
Mazda trouve son origine à Hiroshima, au Japon, où une entreprise de fabrication de liège est créée en 1920 avant de se tourner progressivement vers la mécanique puis l’automobile. Jujiro Matsuda, qui en prend la présidence en 1921, joue un rôle déterminant dans cette transformation. Devenue constructeur avec le Mazda-Go au début des années 1930, l’entreprise bâtit ensuite une grande partie de sa réputation sur son goût pour les solutions techniques originales, en particulier le moteur rotatif, mais aussi sur des modèles comme la RX-7 et la MX-5. Son histoire est également marquée par la reconstruction d’après-guerre, les conséquences du choc pétrolier, une longue alliance avec Ford puis un retour à davantage d’autonomie avant l’entrée dans l’ère de l’électrification.
1920 : Toyo Cork Kogyo naît à Hiroshima avant de se tourner vers la mécanique
L’histoire de Mazda commence le 30 janvier 1920 avec la création de Toyo Cork Kogyo Co., Ltd. à Hiroshima. L’entreprise n’est alors pas un constructeur automobile : son activité concerne le liège et notamment la production de matériaux en liège aggloméré. Contrairement à une présentation parfois simplifiée, Jujiro Matsuda n’est pas le fondateur unique de la société en 1920. Toyo Cork Kogyo est créée par des acteurs économiques locaux et Matsuda en devient le deuxième président en mars 1921.
Son rôle est toutefois essentiel. Ingénieur et industriel expérimenté, il réoriente progressivement l’entreprise vers des activités mécaniques, mieux adaptées aux perspectives de développement industriel. Un incendie majeur en 1925 endommage une grande partie des installations et accélère cette transformation. En 1927, le mot « Cork » disparaît de la raison sociale : Toyo Cork Kogyo devient Toyo Kogyo Co., Ltd. Ce changement traduit le passage d’une société spécialisée dans un matériau à une entreprise industrielle tournée vers la construction mécanique.
1931 : le Mazda-Go fait entrer Toyo Kogyo dans l’industrie automobile
Le véritable point de départ automobile intervient en 1931 avec le lancement du Mazda-Go Type-DA, un petit utilitaire motorisé à trois roues. Ce véhicule représente la première production automobile de l’entreprise et fait apparaître pour la première fois le nom Mazda sur l’un de ses produits. La société reste juridiquement Toyo Kogyo, mais la marque sous laquelle ses véhicules seront connus commence à prendre forme.
Le nom Mazda est généralement rapproché à la fois d’Ahura Mazda, divinité associée à la sagesse dans le zoroastrisme, et du nom Matsuda, dont la prononciation japonaise est proche. Durant les années qui suivent, les véhicules à trois roues occupent une place centrale dans l’activité de l’entreprise. Cette production permet à Toyo Kogyo d’acquérir une véritable expérience de constructeur bien avant son arrivée sur le marché des voitures particulières.
1945 : Hiroshima détruite, Toyo Kogyo reprend rapidement sa production
Le 6 août 1945, le bombardement atomique d’Hiroshima bouleverse la ville où l’entreprise est implantée. Toyo Kogyo participe à l’effort de reconstruction en mettant notamment certains de ses bâtiments à la disposition des autorités et d’organismes locaux. Cette proximité avec l’histoire d’Hiroshima restera profondément associée à celle de Mazda.
La reprise industrielle est particulièrement rapide : la fabrication des véhicules à trois roues redémarre dès décembre 1945. Dans le Japon de l’après-guerre, ces utilitaires répondent aux besoins d’une économie en reconstruction. Toyo Kogyo développe ensuite progressivement ses capacités industrielles et prépare son entrée sur le marché beaucoup plus vaste de la voiture particulière.
1960 : la R360 ouvre l’ère des voitures particulières et du moteur rotatif
En mai 1960, Mazda lance la R360 Coupé, sa première voiture particulière à quatre roues. Ce modèle marque une rupture : l’entreprise ne se limite plus aux utilitaires et cherche désormais à devenir un constructeur automobile généraliste. L’étape suivante donne pourtant à Mazda une identité très différente de celle de nombreux concurrents japonais.
En 1961, Toyo Kogyo conclut un accord de coopération technique avec NSU autour du moteur rotatif développé sur le principe conçu par Felix Wankel. Mazda n’invente donc pas ce moteur, mais ses ingénieurs consacrent plusieurs années à résoudre les difficultés qui empêchent encore son utilisation fiable à grande échelle. Cet effort aboutit en 1967 à la Cosmo Sport 110S, première Mazda de série équipée d’un moteur rotatif.
Ce choix technologique accompagne l’internationalisation du constructeur. Mazda accélère ses exportations vers l’Europe à partir de la fin des années 1960 et entre sur le marché américain en 1970. Le moteur rotatif devient alors un moyen de se différencier sur des marchés où la marque doit encore construire sa notoriété.
1973 : le choc pétrolier oblige Mazda à revoir sa stratégie
La forte implication de Mazda dans le moteur rotatif montre ses limites après le premier choc pétrolier de 1973. Dans un contexte où la consommation de carburant devient un critère majeur, cette motorisation pénalise une partie de la gamme. Les ventes chutent sur certains marchés, les stocks augmentent et Toyo Kogyo connaît en 1975 un déficit important. Il ne s’agit pas d’une faillite, mais d’une crise suffisamment grave pour imposer une restructuration.
La réponse passe notamment par un recentrage du moteur rotatif. Plutôt que de chercher à l’installer largement dans des voitures généralistes, Mazda l’utilise davantage comme une technologie distinctive pour des modèles sportifs. La RX-7, lancée en 1978, incarne cette nouvelle orientation et contribue à restaurer l’image du rotatif en l’associant à une voiture légère et sportive.
