
SECMA est un petit constructeur automobile français fondé en 1995 par Daniel Renard, après deux décennies d’expérience dans les véhicules légers. Implantée dans le Nord, la marque s’est d’abord spécialisée dans les tricycles, quadricycles et engins de loisirs avant de se réorienter vers de véritables voitures de sport homologuées. Son histoire est surtout marquée par le lancement du F16 en 2008, la reconstruction de son usine après un incendie dévastateur en 2009, puis le développement de modèles toujours plus performants sans abandonner une production artisanale en petite série.
1974 : Daniel Renard acquiert son expérience avec ERAD
L’histoire de SECMA commence avant la naissance officielle de la marque. Au milieu des années 1970, Daniel Renard crée dans le Douaisis ERAD, pour Études et Réalisations du Douaisis. SECMA fait aujourd’hui remonter cette aventure à 1974, tandis que certaines sources historiques retiennent 1975. Cette légère divergence de date ne change pas l’essentiel : pendant environ vingt ans, Daniel Renard développe son savoir-faire dans la conception et la fabrication de petites automobiles, notamment des voitures sans permis.
Cette période constitue la véritable matrice industrielle de SECMA. Daniel Renard y apprend à concevoir des véhicules simples, légers et peu coûteux à produire, en combinant des structures fabriquées en petite série avec des organes mécaniques provenant de fournisseurs établis. Il acquiert également une expérience particulière des marchés de niche, très éloignés de la production automobile de masse.
Il est cependant important de distinguer les deux entreprises. SECMA n’est pas une nouvelle appellation d’ERAD et ne doit pas être présentée comme une marque fondée en 1974 ou 1975. ERAD constitue l’expérience antérieure de son fondateur. SECMA naît juridiquement vingt ans plus tard comme une société distincte.
1995 : Daniel Renard fonde SECMA et revient au véhicule léger
Daniel Renard crée SECMA en 1995. Les données administratives font débuter l’entreprise le 20 novembre de cette année, tandis que son immatriculation intervient au début de 1996. Sa dénomination légale, Société d’Étude et de Construction Mécanique Automobile, résume son ambition : concevoir et construire ses propres véhicules en conservant une structure industrielle volontairement légère.
Les premiers établissements sont déclarés à Denain avant l’installation durable du constructeur à Aniche à partir de 1997. Cette précision permet d’éviter une confusion fréquente, car SECMA est aujourd’hui étroitement associée à Aniche, mais la société n’y a pas été juridiquement créée.
Le premier SECMA emblématique est le Fun Tech, un petit véhicule volontairement rudimentaire autour duquel la marque développe progressivement plusieurs engins de loisirs. Tricycles, quadricycles, buggys et véhicules adaptés à différents usages forment alors l’essentiel de son activité. SECMA ne cherche pas encore à rivaliser avec un constructeur automobile traditionnel : son modèle économique repose sur de faibles volumes, une fabrication largement réalisée en interne et des véhicules simples destinés à des marchés très spécialisés.
Cette première décennie installe les méthodes qui resteront caractéristiques de l’entreprise. À Aniche, SECMA maîtrise notamment la fabrication des châssis et différentes opérations d’usinage ou de thermoformage, tout en utilisant certains composants éprouvés provenant de l’industrie automobile de grande série. Cette organisation permet à une petite structure de développer ses propres véhicules sans devoir produire tous leurs organes mécaniques.
2008 : le F16 fait entrer SECMA dans l’automobile sportive
Le lancement du F16 en 2008 constitue le tournant majeur de l’histoire de SECMA. Jusqu’alors connue surtout pour ses véhicules légers et ses engins de loisirs, l’entreprise propose pour la première fois un modèle homologué dans la catégorie automobile. Le constructeur change ainsi de marché et, progressivement, d’image.
Le F16 reste fidèle à la culture technique développée depuis les années ERAD : structure simple, masse contenue et recours à des composants mécaniques de grande série. Son moteur d’origine Renault, placé en position centrale arrière, permet à SECMA de proposer une voiture sportive sans entrer dans la complexité industrielle d’un moteur développé spécifiquement. L’intérêt historique du modèle tient donc moins à ses chiffres de performances qu’à sa conception : le constructeur privilégie le rapport poids-puissance et les sensations plutôt qu’une course à la puissance.
Le F16 modifie durablement le positionnement de l’entreprise. SECMA n’est plus seulement identifié comme un fabricant de quadricycles ou de buggys, mais comme l’un des rares petits constructeurs français encore capables de produire une voiture de sport originale sous leur propre marque. Le modèle devient également la base technique sur laquelle l’entreprise développera une part importante de sa gamme future.
2009 : l’incendie de l’usine d’Aniche menace la survie de SECMA
À peine un an après le lancement du F16, SECMA affronte la crise la plus grave de son histoire. Le 27 mai 2009, un incendie ravage l’usine d’Aniche. Une grande partie du site et de l’outil de production est détruite. Pour une entreprise artisanale dont la fabrication repose sur un atelier unique et des moyens industriels limités, le sinistre menace directement la poursuite de l’activité.
L’événement intervient à un moment particulièrement sensible : le F16 vient d’ouvrir un nouveau chapitre commercial pour la société, mais sa production reste encore récente. SECMA choisit pourtant de reconstruire plutôt que d’abandonner. Dans les mois qui suivent, l’entreprise remet progressivement en place son outil de fabrication et relance la production automobile.
