Histoire de la marque Erad

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ERAD est une marque française de petites automobiles et de voitures sans permis née dans le Nord autour de Daniel Renard. Issue d’une activité artisanale développée près de Douai à la fin des années 1960, elle devient dans les années 1970 un véritable constructeur installé à Aniche. Sa réputation repose d’abord sur la très compacte Capucine, avant que la gamme ne s’élargisse aux véhicules utilitaires, à des modèles plus modernes et même à des versions électriques. Après plus de vingt ans d’activité, ERAD change de mains à la fin des années 1990. La marque disparaît ensuite progressivement, tandis qu’une autre entreprise fondée par Daniel Renard, SECMA, poursuit une histoire automobile distincte à Aniche.

1967 : Daniel Renard pose les bases du futur constructeur près de Douai

L’histoire d’ERAD commence avant la création officielle de la marque. En 1967, Daniel Renard ouvre un petit garage à Douai. Passionné par la construction automobile légère, il développe parallèlement une minuscule voiture utilisant une mécanique très simple, adaptée à un véhicule de faible poids. Cette première réalisation reste encore éloignée d’une production industrielle, mais elle contient déjà l’idée qui guidera ERAD : proposer un moyen de déplacement extrêmement compact, économique et accessible.

Le projet prend forme dans un contexte particulier. Le bassin minier du Nord connaît alors de profondes transformations économiques et cherche de nouvelles activités industrielles. Cette implantation locale aura son importance lorsque l’entreprise devra passer de l’atelier à une production plus organisée. Daniel Renard ne cherche pas à concurrencer les grands constructeurs généralistes. Il se positionne sur le marché beaucoup plus spécialisé de la voiturette, qui dispose de ses propres contraintes réglementaires et techniques.

1974 : la création d’ERAD transforme le projet artisanal en entreprise

Selon l’histoire officielle aujourd’hui rapportée par SECMA, Daniel Renard fonde ERAD en 1974. Certaines sources automobiles retiennent toutefois 1975, ce qui impose de conserver une légère prudence sur la date administrative exacte. Le nom ERAD est généralement développé comme « Études et Réalisations du Douaisis », une appellation qui rappelle directement l’ancrage géographique de l’entreprise.

La création de la société marque un changement d’échelle. Le véhicule léger imaginé par Renard n’est plus seulement une réalisation personnelle : il doit désormais être fabriqué, vendu et développé comme un produit automobile. ERAD trouve sa place dans un secteur français de la voiture sans permis encore composé de constructeurs de taille modeste, capables d’expérimenter rapidement des solutions simples et peu coûteuses.

1978 : la Capucine fait entrer ERAD dans la production en série

Le véritable décollage industriel intervient à la fin des années 1970 avec la Capucine. Cette petite voiturette devient le modèle fondateur de l’identité ERAD. Très compacte et volontairement simple, elle répond au besoin d’un véhicule urbain léger ne recherchant ni les performances ni le niveau d’équipement d’une automobile conventionnelle.

La croissance oblige rapidement l’entreprise à disposer de davantage d’espace. ERAD s’installe à Aniche, dans le Nord, où son développement s’inscrit aussi dans les efforts de reconversion industrielle du bassin minier. La SOFIREM, structure liée aux Charbonnages et chargée de soutenir de nouvelles activités économiques dans les anciennes régions minières, participe à cette phase de développement selon les récits historiques disponibles.

Les volumes atteints montrent que la Capucine ne reste pas un produit confidentiel. Environ 2 400 véhicules sont produits en 1979, puis quelque 2 640 en 1980. Ces chiffres suffisent à mesurer le changement : en quelques années, le projet né dans un garage est devenu une petite activité industrielle automobile employant plus d’une centaine de personnes.

1982 : la Midget révèle une facette plus originale d’ERAD

Au début des années 1980, ERAD ne se contente plus de faire évoluer sa voiturette principale. La marque diversifie progressivement ses réalisations et explore des véhicules plus originaux. La Midget, présente au catalogue en 1982, en est l’exemple le plus marquant. Ce petit roadster reprend l’esprit esthétique des MG d’avant-guerre et montre que Daniel Renard s’intéresse aussi à une automobile légère conçue pour le plaisir et l’image.

La Midget reste secondaire par rapport aux modèles destinés à la mobilité quotidienne, mais elle mérite une place dans l’histoire de la marque parce qu’elle illustre sa capacité à sortir du cadre strict de la voiture sans permis fonctionnelle. Parallèlement, ERAD développe des dérivés utilitaires et multiplie les solutions mécaniques adaptées aux usages de ses clients. Cette diversification permet à l’entreprise de ne plus dépendre d’un seul concept de carrosserie.

