Histoire de la marque Donnet-Zédel

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Donnet-Zédel occupe une place singulière dans l’histoire automobile française, car ses origines réunissent deux trajectoires d’abord indépendantes. D’un côté, Zédel naît à la fin du XIXe siècle autour du mécanicien suisse Ernest Zürcher, avant de devenir constructeur automobile à Pontarlier. De l’autre, Jérôme Donnet bâtit son expérience industrielle dans l’aviation pendant la Première Guerre mondiale. Leur rapprochement en 1919 donne naissance à une entreprise qui connaît une croissance rapide dans les années 1920, portée notamment par la Donnet-Zédel Type G, avant de miser sur une production de grande série à Nanterre. Cette expansion permet à Donnet de rejoindre les principaux constructeurs français, mais les investissements industriels et la crise du début des années 1930 conduisent finalement à sa disparition.

1896 : Ernest Zürcher pose les premières bases de Zédel en Suisse

L’histoire commence à Neuchâtel, en Suisse, où Ernest Zürcher ouvre en 1896 un atelier de mécanique. Il se tourne rapidement vers la fabrication de petits moteurs destinés notamment aux motocyclettes, un secteur alors en plein développement. En 1901, il s’associe avec le mécanicien Hermann Lüthi au sein de Zürcher-Lüthi & Cie.

Le nom Zédel est issu de cette première période. Il reprend phonétiquement les initiales « ZL » de Zürcher et Lüthi. À ce stade, l’entreprise n’est donc pas encore un constructeur automobile au sens classique du terme. Son activité repose avant tout sur les moteurs, mais les compétences mécaniques développées durant ces années formeront la base technique des futures automobiles Zédel.

1902 : Zédel s’implante en France et prépare son passage à l’automobile

Le développement de l’entreprise se heurte rapidement aux droits de douane qui compliquent l’exportation de ses moteurs vers le marché français. Pour conserver un accès compétitif à la France, Zürcher décide d’y implanter une activité industrielle. Le choix se porte sur Pontarlier, dans le Doubs, à proximité immédiate de la frontière suisse.

Des terrains sont acquis en 1903 et une importante usine est inaugurée à Pontarlier le 5 novembre 1905. Elle emploie alors environ 130 ouvriers. Cette implantation constitue un tournant décisif : Zédel ne se contente plus d’expédier des produits depuis la Suisse, mais développe désormais une véritable base industrielle française.

La trajectoire personnelle d’Ernest Zürcher au sein de l’entreprise s’interrompt cependant peu après. Écarté en 1906, il laisse une société qui va progressivement abandonner son statut de simple motoriste pour se lancer dans la construction de voitures complètes.

1907 : le Type B fait de Zédel un constructeur automobile

En 1907, Zédel produit à Pontarlier son premier modèle automobile, le Type B. Environ 97 exemplaires sont fabriqués cette première année. L’importance du modèle tient moins à son volume qu’au changement d’activité qu’il représente : Zédel devient désormais un constructeur d’automobiles à part entière.

Sous la direction de Samuel Graf, la gamme s’élargit ensuite autour de différentes voitures à moteur quatre cylindres. L’usine de Pontarlier grandit avec cette activité et compte 278 salariés en 1912. À la veille de la Première Guerre mondiale, Zédel a donc dépassé ses origines de fabricant de moteurs et dispose d’un véritable outil de production automobile.

La guerre interrompt cette progression. En 1914, la fabrication de voitures cesse et l’usine est mobilisée pour les besoins militaires, notamment pour la production d’obus. Cette rupture fragilise l’entreprise et prépare indirectement le changement de propriétaire qui interviendra après le conflit.

1915 : Jérôme Donnet construit sa réussite dans l’hydraviation

Alors que Zédel traverse la guerre comme entreprise réquisitionnée, Jérôme Donnet suit une trajectoire différente. Entrepreneur déjà engagé dans l’aéronautique, il s’associe en 1915 à l’ingénieur François Denhaut pour développer les établissements Donnet-Denhaut à Neuilly-sur-Seine.

L’entreprise se spécialise dans les hydravions et bénéficie des besoins militaires liés au conflit. Les appareils Donnet-Denhaut sont notamment employés par l’aviation maritime française. Cette période est importante dans l’histoire automobile de Donnet-Zédel, non pour les avions eux-mêmes, mais parce qu’elle donne à Jérôme Donnet une expérience de l’organisation industrielle ainsi que les moyens nécessaires pour envisager une reconversion après l’armistice.

1919 : Jérôme Donnet rachète Zédel et relance la production

Après la Première Guerre mondiale, le marché aéronautique militaire se contracte fortement. Jérôme Donnet choisit alors de se tourner vers l’automobile. En 1919, il reprend l’entreprise Zédel de Pontarlier et une nouvelle structure, la Société française des Moteurs et Automobiles Zedel, est créée en décembre de la même année.

Il ne s’agit donc pas de la création immédiate d’une marque entièrement nouvelle. Donnet acquiert un constructeur existant, son usine, son expérience mécanique et sa gamme. La production reprend progressivement à Pontarlier, avec seulement quelques dizaines d’automobiles assemblées chaque mois au début des années 1920. Les modèles tels que les C15 et C16 accompagnent cette remise en marche.

