Histoire de la marque Mitsubishi

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Mitsubishi trouve ses racines dans le Japon de l’ère Meiji, bien avant la création de son constructeur automobile actuel. L’histoire commence en 1870 autour de l’entrepreneur Yatarō Iwasaki et d’une activité de transport maritime, avant que le groupe ne se diversifie dans l’industrie lourde puis dans l’automobile. De la très précoce Model A aux 4×4 Pajero, des succès de la Lancer Evolution en rallye aux premiers véhicules électriques et hybrides rechargeables de grande diffusion, Mitsubishi a construit une identité fortement liée à l’ingénierie, à la transmission intégrale et aux marchés internationaux. Son parcours a aussi été marqué par plusieurs réorganisations, deux graves crises de confiance et des alliances successives avec Chrysler, DaimlerChrysler puis Nissan.

1870 : Yatarō Iwasaki pose les bases de Mitsubishi

L’origine de Mitsubishi ne se situe pas dans l’automobile. En 1870, dans le contexte de la restauration de Meiji et de la modernisation rapide de l’économie japonaise, Yatarō Iwasaki prend la direction de Tsukumo Shokai, une entreprise de transport maritime issue des activités du clan de Tosa. En 1873, il la renomme Mitsubishi Shokai. Le nom Mitsubishi et l’emblème aux trois losanges s’inscrivent dans cette première période.

L’entreprise se développe ensuite bien au-delà de la navigation. Elle participe à la constitution d’un vaste ensemble industriel actif notamment dans la construction navale et la mécanique lourde. Cette diversification est essentielle pour comprendre la naissance ultérieure des automobiles Mitsubishi : Mitsubishi Motors n’est pas fondée en 1870, mais descend d’entreprises industrielles issues de cet ensemble.

1917 : la Mitsubishi Model A ouvre l’histoire automobile

La première étape automobile intervient en 1917, lorsque Mitsubishi Shipbuilding lance à Kobe le développement de la Mitsubishi Model A. Inspirée d’une automobile Fiat de l’époque, elle doit permettre au groupe japonais d’explorer un secteur encore embryonnaire dans le pays. La première voiture achevée est datée de 1918, et la fabrication se poursuit jusqu’en 1921.

Avec seulement une vingtaine d’exemplaires, prototypes compris, la Model A ne constitue pas une production de masse au sens moderne. Elle occupe néanmoins une place importante dans l’histoire industrielle japonaise, car elle compte parmi les toutes premières voitures particulières conçues pour être produites et commercialisées en série au Japon. L’expérience s’arrête rapidement, la fabrication artisanale restant trop coûteuse face aux automobiles importées produites à plus grande échelle.

1953 : le Mitsubishi Jeep relance durablement l’activité automobile

Après la Seconde Guerre mondiale, l’ancien ensemble Mitsubishi est profondément réorganisé. Mitsubishi Heavy Industries, formé avant-guerre par consolidation des activités industrielles, est notamment divisé en plusieurs sociétés en 1950 dans le cadre de la politique de démantèlement des grands conglomérats japonais. C’est dans ce contexte que l’automobile reprend véritablement de l’importance.

Un accord conclu avec Willys-Overland conduit à l’assemblage du Mitsubishi Jeep à partir de 1953 puis à sa fabrication sous licence au Japon. Cette coopération est historiquement importante : elle apporte à Mitsubishi une expérience durable des véhicules tout-terrain et prépare une spécialisation qui deviendra l’un de ses principaux marqueurs internationaux.

Le constructeur revient parallèlement à la voiture particulière. La Mitsubishi 500 lancée en 1960 symbolise son retour sur un marché japonais alors en pleine motorisation. En 1964, les trois sociétés issues de l’ancienne Mitsubishi Heavy Industries sont réunifiées. Deux ans plus tard, Mitsubishi commence également à produire des véhicules en Thaïlande, première étape d’une implantation asiatique appelée à devenir déterminante pour son avenir.