1991 : ERAD expérimente l’électrique et renouvelle sa gamme

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, ERAD cherche à moderniser ses véhicules. Des modèles comme le Junior puis le Spacia rompent progressivement avec l’aspect très rudimentaire des premières voiturettes. Leur style et leur conception témoignent de l’évolution générale du marché, sur lequel les clients attendent désormais des véhicules légers plus proches, dans leur présentation, d’une petite automobile traditionnelle.

ERAD travaille également sur la propulsion électrique. Un catalogue de 1991 atteste notamment l’existence d’un Utilit 460 électrique, tandis que le Spacia est lui aussi proposé avec ce type de motorisation. Il ne s’agit pas de présenter ERAD comme un inventeur de la voiture électrique, technologie bien antérieure, mais cette démarche révèle une volonté réelle d’expérimenter une solution alors encore très marginale dans l’automobile de série.

Cette période voit aussi apparaître l’Agora, présenté au début des années 1990. Avec le Spacia, il fait partie des modèles qui caractérisent la dernière phase d’ERAD comme constructeur indépendant. La marque tente ainsi de conserver sa place en modernisant ses produits plutôt qu’en restant attachée à la formule de la Capucine des débuts.

1995 : Daniel Renard crée SECMA avant la fin d’ERAD

En 1995, Daniel Renard fonde SECMA à Aniche. Cette étape est importante pour comprendre la suite sans confondre les deux entreprises. SECMA n’est pas simplement le nouveau nom d’ERAD : il s’agit d’une société distincte, créée alors qu’ERAD existe encore. Daniel Renard ouvre ainsi une nouvelle trajectoire industrielle centrée sur les véhicules légers, qui se développera indépendamment de la destinée juridique d’ERAD.

Cette distinction évite une erreur fréquente dans le récit de la marque. L’expérience acquise avec ERAD, son implantation à Aniche et le savoir-faire de son fondateur créent bien une continuité humaine et technique, mais les sociétés ne doivent pas être assimilées. La fin d’ERAD se déroule dans un autre cadre, celui de sa reprise par une nouvelle entreprise.

1997 : le rachat par SAVEL met fin à l’ERAD indépendante

ERAD connaît des difficultés au cours des années 1990 et perd finalement son indépendance en 1997. Son activité est reprise par Véhicules Européens Légers, plus connue sous le nom de SAVEL, société créée cette même année. Ce changement constitue le principal tournant capitalistique de l’histoire de la marque.

La reprise ne provoque toutefois pas une disparition immédiate de tout ce qui porte le nom ERAD. SAVEL continue un temps à commercialiser des véhicules issus de la gamme existante. Des catalogues de 1998 montrent notamment des Agora et Spacia sous la nouvelle structure. SAVEL dépose également la marque « erad » en 1998, et le nom reste utilisé dans certains documents d’homologation. La rupture de 1997 doit donc être comprise comme la fin d’ERAD en tant que constructeur indépendant, suivie d’une courte période de continuité commerciale.

Cette phase ne débouche pas sur une véritable renaissance de la marque. SAVEL développe également ses propres modèles et l’identité ERAD s’efface progressivement. La société qui avait construit son succès autour de la Capucine dans les années 1970 ne retrouve plus son autonomie.

2001 : l’arrêt de la production chez SAVEL achève l’histoire industrielle d’ERAD

Le dernier établissement de SAVEL recensé pour une activité de construction automobile à Masny cesse son activité le 25 décembre 2001. Cette date constitue le repère le plus pertinent pour situer la fin de la continuité industrielle issue d’ERAD. Les procédures juridiques se prolongent ensuite plusieurs années : un jugement de clôture pour insuffisance d’actif intervient en janvier 2008, tandis que la marque « erad » déposée par SAVEL arrive à expiration la même année.

ERAD n’existe donc plus aujourd’hui comme constructeur automobile actif. Son parcours reste toutefois associé à une période importante du développement français des voitures sans permis, depuis les réalisations artisanales de Daniel Renard jusqu’à une production de plusieurs milliers de véhicules par an, puis aux expérimentations électriques du début des années 1990. La continuité la plus directe du parcours de son fondateur se trouve désormais chez SECMA, toujours implantée à Aniche, mais juridiquement et historiquement distincte de l’ancienne ERAD.