Histoire de la marque Exagon

exagon motors

Exagon trouve son origine à Magny-Cours, où l’ingénieur Luc Marchetti fonde Exagon Engineering en 2004. Avant d’ambitionner de devenir une marque automobile, l’entreprise travaille dans la compétition et l’ingénierie, un environnement qui la conduit rapidement à expérimenter la propulsion électrique. De cette expérience naît la Furtive-eGT, une sportive électrique française présentée en 2010 et portée ensuite par une société distincte, Exagon Motors. Le projet ne parviendra toutefois pas à s’installer durablement en production, tandis que les technologies développées trouveront d’autres débouchés avant la liquidation puis la disparition juridique d’Exagon Motors.

2004 : Luc Marchetti fonde Exagon Engineering à Magny-Cours

L’histoire d’Exagon commence en 2004, mais pas encore comme celle d’un constructeur automobile traditionnel. Luc Marchetti crée Exagon Engineering sur le technopôle de Magny-Cours, dans la Nièvre, au cœur d’un environnement directement lié au sport automobile. L’activité initiale est celle d’une structure d’ingénierie et de compétition capable de concevoir, développer et exploiter des véhicules destinés à différentes disciplines.

Cette origine est essentielle pour comprendre la suite. Exagon ne naît pas avec l’idée immédiate de produire une gamme de voitures de route. L’entreprise acquiert d’abord son savoir-faire dans des programmes de compétition et des prestations techniques. Elle intervient dans plusieurs catégories, notamment en tourisme, en rallycross, en GT et dans le Trophée Andros. Cette expérience lui permet de développer des compétences en conception de châssis, intégration mécanique, mise au point et gestion de projets automobiles complexes.

2007 : la propulsion électrique devient un axe majeur de développement

À partir de 2007, Exagon Engineering prend une direction qui va profondément modifier son avenir. L’entreprise travaille sur une voiture de compétition entièrement électrique destinée au Trophée Andros, avec l’appui de partenaires industriels spécialisés dans les moteurs et les batteries. Cette démarche intervient à une époque où la voiture électrique reste encore marginale dans le sport automobile de haut niveau.

Le programme aboutit à l’Andros Car, conçue pour affronter des courses sur glace dans des conditions exigeantes. En 2009, une série électrique intégrée au Trophée Andros permet à plusieurs pilotes de s’affronter avec ces voitures développées par Exagon. Au-delà de l’aspect sportif, le programme joue surtout le rôle d’un laboratoire technique. Il apporte à l’entreprise une expérience concrète des moteurs électriques de forte puissance, du stockage d’énergie, de la gestion thermique et de l’intégration d’une chaîne de traction complète dans un véhicule performant.

C’est cette maîtrise nouvelle qui donne à Luc Marchetti et à son équipe les moyens d’envisager un projet beaucoup plus ambitieux : transposer leur savoir-faire électrique à une automobile de route haut de gamme.

2010 : la Furtive-eGT fait entrer Exagon dans le monde des voitures de route

En 2010, Exagon dévoile au Mondial de l’Automobile de Paris la Furtive-eGT. Cette GT électrique marque une rupture majeure dans l’histoire de l’entreprise. Pour la première fois, Exagon ne présente plus seulement une technologie ou une voiture destinée à la compétition, mais un modèle routier conçu pour porter son propre nom face au public.

La Furtive-eGT reprend directement les compétences acquises sur les programmes électriques précédents. Elle reçoit deux moteurs électriques fournis par Siemens ainsi qu’une batterie développée avec Saft, tandis que Michelin participe notamment au travail sur les liaisons au sol. Dans ses configurations les plus avancées, Exagon annonce une puissance voisine de 400 ch, un 0 à 100 km/h en environ 3,5 secondes et une vitesse maximale limitée à 250 km/h. Ces chiffres placent clairement la voiture dans la catégorie des GT électriques de très hautes performances.

Le véritable intérêt historique de la Furtive ne réside cependant pas dans sa fiche technique. Elle représente la tentative d’un petit ingénieriste français de devenir constructeur à part entière, au moment où l’industrie automobile commence seulement à envisager sérieusement la propulsion électrique pour des modèles performants et prestigieux.

2011 : Exagon Motors est créée pour porter le projet Furtive

Le développement de la voiture conduit à une évolution de la structure du groupe. En 2011, Luc Marchetti crée Exagon Motors, société distincte d’Exagon Engineering et destinée à prendre en charge le projet Furtive. Cette distinction est importante : Exagon Engineering, fondée en 2004, reste la société d’ingénierie d’origine, tandis qu’Exagon Motors devient l’entité liée à l’ambition de produire et commercialiser une automobile sous la marque Exagon.

Au cours des années suivantes, la Furtive-eGT poursuit son développement et apparaît dans plusieurs salons automobiles. En 2012 puis en 2013, Exagon présente des versions de plus en plus proches de ce qui est annoncé comme le futur modèle de série. Les commandes sont ouvertes et les premières livraisons sont alors envisagées pour la fin de 2013.

Le passage du prototype à la production constitue cependant l’étape la plus difficile pour une petite structure automobile. Les documents et annonces de l’époque montrent qu’Exagon souhaitait réellement commercialiser la Furtive, mais les sources disponibles ne permettent pas d’établir l’existence d’une production en série significative. Les chiffres parfois avancés ultérieurement sur un grand nombre d’exemplaires produits doivent donc être considérés avec prudence. La Furtive a atteint un stade de développement avancé, sans parvenir à installer durablement Exagon comme constructeur de voitures de série.

