
L’histoire de Datsun commence bien avant l’apparition de ce nom. Ses origines remontent à 1911, lorsque l’ingénieur Masujiro Hashimoto fonde à Tokyo un atelier automobile qui donnera naissance quelques années plus tard à la DAT. Devenue Datsun au début des années 1930 puis intégrée à Nissan, la marque accompagne l’industrialisation de l’automobile japonaise avant de connaître un important succès international grâce à des modèles comme la Bluebird 510 et la 240Z. Son nom disparaît progressivement dans les années 1980, revient en 2012 pour des marchés émergents, puis cesse une nouvelle fois d’être utilisé sur des voitures neuves en 2022.
1911 : Masujiro Hashimoto pose les bases de la future Datsun
En 1911, Masujiro Hashimoto fonde Kwaishinsha Motor Car Works à Hiroo, dans la région de Tokyo. L’industrie automobile japonaise en est alors à ses débuts et les véhicules étrangers occupent encore une place dominante. Hashimoto fait partie des pionniers qui cherchent à développer une production nationale capable de répondre progressivement aux besoins du marché japonais.
En 1914, son entreprise présente une automobile baptisée DAT. Ce nom est formé à partir des initiales de trois investisseurs associés au projet, Kenjiro Den, Rokuro Aoyama et Meitaro Takeuchi. Cette première DAT ne constitue pas encore une Datsun au sens strict, mais elle donne à la future marque son identité et établit une filiation directe entre les débuts artisanaux de l’automobile japonaise et les voitures qui porteront ensuite le nom Datsun.
1932 : le nom Datsun remplace DATSON
Au fil des réorganisations industrielles des années 1920, l’activité issue de Kwaishinsha est intégrée à différentes sociétés avant de former DAT Jidosha Seizo. Au début des années 1930, cette entreprise travaille sur une automobile de petit format destinée à élargir l’accès à la voiture particulière. Le modèle reçoit d’abord le nom DATSON, compris comme « le fils de DAT ».
Cette appellation est rapidement modifiée. Le terme japonais associé à « son » peut évoquer la perte ou le désavantage, une connotation jugée peu favorable pour un produit commercial. Le suffixe est donc remplacé par « sun », ce qui donne Datsun. Le nom commence à être utilisé commercialement en 1932. La référence au soleil apporte en outre une association positive, mais l’explication historique repose d’abord sur ce changement de DATSON vers Datsun.
1934 : Datsun entre dans l’ensemble industriel qui devient Nissan
La transformation décisive intervient lorsque DAT Jidosha Seizo passe sous l’influence de Tobata Casting, société dirigée par l’industriel Yoshisuke Aikawa. À la fin de 1933, Aikawa participe à la création de Jidosha Seizo, une entreprise destinée à structurer une production automobile beaucoup plus ambitieuse. En juin 1934, cette société prend le nom de Nissan Motor Co., Ltd.
Il serait donc réducteur de présenter cette étape comme un simple « rachat de Datsun par Nissan ». Datsun devient plutôt la marque automobile d’un ensemble industriel en pleine constitution. Cette organisation permet de passer progressivement d’une production encore limitée à une fabrication moderne à plus grande échelle. En 1935, la Datsun Model 14 sort de l’usine de Yokohama dans le cadre d’un système de production intégré. Elle symbolise le moment où Datsun s’inscrit pleinement dans l’industrialisation automobile japonaise. Les premières exportations engagées dès le milieu des années 1930 montrent également que Nissan envisage déjà un avenir au-delà du seul marché intérieur.
1947 : Datsun redémarre après l’interruption de la guerre
La Seconde Guerre mondiale bouleverse profondément l’activité automobile japonaise. La production de voitures particulières est interrompue et les capacités industrielles sont réorientées vers les besoins de guerre. Datsun ne disparaît pas juridiquement pour autant, mais son développement commercial est temporairement stoppé.
Après 1945, Nissan remet progressivement en route ses activités civiles. Les ventes de véhicules Datsun reprennent et, en 1947, la Datsun DA marque le retour d’une voiture particulière portant ce nom. Ce redémarrage est essentiel, car le Japon entre alors dans une période de reconstruction qui pousse ses constructeurs à moderniser leurs méthodes de conception et de production. Pour Datsun, l’enjeu n’est plus seulement de retrouver son niveau d’avant-guerre, mais de rattraper rapidement les standards techniques internationaux.
1952 : l’accord avec Austin accélère la modernisation de Datsun
En 1952, Nissan conclut un accord de coopération technique avec le constructeur britannique Austin. Cette collaboration joue un rôle important dans la montée en compétence de l’entreprise japonaise, qui peut produire des Austin sous licence tout en assimilant des techniques de fabrication et de conception plus modernes.
Cette période débouche notamment sur la Datsun 110, lancée en 1955 et considérée comme l’une des premières voitures particulières réellement nouvelles développées par Nissan après la guerre. Plus aboutie que les modèles de reconstruction, elle prépare la génération suivante de Datsun destinées aussi bien au Japon qu’à l’exportation. La marque commence alors à passer du statut de constructeur essentiellement national à celui d’acteur capable de rivaliser sur des marchés étrangers.
