Histoire de la marque Borgward

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Borgward est une marque automobile allemande née à Brême autour de l’ingénieur et entrepreneur Carl Friedrich Wilhelm Borgward. Son histoire commence bien avant que son nom apparaisse sur une calandre : à partir de 1919, Borgward travaille dans l’industrie des composants automobiles, puis se tourne vers la fabrication de véhicules au milieu des années 1920. En quelques décennies, il bâtit un groupe réunissant plusieurs marques, devient l’un des industriels importants de l’Allemagne d’après-guerre et acquiert une solide réputation grâce à des modèles comme la Hansa 1500 et surtout l’Isabella. Cette ascension rapide s’achève brutalement par la faillite de 1961. Plus d’un demi-siècle après, le nom Borgward est relancé avec des capitaux chinois, avant qu’une nouvelle faillite ne mette fin à cette seconde aventure industrielle.

1924 : le Blitzkarren fait entrer Carl Borgward dans la construction automobile

Les origines de Borgward se trouvent dans l’Allemagne du début des années 1920. Installé à Brême, Carl Borgward participe dès 1919 à une entreprise liée à l’industrie automobile, puis développe une activité de fabrication de radiateurs et d’éléments de carrosserie. Il ne fonde donc pas immédiatement une marque de voitures telle qu’on la connaîtra plus tard. Son passage décisif vers la construction de véhicules intervient en 1924 avec le Blitzkarren.

Ce petit véhicule utilitaire à trois roues répond à une logique très pragmatique : offrir aux artisans et aux petites entreprises un moyen de transport simple et abordable dans une Allemagne encore marquée par les difficultés économiques de l’après-Première Guerre mondiale. Le Blitzkarren rencontre suffisamment de succès pour donner à Borgward les moyens de poursuivre son développement. Cette étape constitue le véritable point de départ de son activité de constructeur, même si la marque Borgward proprement dite n’existe pas encore.

1928 : Goliath et Hansa-Lloyd transforment l’atelier en groupe automobile

La croissance s’accélère à la fin des années 1920. En 1928, Carl Borgward reprend les Bremer Karosseriewerke et développe avec Wilhelm Tecklenborg les Goliath-Werke. Les petits véhicules Goliath prolongent l’expérience acquise avec le Blitzkarren, tout en élargissant progressivement l’activité vers les voitures particulières.

Borgward et Tecklenborg prennent ensuite le contrôle de Hansa-Lloyd, constructeur déjà établi à Brême. Au début des années 1930, Carl Borgward dispose ainsi d’un ensemble industriel beaucoup plus vaste que son entreprise d’origine. Cette évolution est essentielle pour comprendre la suite : Borgward devient d’abord le nom d’un groupe dirigé par Carl Borgward avant de devenir celui d’une marque automobile à part entière. Goliath, Hansa-Lloyd puis Lloyd conserveront des identités propres et ne doivent donc pas être confondus avec les voitures vendues sous le nom Borgward.

1939 : Borgward devient une marque automobile dans une industrie tournée vers la guerre

Après le départ de Wilhelm Tecklenborg en 1937, Carl Borgward contrôle seul son ensemble industriel. Une nouvelle usine de grande taille est mise en service à Brême-Sebaldsbrück en 1938. L’année suivante marque un tournant symbolique : le nom Borgward apparaît comme marque automobile, notamment sur les modèles 2000 et 2300 issus de la gamme Hansa.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale modifie cependant rapidement l’activité. Les usines produisent des véhicules destinés aux besoins militaires allemands et s’intègrent à l’économie de guerre. Cette période comporte également une dimension sombre qui ne peut être séparée de l’histoire industrielle de l’entreprise. À partir de 1944, des détenus d’un kommando extérieur du camp de concentration de Neuengamme sont employés dans l’usine de Sebaldsbrück, aux côtés d’autres travailleurs forcés. Les bombardements alliés endommagent ensuite fortement les installations industrielles de Borgward.