Dans ce contexte difficile, Toyo Kogyo noue en 1979 une alliance capitalistique avec Ford. Ce rapprochement apporte à Mazda un partenaire industriel et financier important, mais Ford ne rachète pas entièrement le constructeur japonais. Cette distinction restera importante lorsque la participation américaine augmentera au cours des décennies suivantes.
1984 : Toyo Kogyo devient officiellement Mazda Motor Corporation
En mai 1984, la raison sociale Toyo Kogyo disparaît au profit de Mazda Motor Corporation. Plus de cinquante ans après l’apparition du nom Mazda sur le Mazda-Go, la société adopte donc officiellement le nom sous lequel ses voitures sont déjà commercialisées dans le monde.
La décennie est aussi celle d’une internationalisation industrielle accrue. Mazda développe sa présence hors du Japon et ouvre à la fin des années 1980 un site de production aux États-Unis. En 1989, la marque lance la MX-5, appelée Miata en Amérique du Nord et Roadster au Japon. Ce petit roadster devient un modèle historique pour Mazda car il traduit de manière particulièrement claire une orientation qui prendra ensuite une place centrale dans son image : privilégier la légèreté, l’équilibre du châssis et l’agrément de conduite plutôt que la seule recherche de puissance.
1991 : la victoire au Mans précède une profonde restructuration sous influence Ford
En 1991, Mazda obtient l’un des résultats sportifs les plus importants de son histoire lorsque la 787B remporte les 24 Heures du Mans. Le constructeur devient alors le premier japonais à gagner l’épreuve au classement général. La victoire possède une portée particulière car la 787B utilise un moteur rotatif : après trois décennies de développement, cette technologie obtient sa consécration sportive la plus spectaculaire.
Le contexte économique devient pourtant beaucoup moins favorable dans les années suivantes. L’éclatement de la bulle économique japonaise fragilise Mazda, qui doit rationaliser son organisation et son réseau commercial. En 1996, Ford porte sa participation à 33,4 % du capital. Le groupe américain acquiert alors une influence déterminante sur la gestion et participe à la restructuration de Mazda, sans en devenir pour autant propriétaire à 100 %.
Au début des années 2000, ce redressement commence à se traduire dans les produits et dans l’image de marque. La Mazda6, lancée en 2002, inaugure une nouvelle génération de véhicules et accompagne l’adoption du thème « Zoom-Zoom ». La Mazda3 et la RX-8 poursuivent ensuite ce renouvellement. L’objectif est moins de multiplier les identités commerciales que de reconstruire une gamme cohérente autour du design et du plaisir de conduite.
2008 : le retrait de Ford permet à Mazda de reconstruire une stratégie plus autonome
La crise financière de 2008 change profondément la relation entre Mazda et Ford. Confronté à ses propres difficultés, le constructeur américain réduit sa participation de 33,4 % à 13,8 %, puis continue à céder ses actions au cours des années suivantes. En 2016, Ford ne possède plus d’actions Mazda. Le constructeur japonais retrouve ainsi une autonomie capitalistique beaucoup plus importante après près de deux décennies d’influence américaine particulièrement forte.
Cette nouvelle période s’accompagne d’un important renouvellement technique et stylistique. À partir de 2010, Mazda développe le langage de design KODO et rassemble sous l’appellation SKYACTIV une nouvelle génération de moteurs, transmissions, châssis et structures de carrosserie. Le CX-5, lancé en 2012, est le premier modèle à réunir pleinement ces orientations. Mazda cherche alors à améliorer l’efficacité de ses véhicules tout en conservant une identité technique propre, plutôt qu’à entrer dans une course au volume avec les plus grands groupes mondiaux.
Cette autonomie n’exclut pas les partenariats. Après un rapprochement engagé en 2015, Mazda et Toyota annoncent en 2017 une alliance commerciale et capitalistique. Toyota prend environ 5 % de Mazda tandis que les deux entreprises développent plusieurs coopérations, notamment industrielles. Leur relation diffère cependant de celle qui liait auparavant Mazda à Ford : Toyota reste un actionnaire minoritaire et Mazda demeure une société indépendante.
2020 : l’électrification ouvre une nouvelle étape sans effacer les choix techniques historiques
En 2020, le MX-30 devient le premier véhicule électrique à batterie produit en série par Mazda. Cette arrivée relativement tardive dans l’électrique illustre la stratégie prudente du constructeur, qui continue parallèlement à travailler sur différentes formes d’électrification et sur l’amélioration des motorisations thermiques et hybrides.
Le moteur rotatif lui-même trouve une nouvelle fonction en 2023 avec le MX-30 R-EV. Il n’est plus utilisé comme moteur principal entraînant directement les roues, comme sur les RX historiques, mais comme générateur au sein d’une chaîne de traction électrifiée. Mazda transforme ainsi l’une des technologies qui ont construit sa réputation en solution adaptée à un contexte automobile différent.
Au milieu des années 2020, Mazda reste basée dans la préfecture d’Hiroshima et demeure un constructeur indépendant. Toyota en détient une participation minoritaire d’environ 5 %, sans en être le propriétaire. Face aux investissements considérables nécessaires à l’électrification, la marque privilégie une stratégie combinant plusieurs technologies, l’utilisation de plateformes et d’outils industriels existants ainsi que des coopérations ciblées. Cette approche prolonge une histoire commencée dans le liège en 1920 et progressivement transformée en celle d’un constructeur automobile mondial resté de taille relativement modeste mais régulièrement différencié par ses choix techniques.
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