Histoire de la marque Bahman

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Bahman est un groupe automobile iranien dont les origines remontent au début des années 1950, à Téhéran. Créée comme une entreprise de commerce et de transport, la société s’est tournée vers l’assemblage de véhicules grâce à un partenariat durable avec Mazda. Spécialiste historique des pick-up, elle a ensuite produit des voitures particulières, des SUV et des poids lourds avant de devenir une holding regroupant plusieurs activités industrielles. Son parcours reflète les transformations de l’économie iranienne, entre nationalisation, privatisation, ouverture à des partenaires étrangers et contraintes liées aux sanctions internationales.

1952 : Iran Khalij Co. naît dans le secteur du transport

L’entreprise à l’origine de Bahman est fondée à Téhéran sous le nom d’Iran Khalij Co. Les sources retiennent généralement 1952, tandis que certains documents administratifs situent son enregistrement au début de 1953. L’industriel iranien Amanollah Sarbaz est habituellement présenté comme son fondateur, même si son nom n’apparaît pas dans toutes les chronologies institutionnelles.

La société ne construit alors aucune automobile. Son activité porte sur le commerce, la représentation d’entreprises et les opérations de transport, notamment maritime. Cette première orientation explique son intérêt pour les véhicules utilitaires, indispensables à l’acheminement des marchandises dans un pays en cours d’industrialisation.

1959 : la licence Mazda fait entrer l’entreprise dans l’automobile

En 1959, Iran Khalij Co. change de dimension en lançant l’assemblage local de petits véhicules utilitaires sous licence Mazda. Les premiers produits sont des pick-up légers à trois roues, adaptés au transport de charges modestes. Ce passage du négoce à la fabrication constitue le véritable acte de naissance de son activité automobile.

La collaboration avec le constructeur japonais fournit à la société des modèles éprouvés ainsi qu’un cadre industriel pour développer son outil de production. Elle installe également une spécialisation qui marquera durablement l’entreprise : les véhicules de travail simples, robustes et accessibles au marché iranien.

1971 : le Mazda 1000 consolide la spécialisation dans les pick-up

L’arrivée du pick-up Mazda 1000 en 1971 ouvre une nouvelle phase. Plus conventionnel que les premiers trois-roues, cet utilitaire permet à l’entreprise d’élargir sa clientèle et d’affirmer sa place dans l’industrie automobile nationale. La société prend alors le nom de Mazda Automobile Manufacturing Co., signe de l’importance acquise par son partenaire japonais.

Cette période fixe le modèle industriel suivi pendant plusieurs décennies : assembler en Iran des véhicules conçus par un constructeur étranger, puis les adapter aux besoins locaux. La production s’étend ensuite à d’autres pick-up Mazda, dont les versions 1600 et 1800. Ces utilitaires forment le socle historique de l’entreprise bien avant que le nom Bahman n’apparaisse.

1979 : la révolution iranienne transforme l’actionnariat

Après la révolution de 1979, l’État iranien renforce son contrôle sur de nombreuses entreprises industrielles. L’Industrial Development and Renovation Organization, organisme public chargé du développement industriel, acquiert une participation majoritaire dans la société. Celle-ci poursuit néanmoins son activité automobile et conserve son orientation vers les utilitaires Mazda.

En 1984, elle devient Iran Vanet, un nom faisant directement référence au pick-up. Cette nouvelle identité accompagne le lancement de modèles Mazda de plus forte capacité et confirme le rôle central des véhicules commerciaux légers dans sa production. Le changement politique n’interrompt donc pas l’activité, mais il modifie profondément la propriété et le cadre dans lequel elle se développe.

1993 : la privatisation prépare une diversification majeure

Engagée au début des années 1990, la privatisation ramène progressivement l’entreprise vers un actionnariat privé. Sa cotation à la Bourse de Téhéran lui donne également un nouveau statut et facilite l’élargissement de ses activités. Cette évolution met fin à la phase de contrôle public majoritaire ouverte après la révolution.

La société ne souhaite plus dépendre uniquement du marché des pick-up. Elle prépare son entrée dans la voiture particulière tout en développant une organisation capable de gérer plusieurs métiers automobiles. Le changement d’actionnariat devient ainsi le prélude à une transformation industrielle plus large.

1998 : Bahman Group devient une holding automobile

En 1998, l’entreprise adopte le nom de Bahman Group et se réorganise en holding. La production automobile demeure son activité centrale, mais son périmètre s’étend désormais au commerce, à l’investissement et à différents métiers liés aux transports. Bahman Motor prend progressivement en charge les voitures particulières et les pick-up au sein de ce nouvel ensemble.

À partir de 1999, la fabrication de la Mazda 323 matérialise la diversification préparée pendant la décennie. Cette berline fait entrer Bahman sur un marché très différent de celui des véhicules de travail. Elle est suivie, dans les années 2000, par la Mazda 3, qui devient l’un des modèles les plus représentatifs de la coopération entre les deux entreprises en Iran.

2003 : Bahman Diesel ouvre la voie aux véhicules industriels et aux SUV

La création de Bahman Diesel en 2003 étend les compétences du groupe aux camions et aux minibus. Grâce à un partenariat avec Isuzu, la filiale assemble notamment les camions NPR, NKR et NQR. Bahman ne se limite dès lors plus aux voitures et aux pick-up : il devient un acteur couvrant plusieurs segments du transport routier.

La diversification gagne aussi les véhicules de loisirs. La production du Pajero sous licence Mitsubishi lui permet d’aborder le marché des 4×4, avant que le pick-up Capra ne prolonge cette orientation à la fin des années 2000. Aucun engagement sportif majeur n’a joué un rôle comparable dans l’histoire de Bahman, dont la réputation s’est principalement construite par l’assemblage industriel et les alliances techniques.

2013 : les partenariats chinois renouvellent la gamme

À partir de 2013, Bahman renforce ses relations avec des constructeurs chinois, notamment FAW. Cette réorientation répond à l’évolution du marché iranien et aux difficultés croissantes rencontrées dans les coopérations avec certains partenaires internationaux. La berline Besturn B50, puis la B30, illustrent cette nouvelle phase.

Le groupe travaille également avec Great Wall pour proposer les SUV Haval H2 et H9. Après le rétablissement de sanctions internationales plus contraignantes en 2018, la capacité à changer de partenaire devient essentielle. Bahman Motor se tourne alors vers d’autres industriels chinois pour développer les Dignity et Fidelity, deux SUV qui incarnent sa gamme récente sans rompre avec son modèle historique d’assemblage sous licence ou en coopération.

2024 : les sanctions américaines pèsent sur un groupe toujours actif

En 2024, les États-Unis placent Bahman Group et plusieurs de ses filiales sous sanctions en raison d’un soutien allégué au Corps des gardiens de la révolution islamique. Cette mesure complique l’accès aux fournisseurs, aux financements et aux collaborations internationales, dans un secteur iranien déjà soumis à de fortes restrictions.

Bahman reste néanmoins en activité. Sa structure comprend des entreprises spécialisées dans les voitures particulières, les SUV, les pick-up, les camions, les autobus et les deux-roues. Bahman Motor poursuit notamment la production de modèles tels que les Fidelity, Respect, Capra et G9, tandis que Bahman Diesel demeure présent dans les véhicules commerciaux. L’entreprise née dans le transport maritime est ainsi devenue un groupe automobile diversifié, dont l’évolution dépend désormais largement de sa capacité à maintenir des partenariats industriels malgré un environnement international contraignant.