1970 : Mitsubishi Motors Corporation devient un constructeur autonome

Le véritable acte de naissance de l’entreprise automobile actuelle intervient le 22 avril 1970 avec la création de Mitsubishi Motors Corporation, abrégée MMC. Mitsubishi Heavy Industries sépare ainsi son activité automobile afin de lui donner davantage d’autonomie dans un marché devenu beaucoup plus concurrentiel et international.

Cette indépendance s’accompagne rapidement d’un rapprochement avec Chrysler, qui acquiert 15 % du capital en 1971. L’accord permet surtout à Mitsubishi d’accéder plus facilement aux réseaux de distribution internationaux du groupe américain. Plusieurs modèles japonais sont alors vendus sous des marques américaines, notamment le Colt Galant sous le nom de Dodge Colt.

Au cours des années 1980, Mitsubishi renforce cette stratégie de mondialisation. Le constructeur développe ses implantations en Asie et crée avec Chrysler l’entreprise Diamond-Star Motors aux États-Unis. L’usine de Normal, dans l’Illinois, commence à produire des véhicules en 1988. Mitsubishi devient ainsi un constructeur international disposant non seulement de réseaux d’exportation, mais aussi de capacités de production hors du Japon.

1982 : le Pajero fait du tout-terrain un pilier de l’identité Mitsubishi

Le lancement du Pajero en 1982 transforme l’expérience accumulée depuis le Mitsubishi Jeep en véritable identité de marque. Le 4×4 devient l’un des produits les plus représentatifs de Mitsubishi et bénéficie rapidement d’une exposition exceptionnelle grâce au rallye-raid. Engagé sur le Dakar dès les premières années de sa carrière, le Pajero remporte le classement général en 1985, première victoire d’un constructeur japonais dans l’épreuve. Mitsubishi y accumulera ensuite douze succès.

La compétition joue également un rôle majeur dans les années 1990 avec la Lancer Evolution. Développée autour des exigences du Championnat du monde des rallyes, elle contribue à associer Mitsubishi à la transmission intégrale et aux voitures sportives à haut niveau de motricité. Tommi Mäkinen remporte quatre titres mondiaux pilotes consécutifs de 1996 à 1999, tandis que Mitsubishi obtient le titre constructeurs en 1998. Ces résultats comptent davantage dans l’histoire de la marque que le simple palmarès : ils renforcent sa réputation technique et participent au développement des systèmes de gestion de la transmission intégrale qui évolueront plus tard vers le concept S-AWC.

2000 : les scandales de rappels plongent Mitsubishi Motors dans une crise majeure

La croissance internationale est brutalement interrompue au début des années 2000. En 2000, une enquête révèle que Mitsubishi Motors a dissimulé pendant plusieurs années des informations concernant certains défauts de véhicules et des opérations de rappel. Des centaines de milliers de voitures sont concernées et la direction est profondément remaniée. De nouvelles affaires liées à la sécurité, notamment autour de l’activité poids lourds Mitsubishi Fuso, aggravent encore la perte de confiance.

Dans le même temps, DaimlerChrysler entre au capital de Mitsubishi Motors et porte sa participation à plus d’un tiers. Cette alliance devait favoriser la coopération industrielle et le redressement du constructeur japonais, mais elle ne produit pas les résultats espérés. En 2004, DaimlerChrysler refuse d’apporter le soutien financier supplémentaire attendu puis revend finalement sa participation en 2005.

Mitsubishi Motors ne fait toutefois pas faillite. Mitsubishi Heavy Industries, Mitsubishi Corporation, la Bank of Tokyo-Mitsubishi et d’autres investisseurs participent à sa recapitalisation. L’entreprise est restructurée, tandis que Mitsubishi Fuso est séparée du constructeur automobile et passe progressivement sous le contrôle de DaimlerChrysler. Cette période réduit le périmètre de MMC et l’oblige à reconstruire sa situation financière comme sa réputation.