1949 : la Hansa 1500 symbolise la reconstruction de Borgward

Après la guerre, Carl Borgward est interné dans le cadre du processus de dénazification avant de reprendre la direction de ses activités en 1948. Il relance rapidement la production automobile dans une Allemagne de l’Ouest où les besoins de mobilité sont immenses et où l’industrie commence sa reconstruction.

Présentée en 1949, la Hansa 1500 donne une nouvelle visibilité à Borgward. Sa carrosserie de type ponton, aux ailes intégrées dans les lignes de la voiture, tranche avec de nombreuses conceptions héritées de l’avant-guerre. Elle est généralement considérée comme l’une des premières berlines allemandes de sa catégorie à adopter pleinement cette architecture moderne. Le modèle montre surtout que Borgward ne veut pas simplement reprendre ses anciennes productions : l’entreprise cherche à se replacer parmi les constructeurs techniquement ambitieux de la jeune République fédérale d’Allemagne.

Dans les années suivantes, Carl Borgward organise son ensemble autour de plusieurs marques complémentaires. Lloyd occupe notamment le marché des petites voitures économiques, tandis que Goliath et Borgward couvrent d’autres segments. Cette stratégie permet au groupe de toucher une clientèle très large, mais elle entraîne aussi une multiplication des gammes, des investissements et des structures industrielles.

1954 : l’Isabella porte Borgward au sommet de sa notoriété

Lancée en 1954, la Borgward Isabella devient le modèle le plus célèbre de l’histoire de la marque. Berline élégante et moderne pour son époque, elle s’inscrit dans la montée en puissance économique de l’Allemagne de l’Ouest et contribue fortement à l’image de Borgward auprès d’une clientèle recherchant davantage de distinction que dans les voitures populaires.

L’Isabella connaît plusieurs déclinaisons, dont un coupé particulièrement marquant, mais son importance historique dépasse ses variantes. Elle incarne la période durant laquelle Borgward apparaît capable de rivaliser par le style et l’ingénierie avec de grands constructeurs allemands. Le groupe développe également une activité en compétition automobile, notamment avec les Borgward RS. Il n’est pas nécessaire de détailler chaque résultat sportif : l’essentiel est que la course sert alors de vitrine à la qualité des moteurs et au savoir-faire technique de l’entreprise.

À la fin des années 1950, Borgward est devenu un employeur majeur de Brême et un acteur significatif de l’industrie automobile ouest-allemande. Cette réussite masque pourtant une faiblesse structurelle. Carl Borgward continue à lancer de nombreux projets et modèles, tandis que les différentes marques de son groupe nécessitent chacune des investissements importants. L’entreprise grandit vite, mais ses réserves financières restent limitées.

1959 : le P100 illustre l’ambition technique et la fragilité financière du groupe

En 1959, Borgward présente la grande berline P100, également connue sous l’appellation 2,3 Liter. Ce modèle représente le sommet des ambitions de la marque. Il adopte notamment une suspension pneumatique, technologie particulièrement sophistiquée à l’époque et présentée comme une première sur une voiture allemande produite en série.

Cette sophistication arrive toutefois au moment où la situation financière du groupe se détériore. Borgward doit financer une gamme étendue, plusieurs marques, de nouveaux modèles et des capacités industrielles importantes. Parallèlement, les ventes cessent de progresser au même rythme et les exportations se contractent. Le problème n’est donc pas l’absence de compétences techniques ou de produits intéressants, mais la difficulté à financer durablement un ensemble industriel devenu très complexe.

La faillite qui suivra a souvent donné naissance à des récits simplifiés, parfois fondés sur l’idée d’un complot contre Borgward. Les travaux historiques disponibles invitent à davantage de prudence. L’entreprise disposait encore d’actifs et d’une activité industrielle réelle, mais elle souffrait d’une crise aiguë de liquidité combinée à des faiblesses de gestion et de financement. Aucun facteur unique ne suffit à expliquer l’effondrement.