Cette période constitue une phase de transition. Donnet exploite d’abord l’héritage technique de Zédel, mais son ambition dépasse rapidement la production relativement limitée du site de Pontarlier. Son objectif est de faire évoluer l’entreprise vers une organisation capable de produire des automobiles à plus grande échelle.

1924 : Donnet-Zédel s’affirme avec le Type G

En 1924, la transformation devient visible jusque dans la structure de l’entreprise : la société prend le nom de Société française des Automobiles Donnet-Zedel. C’est à cette période que l’appellation Donnet-Zédel prend réellement tout son sens, en associant le nom du nouveau propriétaire à celui du constructeur qu’il avait repris cinq ans auparavant.

La même année apparaît le Type G, le modèle qui représente le mieux la montée en puissance de la marque. Cette petite automobile à moteur quatre cylindres d’environ 1,1 litre vise une clientèle plus large que les voitures plus coûteuses produites jusque-là. Sa conception et son positionnement correspondent à l’évolution du marché français vers des automobiles plus accessibles et fabriquées en séries croissantes.

Le Type G joue un rôle essentiel dans l’expansion de l’entreprise. Il ne s’agit pas simplement d’un modèle supplémentaire : il accompagne le passage de Donnet-Zédel vers une logique industrielle beaucoup plus ambitieuse. Cette stratégie porte ses fruits puisque Donnet atteint en 1927, selon l’Inventaire général du patrimoine, le rang de cinquième constructeur automobile français. Certaines sources secondaires lui attribuent une quatrième place, mais la cinquième position constitue la donnée institutionnelle la mieux établie.

1926 : le nom Donnet s’impose et l’entreprise mise sur Nanterre

À partir de 1926, l’appellation Zédel commence à s’effacer des voitures au profit du seul nom Donnet. Il faut toutefois distinguer l’évolution commerciale de la marque et les modifications juridiques de la société, certaines sources datant plus tardivement le changement officiel de raison sociale. L’essentiel est que, dans la seconde moitié des années 1920, Donnet cherche de plus en plus à construire sa propre identité industrielle.

Cette ambition se traduit surtout par la concentration de la production en région parisienne. Donnet reprend des installations à Nanterre qui avaient appartenu à Vinot & Deguingand et développe sur ce site une usine destinée à réunir des opérations jusque-là dispersées entre plusieurs établissements. Le nouvel ensemble industriel, inauguré en 1928, doit permettre une fabrication plus rationnelle et mieux adaptée aux volumes envisagés.

Ce choix correspond au sommet de l’expansion de l’entreprise. Mais il nécessite également des investissements considérables. Dans le même temps, l’ancien berceau de Pontarlier perd progressivement son rôle. L’usine cesse son activité automobile à la fin de 1929, alors qu’elle emploie encore près d’un millier de personnes. Donnet dispose désormais d’un outil moderne à Nanterre, mais cette modernisation intervient au moment où l’environnement économique se dégrade brutalement.

1929 : la crise économique fragilise le pari de la grande série

La crise ouverte à partir de 1929 modifie profondément le marché automobile. Les constructeurs capables de produire à très grande échelle disposent d’un avantage croissant, tandis que les entreprises de taille intermédiaire doivent financer le renouvellement de leurs modèles tout en supportant des coûts industriels élevés.

Donnet se trouve particulièrement exposé. La marque continue de proposer différentes automobiles, y compris des modèles à six cylindres, mais peine à renouveler suffisamment sa gamme face aux grands constructeurs français. L’usine moderne de Nanterre, conçue pour soutenir la croissance, représente désormais une charge financière lourde dans un marché devenu beaucoup plus difficile.

L’entreprise tente encore d’explorer de nouvelles solutions techniques. Au début des années 1930, un projet de voiture à traction avant est notamment étudié avec l’ingénieur Jean-Albert Grégoire. Il ne dépasse cependant pas le stade du prototype et ne peut inverser la situation. Contrairement à d’autres constructeurs de la période, Donnet ne bâtit pas non plus son identité sur un programme sportif majeur : son histoire repose avant tout sur son développement industriel et ses voitures de série.

1934 : la faillite de Donnet met fin à l’aventure industrielle

Les difficultés deviennent finalement insurmontables. À la fin de 1934, Donnet cesse sa production et l’entreprise entre en liquidation. Moins de dix ans après avoir rejoint les premiers rangs de l’industrie automobile française, le constructeur disparaît, victime à la fois d’un marché profondément transformé, de ressources financières insuffisantes pour renouveler sa gamme et du poids de ses investissements industriels.

L’usine de Nanterre ne disparaît pourtant pas avec la marque. Elle est reprise dans le cadre du développement de Simca, constructeur créé avec l’appui de Fiat et dirigé par Henri Pigozzi. Selon les sources et les opérations administratives retenues, cette transition est située entre 1934 et 1935. Il s’agit toutefois d’une continuité du site industriel, et non d’une continuation de Donnet-Zédel sous un autre nom.

La marque Donnet-Zédel n’a ensuite connu aucune relance industrielle durable. Elle appartient aujourd’hui à l’histoire de l’automobile ancienne et subsiste principalement à travers les véhicules conservés dans des collections, les archives et le patrimoine industriel lié à Pontarlier et Nanterre. Son parcours reste celui d’un constructeur né de la rencontre entre une entreprise mécanique franco-suisse et un industriel issu de l’aéronautique, devenu en quelques années l’un des acteurs importants de l’automobile française avant de disparaître dans la crise des années 1930.