Cette reconstruction constitue une véritable seconde naissance industrielle. Au début des années 2010, SECMA dispose de nouveau d’une usine opérationnelle à Aniche et peut poursuivre le développement du F16. Contrairement à une confusion parfois rencontrée dans les récits consacrés à Daniel Renard, SECMA n’a pas fait faillite à cette occasion et n’a pas été reprise par un groupe automobile. Elle demeure une entreprise indépendante contrôlée par son fondateur.
2016 : le F16 Turbo change l’échelle des performances
Après avoir consolidé le F16 atmosphérique, SECMA franchit une nouvelle étape en 2016 avec le F16 Turbo. Présenté notamment au Salon de Genève, ce modèle donne au constructeur une visibilité nettement supérieure dans l’univers des petites voitures sportives. SECMA ne se contente plus de proposer un engin léger et ludique : le Turbo place ses performances dans une catégorie beaucoup plus exigeante.
Pour conserver une formule adaptée à ses moyens industriels, la marque poursuit sa stratégie consistant à associer une conception maison à une mécanique disponible chez un grand constructeur. Le F16 Turbo reçoit ainsi un moteur issu de Peugeot. La puissance progresse fortement, mais l’architecture générale reste fidèle au principe qui a fait le succès du premier F16 : exploiter une masse très basse plutôt que compenser le poids par une mécanique toujours plus imposante.
Cette évolution transforme aussi la réputation de SECMA auprès des amateurs de conduite sportive. Le constructeur se rapproche alors, par son positionnement, de spécialistes européens de la voiture légère et radicale, tout en conservant une fabrication française à très petite échelle.
En 2017, le Fun Buggy moderne illustre une autre facette de cette maturation. Basé sur l’architecture du F16, il réintroduit l’esprit des premiers véhicules de loisirs SECMA dans une conception désormais issue de la gamme automobile. Il ne constitue pas une rupture comparable au F16 Turbo, mais montre comment l’entreprise rationalise ses développements autour d’une base technique commune.
2020 : les normes WLTP obligent SECMA à faire évoluer sa gamme
À partir de 2020, l’un des principaux défis de SECMA n’est plus simplement de développer de nouveaux modèles, mais de maintenir ses automobiles sur le marché malgré le renforcement des réglementations européennes. Pour un constructeur de très petite série, l’homologation représente une contrainte proportionnellement beaucoup plus lourde que pour un grand groupe.
SECMA obtient alors une adaptation de sa gamme Performance aux exigences WLTP et Euro 6. Le F16, le Fun Buggy et le F16 Turbo peuvent poursuivre leur carrière sous les nouvelles normes. Le Turbo évolue également sur le plan mécanique, avec une puissance portée à 225 ch et plusieurs modifications destinées à accompagner l’augmentation de ses performances.
Cette période est importante car elle montre que la survie d’un constructeur artisanal ne dépend plus seulement de sa capacité à fabriquer un bon produit. SECMA doit désormais faire évoluer ses moteurs, ses émissions et ses homologations à mesure que la réglementation change. La marque choisit toutefois de conserver le principe d’une automobile légère plutôt que de transformer profondément ses modèles pour suivre les tendances des constructeurs généralistes.
2022 : le F16 Turbo GT accompagne la maturation du constructeur
En 2022, le F16 Turbo GT traduit une évolution plus progressive de SECMA. Le modèle reçoit notamment une face avant profondément redessinée et une présentation plus aboutie. Il ne s’agit pas d’une nouvelle révolution technique, mais d’une étape importante dans la maturation d’une voiture dont les origines remontent au F16 de 2008.
Cette évolution illustre un changement dans la manière dont SECMA développe désormais ses automobiles. Les premières créations de la marque revendiquaient ouvertement leur caractère utilitaire ou artisanal. Les versions plus récentes conservent une construction légère et une production en petite série, mais cherchent davantage à présenter une finition et une identité visuelle cohérentes avec leur positionnement de voitures de sport homologuées.
La compétition n’occupe en revanche pas une place structurante dans cette histoire. Les SECMA sont régulièrement utilisées sur circuit par leurs propriétaires et la conduite sportive fait partie de leur identité, mais aucun programme officiel de compétition n’a joué dans le développement de la marque un rôle comparable à celui du F16, du F16 Turbo ou de la reconstruction de l’usine.
2024 : SECMA adapte encore ses mécaniques et poursuit son activité indépendante
En 2024, SECMA remplace sur plusieurs modèles atmosphériques l’ancien moteur Renault de 105 ch par un bloc 1,6 litre de 115 ch issu de l’alliance Renault-Nissan. Cette évolution répond moins à une recherche de puissance qu’à la nécessité de conserver une homologation compatible avec les normes Euro 6 et WLTP tout en maîtrisant les émissions et la fiscalité liées au CO2.
Ce changement résume bien la situation de SECMA trois décennies après sa création. L’entreprise reste trop petite pour développer seule des groupes motopropulseurs répondant à chaque nouvelle réglementation, mais son savoir-faire consiste précisément à intégrer des mécaniques de grande série dans des véhicules conçus et assemblés à Aniche. Cette méthode lui permet de préserver une production indépendante malgré un environnement réglementaire devenu beaucoup plus complexe qu’au moment du Fun Tech.
En 2026, SECMA est toujours une société active présidée par Daniel Renard. Aucun rachat par un grand constructeur ni changement de propriétaire déterminant n’est venu interrompre cette continuité. La marque poursuit le développement de sa famille F16, avec notamment une nouvelle déclinaison Rétro, tout en obtenant le label Entreprise du Patrimoine Vivant. Plus de trente ans après sa création, SECMA demeure ainsi l’un des rares constructeurs français indépendants à fabriquer en petite série ses propres voitures de sport dans son usine d’Aniche.
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