2014 : les difficultés financières interrompent l’industrialisation de la Furtive

La fragilité économique du projet apparaît clairement en février 2014, lorsque Exagon Motors est placée sous procédure de sauvegarde. Un plan de sauvegarde est ensuite adopté en 2015. Cette étape marque le recul de l’ambition initiale : le défi n’est plus seulement de finaliser une automobile techniquement aboutie, mais de financer son industrialisation et de donner à la société une assise suffisante pour durer.

La même période ouvre toutefois une autre voie. Exagon noue des relations avec PSA Peugeot Citroën et commence à valoriser sa plateforme électrique auprès d’un grand constructeur. Le savoir-faire développé pour la Furtive ne disparaît donc pas avec les difficultés commerciales du modèle. Il devient une compétence susceptible d’être employée dans des projets réalisés pour d’autres marques.

Cette évolution modifie profondément la trajectoire d’Exagon. L’entreprise s’éloigne progressivement du rôle de constructeur indépendant qu’elle avait tenté d’endosser avec la Furtive et revient vers une fonction plus proche de son métier d’origine : la conception et le développement technique.

2016 : la DS E-Tense donne une seconde vie à la technologie Exagon

En 2016, le travail accompli autour de la Furtive trouve une nouvelle expression avec la DS E-Tense. Présenté au Salon de Genève, ce concept électrique est développé sur une base technologique issue du programme d’Exagon, tandis que DS en assure notamment le design. La voiture constitue l’un des signes les plus visibles de la reconnaissance du savoir-faire technique accumulé par la petite entreprise de Magny-Cours.

Cette collaboration est historiquement importante car elle montre que l’échec commercial de la Furtive ne signifie pas l’échec complet du projet sur le plan technologique. Les solutions développées par Exagon peuvent servir de fondation à une automobile créée pour une marque appartenant à un grand groupe. La société trouve ainsi une nouvelle manière de valoriser ses compétences, plus proche de l’ingénierie spécialisée que de la construction automobile sous son propre nom.

La même année, une autre tentative de développement industriel prend forme au Canada. Exagon Motors participe à la création d’Arion Technologies Automobiles avec PSA, Investissement Québec et des partenaires québécois liés au secteur de l’énergie. Le projet doit notamment étudier la possibilité de développer au Québec une filière de véhicules électriques à hautes performances. Il représente une possible relance à plus grande échelle des technologies mises au point autour de la Furtive.

2018 : le redressement judiciaire et l’abandon du projet Arion ferment les perspectives de relance

Deux événements survenus en 2018 réduisent fortement les perspectives d’avenir d’Exagon Motors. En janvier, le plan de sauvegarde adopté quelques années auparavant est résolu et la société est placée en redressement judiciaire. Cette évolution confirme que les difficultés financières n’ont pas pu être surmontées durablement.

Dans le même temps, le projet Arion au Québec est abandonné. Les études menées avaient mis en évidence un besoin important de capitaux publics ainsi que des risques industriels et financiers considérés comme trop élevés. Cette décision met fin à l’une des principales pistes susceptibles de donner une dimension industrielle nouvelle aux technologies d’Exagon.

À ce stade, l’histoire d’Exagon Motors n’est plus celle d’une jeune marque cherchant à lancer une sportive électrique, mais celle d’une société dont les actifs et l’activité doivent être restructurés. La compétence technique issue d’Exagon subsiste, mais le projet de constructeur automobile indépendant n’a plus de trajectoire commerciale clairement établie.

2019 : la cession des actifs précède la liquidation d’Exagon Motors

En juin 2019, le tribunal de commerce de Nevers arrête un plan de cession d’Exagon Motors au profit de la société BICEPS. Il convient toutefois de rester précis sur la portée de cette opération : les éléments disponibles établissent l’existence d’un plan de cession, mais ne permettent pas d’affirmer simplement que BICEPS a « racheté la marque Exagon » ou récupéré l’intégralité de la propriété intellectuelle liée à la Furtive.

Quelques semaines plus tard, en juillet 2019, Exagon Motors est placée en liquidation judiciaire. Cette décision met fin à toute perspective réaliste de poursuite du projet Furtive au sein de la société qui avait été créée en 2011 pour le porter. L’entreprise demeure ensuite juridiquement inscrite pendant la durée de la procédure de liquidation, mais elle n’est plus un constructeur automobile en activité.

2024 : Exagon Motors disparaît juridiquement, tandis qu’Exagon Engineering poursuit son activité

La procédure engagée plusieurs années auparavant trouve son terme en juin 2024. Le tribunal prononce la clôture de la liquidation judiciaire d’Exagon Motors pour insuffisance d’actif, puis la société est radiée. Exagon Motors cesse donc juridiquement d’exister, près de treize ans après sa création et quatorze ans après la première présentation publique de la Furtive-eGT.

Cette disparition ne signifie cependant pas que toute l’histoire d’Exagon s’arrête en 2024. Exagon Engineering, la société fondée par Luc Marchetti en 2004, reste distincte d’Exagon Motors et poursuit ses activités à Magny-Cours. Son positionnement actuel est celui d’un spécialiste de l’ingénierie, de la conception de véhicules et des chaînes de traction électriques ou hybrides de forte puissance, plutôt que celui d’une marque proposant une gamme de voitures de série.

La Furtive-eGT demeure ainsi le modèle qui résume le mieux l’histoire automobile d’Exagon : née du savoir-faire acquis en compétition électrique, elle a permis à une petite société française d’ambitionner un temps de devenir constructeur de GT électriques. Le projet n’a pas débouché sur une industrialisation durable, mais les technologies développées ont continué à être exploitées dans d’autres programmes, tandis que l’entité Exagon Motors a finalement disparu et qu’Exagon Engineering est revenue à son métier d’origine d’ingénieriste automobile.