2009 : l’i-MiEV place Mitsubishi parmi les précurseurs de l’électrification moderne

Le redressement des années 2000 s’accompagne d’un choix technologique important : Mitsubishi accélère ses recherches sur la propulsion électrique. Le groupe possédait déjà une expérience ancienne dans ce domaine, avec des travaux expérimentaux remontant aux années 1960, mais l’i-MiEV commercialisée en 2009 fait entrer cette technologie dans une nouvelle dimension. Mitsubishi la présente comme l’un des tout premiers véhicules électriques modernes produits à grande échelle.

Cette orientation se confirme en 2013 avec l’Outlander PHEV. En associant un SUV à quatre roues motrices et une chaîne de traction hybride rechargeable, Mitsubishi réunit plusieurs domaines dans lesquels il dispose déjà d’une expérience importante. Le modèle devient un élément central du repositionnement technologique de la marque et contribue à populariser l’hybride rechargeable sur le marché des SUV.

Au même moment, le constructeur réorganise ses priorités géographiques. L’Asie du Sud-Est, où Mitsubishi possède une présence industrielle ancienne, prend une place croissante dans sa stratégie. La Thaïlande devient l’un de ses principaux centres de production et une nouvelle base est développée en Indonésie. À l’inverse, la production automobile de l’usine américaine de Normal s’arrête en 2015.

2016 : le scandale des consommations conduit Nissan à entrer au capital

Une nouvelle crise éclate en avril 2016 lorsque Mitsubishi reconnaît avoir utilisé des méthodes irrégulières pour mesurer ou présenter la consommation de certains véhicules vendus au Japon. Les investigations révèlent que les pratiques contestées ne sont pas limitées à un seul modèle et remontent pour certaines à plusieurs années. Après les scandales du début des années 2000, cette affaire pose une nouvelle fois un problème majeur de gouvernance et de crédibilité.

La conséquence capitalistique est immédiate. En octobre 2016, Nissan acquiert 34 % de Mitsubishi Motors pour environ 237 milliards de yens et devient son principal actionnaire. Mitsubishi rejoint ainsi l’Alliance déjà constituée autour de Nissan et de Renault. Il ne s’agit cependant pas d’un rachat intégral : Mitsubishi Motors demeure une société distincte et cotée.

Dans les années suivantes, le constructeur réforme sa gouvernance et approfondit son recentrage. Plutôt que de chercher à être présent de manière autonome sur tous les grands marchés mondiaux, il privilégie ses positions fortes en Asie du Sud-Est et en Océanie, ses véhicules tout-terrain et pick-up, ainsi que l’électrification. Les coopérations techniques et industrielles avec les partenaires de l’Alliance prennent parallèlement une importance croissante.

2024 : Mitsubishi réduit le poids de Nissan tout en restant dans l’Alliance

L’équilibre actionnarial évolue de nouveau en novembre 2024, lorsque Mitsubishi Motors rachète une partie importante des actions détenues par Nissan. La participation du constructeur japonais est ainsi ramenée sous le seuil des 34 % acquis en 2016. Au 31 mars 2026, Nissan conserve néanmoins environ 26,7 % des droits de vote et reste le premier actionnaire, devant Mitsubishi Corporation avec un peu plus de 22 %.

Cette évolution confirme la situation particulière de Mitsubishi Motors : la société n’est ni une filiale entièrement contrôlée par Nissan ni revenue à l’organisation industrielle de ses origines. Elle demeure un constructeur juridiquement distinct, associé à Nissan et Renault dans le cadre de l’Alliance et étroitement lié aux autres entreprises portant le nom Mitsubishi. Sa stratégie présentée en 2026 met l’accent sur l’ASEAN, les véhicules tout-terrain, les modèles électrifiés et une utilisation accrue des partenariats pour réduire les coûts de développement. Plus d’un siècle après la Model A, Mitsubishi poursuit ainsi son histoire automobile autour des domaines qui ont le plus durablement façonné sa réputation : le 4×4, l’ingénierie de transmission et l’électrification.