1961 : la faillite met brutalement fin au constructeur de Brême

À la fin de 1960 et au début de 1961, les difficultés de trésorerie deviennent critiques. Compte tenu du poids économique de Borgward à Brême, les autorités locales tentent d’organiser un sauvetage. Le Land envisage d’importantes garanties financières et Carl Borgward accepte finalement d’abandonner le contrôle de son entreprise afin de permettre une restructuration.

L’opération échoue. En juillet 1961, une procédure de concordat est demandée, puis les Borgward Automobilwerke sont déclarés en faillite en septembre. La disparition est d’autant plus spectaculaire que le groupe employait encore plus de 20 000 personnes à son apogée récente et comptait parmi les principaux employeurs industriels de la région.

Cette faillite reste l’un des épisodes les plus discutés de l’histoire automobile allemande. Le rôle du Sénat de Brême et les conditions de la restructuration ont fait l’objet de critiques, et le fait que les créanciers aient ensuite pu être remboursés a nourri l’idée que Borgward aurait pu survivre avec une autre solution financière. Cela ne permet toutefois pas de conclure que l’entreprise était saine en 1961. Sa situation de trésorerie était réellement devenue incompatible avec la poursuite normale de son activité.

1967 : la production mexicaine prolonge brièvement le nom Borgward

La faillite allemande ne fait pas disparaître immédiatement toute trace industrielle de Borgward. Après la liquidation, des investisseurs acquièrent des machines, des droits et des éléments techniques liés aux anciens modèles. Une production issue de la grande P100 est ainsi lancée au Mexique à partir de 1967.

Cette expérience se poursuit jusqu’en 1970 environ. Elle doit cependant être comprise comme une survivance industrielle du patrimoine Borgward et non comme la renaissance du constructeur de Brême. La société fondée et dirigée par Carl Borgward n’a pas été reconstituée. Pendant les décennies suivantes, le nom reste principalement associé aux voitures historiques, avec l’Isabella comme représentante la plus connue de cette période.

2015 : le nom Borgward revient avec Foton et le groupe BAIC

Au début des années 2000, Christian Borgward, petit-fils de Carl Borgward, travaille à la réactivation du nom familial. Le projet prend une dimension industrielle lorsque les droits de la marque passent sous le contrôle du constructeur chinois Foton, appartenant au groupe BAIC. En mars 2015, Borgward annonce officiellement son retour lors du Salon de Genève.

Cette renaissance repose donc sur une continuité de nom et sur la présence d’un descendant du fondateur, mais pas sur une continuité juridique ou industrielle avec l’entreprise disparue en 1961. La nouvelle Borgward est une marque sino-allemande dans son positionnement, avec une identité européenne mise en avant et une production largement organisée en Chine.

Le BX7, présenté en 2015 puis commercialisé à partir de 2016, devient le premier modèle important de cette seconde période. Le choix d’un SUV montre combien le marché automobile a changé depuis l’époque de l’Isabella. D’autres modèles suivent, mais les ventes ne permettent pas d’établir durablement Borgward comme un constructeur rentable. En 2019, UCAR prend le contrôle de 67 % de Beijing Borgward, signe qu’une nouvelle restructuration devient nécessaire seulement quelques années après le retour de la marque.

2022 : une seconde faillite referme la tentative de renaissance

Les difficultés s’aggravent au début des années 2020. La production de Beijing Borgward est interrompue en 2020, puis les procédures judiciaires confirment l’échec de la relance. Le tribunal compétent de Pékin accepte la liquidation judiciaire de Beijing Borgward Auto en avril 2022 et prononce sa faillite le 29 novembre 2022.

Une autre société liée à l’activité, Borgward Auto (China), entre à son tour dans une procédure de liquidation en 2023 et est déclarée en faillite en août de la même année. Les actifs restants sont progressivement liquidés et la commercialisation des véhicules concernés prend fin.

À ce jour, aucune reprise vérifiable de la production automobile de série Borgward n’a succédé à ces faillites. Le nom conserve donc une place dans l’histoire de l’automobile allemande grâce aux voitures produites à Brême entre les années 1930 et 1961, tandis que la tentative de renaissance engagée au XXIe siècle appartient désormais elle aussi à l’histoire de la marque.

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