1958 : les exportations et la compétition ouvrent Datsun au monde
L’année 1958 constitue un tournant dans l’internationalisation de la marque. Nissan commence à exporter des voitures particulières Datsun vers les États-Unis, marché qui deviendra rapidement essentiel à son développement. La même année, une Datsun 210 obtient un résultat marquant au Mobilgas Trial en Australie en remportant sa catégorie. Cet engagement en compétition n’a pas seulement une valeur sportive : il contribue à démontrer la robustesse et l’endurance de voitures japonaises encore peu connues hors de leur pays d’origine.
En 1959, la Bluebird prolonge cette dynamique avec une berline conçue pour répondre aux attentes d’une clientèle plus large. Nissan crée ensuite une filiale américaine en 1960 afin de structurer son développement commercial aux États-Unis. Pendant les années suivantes, le nom Datsun devient progressivement familier sur plusieurs marchés étrangers, tandis que le constructeur développe des voitures compactes, accessibles et adaptées aux besoins d’une clientèle de plus en plus nombreuse.
1967 : la Bluebird 510 et la 240Z installent Datsun parmi les grandes marques exportatrices
La Datsun Bluebird 510, lancée en 1967, représente l’un des modèles les plus importants de cette phase d’expansion. Sa conception moderne, son comportement routier et son positionnement commercial lui permettent de rencontrer un large succès international. Plus de 1,55 million d’exemplaires sont vendus dans le monde en cinq ans. En 1970, une 510 remporte le Safari Rally, résultat particulièrement valorisant pour une marque qui cherche encore à affirmer sa crédibilité face aux constructeurs européens et américains.
Deux ans après la 510, Nissan lance la Fairlady Z au Japon, commercialisée notamment sous le nom Datsun 240Z sur les marchés d’exportation. Apparue en 1969, cette voiture de sport change l’image de Datsun. La marque n’est plus seulement associée à des berlines compactes et rationnelles, elle peut également proposer un coupé performant et attractif à un prix compétitif. La première génération de la famille Z dépasse les 520 000 exemplaires vendus dans le monde, tandis que ses succès au Safari Rally au début des années 1970 renforcent encore sa réputation.
Cette période correspond à l’apogée internationale du nom Datsun. Aux États-Unis en particulier, les ventes progressent fortement et Nissan devient en 1975 le premier importateur automobile du pays. La marque bénéficie alors d’une identité suffisamment forte pour être reconnue indépendamment du nom de l’entreprise qui la produit.
1981 : Nissan décide d’abandonner progressivement le nom Datsun
Cette dualité entre le nom de l’entreprise et celui de ses voitures finit cependant par devenir un problème stratégique. En juillet 1981, Nissan annonce sa volonté d’utiliser progressivement un nom de marque mondial unique sur ses marchés étrangers. Le constructeur souhaite que les véhicules vendus dans le monde portent directement son nom plutôt que celui de Datsun.
Le changement ne se produit pas en une seule année. Au début des années 1980, certains modèles arborent simultanément les logos Datsun et Nissan afin d’habituer la clientèle à la nouvelle identité. Aux États-Unis, cette phase de transition est particulièrement visible à partir de 1983, tandis que le nom Datsun reste encore utilisé sur certains véhicules et certains marchés pendant plusieurs années. Au milieu des années 1980, la transition est pratiquement achevée.
Datsun ne fait donc ni faillite ni l’objet d’une disparition provoquée par un rachat. Son retrait résulte d’une décision de Nissan visant à unifier sa communication mondiale. Le constructeur conserve la propriété du nom, mais cesse de l’utiliser comme marque automobile principale pendant plus d’un quart de siècle.
2012 : Nissan ressuscite Datsun pour les marchés automobiles émergents
En mars 2012, Nissan annonce le retour de Datsun. Cette renaissance ne cherche toutefois pas à recréer la marque sportive et exportatrice des années 1960 et 1970. Le nouveau Datsun reçoit une mission différente : proposer des automobiles simples et accessibles dans des pays où une nouvelle clientèle accède alors à la voiture neuve.
Le Datsun GO, présenté en 2013 puis commercialisé en Inde en 2014, devient le premier modèle de cette nouvelle période. Nissan positionne alors Datsun comme une marque distincte aux côtés de Nissan et d’Infiniti, avec une présence notamment en Inde, en Indonésie, en Russie et sur quelques autres marchés. Le choix du nom s’appuie sur sa notoriété historique, mais cette seconde vie repose sur des véhicules d’entrée de gamme conçus pour répondre à des contraintes économiques très différentes de celles qui avaient fait le succès de la 510 ou de la 240Z.
2022 : l’arrêt de la production referme la seconde période Datsun
La relance ne parvient pas à installer durablement Datsun dans le portefeuille mondial de Nissan. Le constructeur réduit progressivement sa présence, avec l’arrêt de la production dans plusieurs pays. L’Inde devient le dernier marché où des voitures Datsun continuent d’être fabriquées.
En avril 2022, Nissan confirme l’arrêt de la production de la Datsun redi-GO dans l’usine de Chennai, ce qui met un terme à la fabrication de véhicules neufs sous cette marque. Le constructeur maintient alors le service après-vente et la fourniture de pièces pour les propriétaires existants. En 2026, Datsun ne figure plus parmi les marques automobiles actives présentées par Nissan. Le nom demeure la propriété du groupe et reste associé à une histoire importante de l’automobile japonaise, mais Datsun est actuellement une marque inactive, après une première disparition progressive dans les années 1980 et une seconde période commerciale entre 2012 et 2022.
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