
Auburn est une marque automobile américaine née à Auburn, dans l’Indiana, au début du XXe siècle, dans le prolongement d’une entreprise familiale de voitures hippomobiles fondée par Charles Eckhart. Constituée comme constructeur automobile en 1903, elle connaît une première période modeste avant d’être profondément transformée dans les années 1920 par l’entrepreneur Errett Lobban Cord. Auburn bâtit alors sa réputation sur des voitures élégantes, performantes et proposées à des prix plus accessibles que ceux du très haut de gamme. Son essor culmine au début des années 1930, avant que la Grande Dépression, les difficultés financières et les choix industriels du groupe Cord ne provoquent l’arrêt de la production des automobiles Auburn en 1936.
1874 : Charles Eckhart fonde l’entreprise à l’origine d’Auburn
L’histoire d’Auburn commence avant l’apparition de l’automobile. En 1874, Charles Eckhart fonde à Auburn, dans l’Indiana, l’Eckhart Carriage Company, spécialisée dans la construction de voitures hippomobiles. Comme plusieurs pionniers américains de l’automobile, la famille Eckhart dispose ainsi d’un savoir-faire dans la fabrication de véhicules, de carrosseries et de structures mécaniques avant de s’intéresser aux moteurs.
Au tournant du XXe siècle, ses fils Frank et Morris Eckhart participent au passage vers l’automobile. Des travaux et expérimentations sont menés dès 1900, date parfois retenue comme celle des débuts de la marque. Il faut toutefois distinguer ces premières activités de la naissance juridique de l’entreprise automobile elle-même : Auburn Automobile Company est officiellement constituée en 1903. La date exacte de fabrication de la toute première Auburn reste moins solidement documentée que cette incorporation.
1903 : Auburn Automobile Company devient un véritable constructeur
À partir de 1903, Auburn développe progressivement une activité automobile à part entière. Les premières années restent celles d’un constructeur régional de taille modeste, très éloigné des volumes atteints par les grandes entreprises qui structurent alors rapidement l’industrie américaine. La marque doit également composer avec les profondes transformations économiques provoquées par la Première Guerre mondiale.
L’ancienne activité de voitures hippomobiles est finalement liquidée en 1918. Auburn se concentre désormais entièrement sur l’automobile, mais sa situation financière demeure fragile. Les Eckhart ne disposent pas des moyens nécessaires pour engager seuls l’entreprise dans la nouvelle phase d’industrialisation qui s’impose aux constructeurs américains.
1919 : la famille Eckhart cède Auburn à des investisseurs
En 1919, les Eckhart vendent Auburn Automobile Company à un groupe d’investisseurs de Chicago. Ce changement de contrôle marque la fin de la période familiale, mais ne résout pas immédiatement les problèmes de l’entreprise. Malgré une réorganisation de la société, Auburn peine à trouver une position suffisamment forte sur un marché où les constructeurs les mieux capitalisés prennent rapidement l’avantage.
Au début des années 1920, le constructeur accumule notamment un important stock de voitures invendues. Cette situation prépare l’arrivée de l’homme qui va modifier en profondeur le destin d’Auburn : Errett Lobban Cord, plus connu sous le nom d’E. L. Cord.
1924 : E. L. Cord prend en main Auburn et relance ses ventes
E. L. Cord arrive chez Auburn en 1924 alors que plus de 700 automobiles invendues encombrent les stocks. Plutôt que de commencer par concevoir immédiatement une nouvelle voiture, il agit d’abord sur la présentation et la commercialisation des modèles existants. Des modifications esthétiques, des combinaisons de couleurs plus attractives et une politique commerciale plus dynamique permettent d’écouler progressivement ces voitures.
Le redressement est suffisamment rapide pour renforcer considérablement sa position dans l’entreprise. Cord en prend progressivement le contrôle et devient président d’Auburn Automobile Company en février 1926. Sous sa direction, la marque adopte une stratégie qui va caractériser ses meilleures années : proposer des automobiles au style spectaculaire et aux performances élevées tout en maintenant des tarifs inférieurs à ceux des constructeurs de prestige les plus exclusifs.
Cord ne limite pas ses ambitions à Auburn. En 1926, l’entreprise prend le contrôle de Duesenberg, qui doit occuper le sommet de son dispositif automobile. Elle acquiert ensuite le motoriste Lycoming. En 1929, ces intérêts et d’autres sociétés sont regroupés autour de la Cord Corporation. Il faut donc distinguer Auburn, qui reste une marque automobile spécifique, de Cord, autre marque automobile développée dans le même ensemble industriel.
1928 : les performances et le Speedster installent la nouvelle image d’Auburn
La transformation commerciale d’Auburn s’accompagne d’une volonté d’associer la marque à la vitesse. En 1928, une Auburn 115 établit douze records destinés aux voitures de série à Atlantic City. La même période voit apparaître dans la gamme le Speedster, dont la carrosserie sportive à poupe effilée devient progressivement l’une des signatures d’Auburn.
Ces performances ne constituent pas simplement un palmarès sportif. Elles servent directement la stratégie de la marque en donnant une preuve concrète de ses capacités mécaniques et en soutenant une communication fondée sur le rapport entre prix, style et performances. Auburn se forge ainsi une identité particulière face aux constructeurs américains de grande série comme Ford, General Motors ou Chrysler, dont les moyens industriels sont pourtant sans commune mesure avec les siens.
