 1992, adopte une architecture monocorps originale pour une petite voiture et mise fortement sur l’espace intérieur. Le Scénic, lancé en 1996, transpose quelques années plus tard la logique du monospace au segment compact. Ces modèles montrent qu’après sa restructuration Renault ne cherche pas seulement à réduire ses coûts : le constructeur veut à nouveau créer de nouvelles manières d’utiliser l’automobile.

1999 : l’Alliance avec Nissan donne à Renault une dimension mondiale

La fin des années 1990 marque un changement d’échelle. En 1999, Renault conclut une alliance stratégique avec Nissan et prend une importante participation dans le constructeur japonais. Cette opération ne constitue ni une fusion ni un rachat complet de Nissan. Elle donne naissance à une organisation originale reposant sur des participations croisées, des coopérations industrielles et le partage de certaines technologies et plates-formes.

La même année, Renault prend le contrôle de Dacia. Le constructeur roumain va progressivement devenir un élément majeur de la stratégie internationale du groupe, notamment grâce au développement de voitures conçues pour être accessibles et robustes tout en utilisant les ressources techniques de Renault. En 2000, l’acquisition de Samsung Motors en Corée du Sud renforce encore cette internationalisation.

Cette période transforme profondément Renault. Le constructeur français ne dépend plus uniquement de ses propres implantations européennes : il s’inscrit désormais dans un ensemble industriel et commercial beaucoup plus vaste. L’Alliance avec Nissan devient pendant près de deux décennies l’un des principaux piliers de cette stratégie mondiale.

2012 : la ZOE concrétise le premier grand pari électrique de Renault

Renault commence à préparer très tôt une gamme de véhicules électriques de grande diffusion. Cette stratégie se concrétise au début des années 2010 avec plusieurs modèles électriques, dont la ZOE devient le représentant le plus durable à partir de 2012. À une époque où ce type de motorisation occupe encore une place réduite sur le marché européen, Renault choisit donc d’investir dans l’électrique comme technologie destinée à une clientèle large et non comme simple vitrine expérimentale.

Cette avance ne garantit pas une transition simple. Les investissements sont importants, les volumes progressent plus lentement qu’espéré et le groupe conserve parallèlement une gamme thermique très large. La décennie est également marquée par l’expansion en Russie autour d’AvtoVAZ et de Lada, qui augmente l’exposition internationale de Renault.

À partir de 2018, une crise de gouvernance vient bouleverser cet équilibre. L’arrestation de Carlos Ghosn au Japon provoque une rupture majeure dans la direction de l’Alliance Renault-Nissan et révèle les tensions accumulées entre les partenaires. La pandémie de 2020 frappe ensuite un groupe déjà fragilisé et conduit Renault à enregistrer de lourdes pertes.

2021 : Renaulution recentre Renault sur la valeur et l’électrification

Arrivé à la direction générale en 2020, Luca de Meo présente en janvier 2021 le plan Renaulution. Celui-ci marque une rupture avec la stratégie qui avait longtemps privilégié l’augmentation des volumes. Renault cherche désormais à améliorer ses marges, à simplifier son organisation et à donner une identité plus nette aux différentes marques du groupe, dont Alpine.

La nouvelle stratégie accélère également l’électrification. Renault organise une partie de ses activités électriques et logicielles autour d’Ampere, devenue une entité opérationnelle distincte en 2023. Le projet de l’introduire en Bourse est abandonné en 2024, mais Ampere reste au cœur du développement des nouvelles voitures électriques du groupe. La Renault 5 E-Tech electric puis la Renault 4 E-Tech electric réemploient deux noms historiques pour accompagner cette nouvelle génération de modèles.

La géographie du groupe change elle aussi brutalement. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Renault cède en 2022 ses activités russes ainsi que sa participation majoritaire dans AvtoVAZ. Une implantation qui avait constitué un axe important d’expansion est ainsi abandonnée en quelques mois.

L’Alliance avec Nissan est parallèlement rééquilibrée à partir de 2023 afin de réduire l’asymétrie historique des participations et de donner davantage de souplesse aux deux constructeurs. En 2026, Renault demeure l’une des trois principales marques automobiles de Renault Group avec Dacia et Alpine. Sa stratégie combine désormais véhicules électriques et hybrides, développement logiciel et expansion internationale, tandis que les nouvelles Renault 5 et Renault 4 électriques relient directement cette transformation technologique à deux chapitres majeurs de son histoire.