Histoire de la marque Cord

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Cord apparaît à la fin des années 1920 aux États-Unis, dans l’orbite industrielle d’Errett Lobban Cord. La marque ne naît pas comme un constructeur indépendant créé de toutes pièces, mais comme une nouvelle signature automobile développée au sein d’Auburn Automobile Company. Son histoire, brève mais particulièrement dense, est marquée par la traction avant, des choix stylistiques audacieux et deux familles de modèles devenues emblématiques, la L-29 puis les 810 et 812. Fragilisée par la Grande Dépression et par des difficultés industrielles, Cord cesse pourtant de produire des automobiles dès 1937, avant que son nom ne connaisse plusieurs tentatives de renaissance.

1924 : E. L. Cord prend en main Auburn Automobile Company

L’histoire de Cord commence réellement avant l’apparition de la première voiture portant ce nom. En 1924, Errett Lobban Cord rejoint Auburn Automobile Company, installée à Auburn dans l’Indiana. Le constructeur traverse alors une période difficile, avec d’importants stocks de voitures invendues et une situation commerciale préoccupante.

Cord réorganise les ventes, améliore la présentation des automobiles et redresse rapidement l’entreprise. Il prend progressivement le contrôle d’Auburn, puis en devient président en 1926. Cette réussite lui permet de bâtir un ensemble industriel plus vaste comprenant notamment Auburn, des fournisseurs de composants et Duesenberg, marque de prestige dont il prend également le contrôle.

Dans cet ensemble, Cord cherche à créer une automobile située au-dessus des Auburn sans atteindre le niveau de prix des Duesenberg. Il veut surtout proposer un produit techniquement différent, capable de porter son propre nom et de renforcer l’image d’innovation de son groupe.

1929 : la Cord L-29 lance officiellement la marque

La première Cord commercialisée est la L-29, présentée en 1929. Son principal caractère distinctif est sa traction avant, une architecture encore très rare sur les voitures américaines de tourisme. Son développement bénéficie notamment de l’expérience acquise dans les voitures de compétition à traction avant de Harry Miller, dont les solutions intéressent E. L. Cord et ses ingénieurs.

Cette disposition mécanique permet de supprimer l’arbre de transmission courant sous le plancher et d’abaisser fortement la carrosserie. La L-29 adopte ainsi une silhouette plus basse et plus élancée que la plupart des voitures américaines contemporaines. Ce choix technique devient immédiatement l’un des éléments constitutifs de l’identité de Cord.

Il serait toutefois inexact de présenter la L-29 comme la première automobile à traction avant de l’histoire. D’autres véhicules utilisant ce principe avaient déjà existé. Sa place historique tient plutôt au fait qu’elle compte parmi les premières automobiles américaines de tourisme à traction avant produites et commercialisées en quantité significative.

1932 : la Grande Dépression met fin à la première Cord

Le lancement de la L-29 intervient à un moment particulièrement défavorable. Quelques semaines après sa présentation, le krach boursier de 1929 ouvre une crise économique qui frappe durement le marché américain des voitures coûteuses. Cord se retrouve avec une automobile originale, mais proposée dans un segment que la Grande Dépression réduit brutalement.

Environ 5 010 exemplaires de la L-29 sont produits avant l’arrêt de la fabrication en 1932. Le modèle n’a donc pas le temps d’installer durablement la nouvelle marque. Après seulement quelques années d’existence, Cord disparaît des catalogues.

Cette interruption ne signifie cependant pas l’abandon de l’idée de la traction avant. Au sein d’Auburn, les ingénieurs continuent d’étudier la formule et cherchent notamment à corriger les limites rencontrées sur la L-29. Ces travaux prépareront une seconde génération de Cord beaucoup plus radicale.

1935 : la Cord 810 fait renaître la marque avec un dessin révolutionnaire

Le retour de Cord se prépare autour d’un projet initialement envisagé comme une automobile plus compacte pour Duesenberg. Sous la direction du designer Gordon Buehrig, ce programme évolue vers une voiture entièrement nouvelle. E. L. Cord décide finalement de la commercialiser sous son propre nom.

Dévoilée à la fin de 1935 pour le millésime 1936, la Cord 810 rompt visuellement avec les conventions américaines de l’époque. Son capot enveloppant à persiennes horizontales lui vaut rapidement une forte identité visuelle. Elle se distingue également par ses phares escamotables, l’absence de marchepieds traditionnels et une carrosserie très basse rendue possible par la traction avant.

La 810 ne constitue donc pas une simple évolution de la L-29. Elle représente une refondation de Cord autour d’une conception beaucoup plus moderne, mêlant innovation mécanique, architecture particulière et design aérodynamique. Son apparition provoque un vif intérêt dans les salons automobiles, au point que son style deviendra par la suite l’un des plus facilement reconnaissables de l’automobile américaine des années 1930.