1931 : Auburn atteint son apogée commerciale
Le début des années 1930 correspond au sommet de la marque. Après une forte progression des ventes à la fin de la décennie précédente, Auburn renouvelle profondément sa gamme pour 1931. La 8-98, associée au travail stylistique d’Alan Leamy, illustre cette période durant laquelle l’entreprise parvient à proposer des carrosseries modernes et valorisantes tout en conservant des prix particulièrement compétitifs.
En 1931, Auburn devient le treizième constructeur automobile des États-Unis, sa meilleure position historique. Ce succès reste toutefois fragile. L’entreprise demeure indépendante face aux grands groupes capables de répartir leurs coûts de développement sur des volumes considérables. Surtout, la crise économique déclenchée après le krach de 1929 commence à peser lourdement sur la demande automobile américaine.
Auburn poursuit malgré tout une politique ambitieuse. En 1932, elle propose notamment des modèles à moteur V12 à des tarifs étonnamment contenus pour une mécanique de ce type. Cette audace illustre autant les ambitions techniques de la marque que les difficultés de sa stratégie : au moment où le marché se contracte, Auburn continue à développer des automobiles sophistiquées dont la rentabilité devient de plus en plus difficile à assurer.
1932 : la Grande Dépression fragilise durablement le constructeur
À partir de 1932, les comptes se détériorent rapidement. Auburn enregistre de lourdes pertes alors que les ventes reculent. La Grande Dépression joue un rôle central, mais elle n’explique pas à elle seule la disparition future de la marque. La concurrence des grands groupes américains, capables de produire à moindre coût, rend également la situation des constructeurs indépendants de plus en plus difficile.
Dans le même temps, les priorités de l’ensemble dirigé par E. L. Cord évoluent. Ses intérêts dans l’aviation prennent une importance croissante, tandis que l’activité automobile perd progressivement de son poids stratégique. Après 1933, la production automobile n’est plus assurée sur le site historique d’Auburn et se concentre à Connersville, dans l’Indiana.
Cette contraction industrielle intervient alors même que les voitures restent techniquement et esthétiquement ambitieuses. Auburn se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : son image demeure forte, mais les volumes commerciaux et les ressources financières nécessaires à sa survie s’érodent.
1935 : le 851 Speedster devient le dernier grand symbole d’Auburn
En 1935, Auburn tente un dernier renouvellement avec une gamme largement modernisée. Gordon Buehrig retravaille notamment le Speedster pour donner naissance à l’Auburn 851 Supercharged Speedster. Sa longue silhouette, son arrière effilé et son moteur huit cylindres suralimenté en font le modèle le plus étroitement associé aujourd’hui au nom Auburn.
La marque renforce encore son image de performance grâce au pilote Ab Jenkins. Des essais et records permettent de promouvoir les Speedster comme des automobiles capables de dépasser les 100 mph, soit environ 160 km/h, une performance remarquable pour une voiture de route américaine de cette époque. Il convient toutefois d’éviter la légende selon laquelle Jenkins aurait nécessairement conduit personnellement chaque exemplaire vendu : son rôle historique est avant tout lié aux essais de vitesse, aux records et à la certification utilisée dans la communication d’Auburn.
Le modèle évolue en 852 pour 1936, mais ce succès d’image ne suffit pas à inverser la situation financière. La production des voitures portant la marque Auburn s’arrête en 1936. Le Speedster devient ainsi moins le point de départ d’une nouvelle période que le dernier grand accomplissement automobile du constructeur.
1937 : Auburn Automobile Company cesse définitivement son activité automobile
L’arrêt des modèles Auburn ne signifie pas que la société disparaît immédiatement. En 1937, ses installations continuent notamment à participer à la fabrication des dernières Cord 812. Mais le groupe se désengage désormais de l’automobile et privilégie ses activités aéronautiques. Auburn Automobile Company ferme officiellement en novembre 1937, puis se place sous la protection du tribunal des faillites en décembre.
Une partie des actifs, des stocks de pièces et de l’activité d’entretien est reprise en 1938 par Dallas E. Winslow, qui crée une société utilisant les noms Auburn, Cord et Duesenberg. Cette structure assure notamment la fourniture de pièces et l’entretien des voitures survivantes, mais elle ne constitue pas une relance du constructeur Auburn d’origine. À partir de 1960, Glenn Pray reprend à son tour cette activité et développe plus tard des automobiles inspirées des modèles historiques, notamment des Speedster de reproduction.
Auburn n’est donc jamais redevenue un constructeur automobile de série après les années 1930. Le nom subsiste principalement à travers les voitures de collection, les spécialistes de la restauration et l’Auburn Cord Duesenberg Automobile Museum, installé dans l’ancien bâtiment administratif du constructeur à Auburn, dans l’Indiana. La marque reste ainsi attachée à une période relativement courte de l’histoire automobile américaine, dominée par l’ascension spectaculaire orchestrée par E. L. Cord puis par les Speedster qui ont accompagné ses dernières années.
Découvrez d'autres marques automobiles du même pays