1936 : les difficultés de mise au point fragilisent la Cord 810

Le spectaculaire accueil réservé à la 810 masque un problème majeur : la voiture est lancée alors que sa mise au point n’est pas totalement achevée. Le développement a été mené dans l’urgence afin de respecter le calendrier commercial, et les premières automobiles livrées rencontrent plusieurs défauts, notamment au niveau de la transmission et du fonctionnement du moteur dans certaines conditions.

Ces problèmes techniques interviennent alors qu’Auburn est déjà fragilisé par plusieurs années de crise économique. Son réseau de concessionnaires s’est réduit, ses moyens financiers sont limités et la clientèle des automobiles de prestige reste moins nombreuse qu’avant 1929. Cord doit donc résoudre simultanément des difficultés de production, de fiabilité et de commercialisation.

Cette situation explique en grande partie le paradoxe de la 810 : son dessin attire l’attention et contribue fortement à la réputation historique de la marque, mais son lancement précipité empêche ce succès d’image de se transformer en réussite industrielle durable.

1937 : la Cord 812 devient le dernier modèle du constructeur historique

Pour 1937, la 810 évolue en Cord 812. La voiture conserve l’essentiel de son architecture et de son style, tandis que certaines versions reçoivent un moteur suralimenté. Cette évolution ne suffit toutefois pas à redresser la situation financière des activités automobiles du groupe.

La même année, E. L. Cord cède ses intérêts dans la Cord Corporation à Victor Emanuel et à ses associés. Les nouveaux propriétaires choisissent de liquider les activités automobiles tout en conservant certains actifs industriels, notamment dans l’aéronautique. La production de la Cord 812 s’arrête durant l’été 1937.

Auburn Automobile Company ferme officiellement en novembre, puis se place sous la protection de la juridiction des faillites en décembre. La disparition de Cord n’est donc pas celle d’une société automobile autonome portant ce nom : Cord était une marque produite dans l’organisation industrielle d’Auburn, elle-même entraînée dans la fin des activités automobiles du groupe.

1938 : les actifs Cord survivent sans reprise de la production

Après l’arrêt des usines, les voitures déjà construites continuent naturellement de nécessiter entretien et pièces détachées. En 1938, Dallas E. Winslow acquiert une partie importante des stocks, outillages et installations liés aux anciennes activités Auburn et Cord. Une Auburn-Cord-Duesenberg Company est alors organisée afin de fournir des pièces et des services aux propriétaires.

Cette activité entretient la continuité patrimoniale des trois noms, mais elle ne marque pas le retour d’un constructeur automobile Cord. À partir de ce moment, l’histoire de la marque bascule essentiellement de la production de voitures neuves vers la conservation, l’entretien et la valorisation des automobiles existantes.

1960 : Glenn Pray relance le nom Cord sans recréer le constructeur d’origine

En 1960, l’entrepreneur américain Glenn Pray rachète l’Auburn-Cord-Duesenberg Company et les actifs associés. Il transfère l’activité dans l’Oklahoma et développe un commerce consacré aux pièces, à la restauration et à la préservation des modèles historiques.

Pray tente également de redonner une existence automobile au nom Cord. En 1964 apparaît la Cord 8/10, une voiture moderne dont le dessin reprend clairement les codes de la 810. Gordon Buehrig participe au projet, ce qui lui apporte une véritable continuité stylistique avec les Cord des années 1930.

La 8/10 reste toutefois une réalisation d’une société différente de celle qui produisait les Cord avant-guerre. Les projets ultérieurs utilisant le nom suivent la même logique : ils entretiennent la mémoire de la marque sans rétablir une production industrielle comparable à celle de 1929 à 1937.

2016 : de nouveaux projets de renaissance entretiennent le nom Cord

Au XXIe siècle, de nouvelles initiatives sont annoncées autour de la propriété du nom Cord et de la possibilité de produire des automobiles en très petite série. Ces projets témoignent de l’attrait que conservent la 810 et la 812 auprès des collectionneurs et des amateurs de design automobile, mais ils n’aboutissent pas à une renaissance durable du constructeur historique.

La marque Cord reste donc aujourd’hui principalement associée aux automobiles produites entre 1929 et 1937, ainsi qu’aux activités de restauration et de fourniture de pièces issues de la tradition Auburn-Cord-Duesenberg. Sa carrière industrielle fut exceptionnellement courte, mais deux choix ont suffi à lui donner une place durable dans l’histoire automobile américaine : l’adoption précoce de la traction avant avec la L-29 et la rupture stylistique incarnée par les 810 et 812.