
Opel naît à Rüsselsheim, en Allemagne, bien avant de produire sa première automobile. Fondée en 1862 par Adam Opel comme entreprise de machines à coudre, la société se développe ensuite dans la bicyclette avant que les fils du fondateur ne l’engagent dans la construction automobile en 1899. Devenue l’un des grands constructeurs allemands grâce à la production de masse, Opel passe sous le contrôle de General Motors à la fin des années 1920, traverse la guerre et la reconstruction, puis construit sa réputation autour de modèles populaires comme les Kadett, Rekord, Corsa et Astra. Après plusieurs décennies difficiles au sein du groupe américain, la marque est rachetée par PSA en 2017 avant d’intégrer Stellantis en 2021.
1862 : Adam Opel fonde une entreprise de machines à coudre à Rüsselsheim
L’histoire d’Opel commence en 1862 lorsque Adam Opel, alors âgé de 25 ans, installe un atelier dans la maison familiale de Rüsselsheim, dans le grand-duché de Hesse. Il ne fabrique alors aucune automobile. Après avoir acquis de l’expérience dans la mécanique, notamment en France, il se consacre à la production de machines à coudre, un secteur en plein développement au XIXe siècle.
L’activité grandit suffisamment pour conduire à la construction d’une véritable usine. Opel acquiert ainsi très tôt une expérience de la fabrication industrielle, de l’organisation des ateliers et de la commercialisation de produits mécaniques fabriqués en série. Cette base industrielle jouera un rôle déterminant lorsque l’entreprise changera progressivement de métier.
En 1886, Opel commence à produire des bicyclettes. Ce nouveau domaine rapproche l’entreprise de la mobilité individuelle et devient une activité majeure. La société construit également sa notoriété grâce aux compétitions cyclistes. Lorsque Adam Opel meurt en 1895, son entreprise est déjà solidement implantée, mais son fondateur n’a jamais construit de voiture. Le passage à l’automobile sera décidé par ses fils après sa disparition.
1899 : les fils d’Adam Opel lancent la construction automobile
Le véritable début de l’histoire automobile d’Opel intervient le 21 janvier 1899. Wilhelm Opel conclut alors un accord avec le constructeur Friedrich Lutzmann, installé à Dessau. Opel reprend son activité automobile, ses machines et une partie de son savoir-faire, puis transfère la production à Rüsselsheim. La première voiture de la marque, l’Opel Patent-Motorwagen System Lutzmann, est fabriquée la même année.
Cette première expérience reste techniquement limitée et la formule Lutzmann vieillit rapidement. Opel cherche donc d’autres solutions pour progresser. Dès 1902, l’entreprise coopère avec le constructeur français Alexandre Darracq avant de développer davantage ses propres automobiles. Cette période permet à Opel de passer d’une activité encore expérimentale à une véritable production automobile organisée.
La marque s’oriente assez tôt vers des voitures susceptibles de toucher une clientèle plus large que celle des automobiles de prestige. La 4/8 PS de 1909, rapidement surnommée « Doktorwagen » parce qu’elle était notamment appréciée des médecins effectuant leurs tournées, illustre cette volonté de proposer des véhicules plus accessibles. Cette orientation vers l’automobile de grande diffusion deviendra l’un des fils conducteurs de l’histoire d’Opel.
1924 : la production à la chaîne transforme Opel en constructeur de masse
Après la Première Guerre mondiale, Opel franchit un cap industriel majeur. En 1924, l’usine de Rüsselsheim adopte la production automobile à la chaîne, une première à cette échelle pour un constructeur allemand. Le modèle qui symbolise cette transformation est la 4/12 PS, surnommée « Laubfrosch » en raison de sa couleur verte caractéristique.
La chaîne de montage permet d’augmenter fortement les volumes tout en réduisant le temps nécessaire à la fabrication d’une voiture. Opel peut ainsi diminuer progressivement ses prix et toucher une clientèle plus large. La stratégie rapproche le constructeur des méthodes de production de masse déjà développées aux États-Unis et l’aide à devenir, à la fin des années 1920, l’un des principaux acteurs du marché automobile allemand.
Cette croissance attire l’attention de General Motors. En mars 1929, le groupe américain acquiert 80 % du capital d’Opel, puis les 20 % restants en 1931. Le rachat initial précède le krach de Wall Street d’octobre 1929 et ne doit donc pas être présenté comme une simple conséquence de la Grande Dépression. GM cherche alors à renforcer sa présence en Europe, où il possède déjà la marque britannique Vauxhall. Pour Opel, cette opération ouvre une période de contrôle américain qui durera près de neuf décennies.
1935 : l’Olympia et le Kadett modernisent la conception des Opel
Au milieu des années 1930, Opel combine production de masse et nouvelles techniques de construction. Lancée en 1935, l’Olympia joue un rôle essentiel dans cette évolution. Elle adopte une carrosserie autoporteuse tout acier, dans laquelle la structure du véhicule et la carrosserie forment un ensemble intégré. Cette solution permet notamment de réduire le poids et d’adapter davantage la voiture à une fabrication industrielle rapide.
En 1936, le Kadett transpose cette conception dans une automobile compacte et accessible. Le nom deviendra l’un des plus importants de l’histoire d’Opel. Derrière ces modèles se dessine une stratégie claire : produire en grande série des voitures modernes destinées à une clientèle beaucoup plus vaste que celle des premières décennies de l’automobile.
La Seconde Guerre mondiale interrompt cette dynamique. La production civile laisse progressivement place à des fabrications destinées à l’économie de guerre allemande, notamment des camions Blitz et des composants aéronautiques. Adam Opel AG utilise également des travailleurs forcés pendant le conflit, un aspect documenté de l’histoire industrielle de l’entreprise. Le statut de filiale de GM subsiste juridiquement, mais le degré de contrôle effectivement exercé depuis les États-Unis pendant la guerre est plus complexe que ne le suggère une simple relation classique entre maison mère et filiale.
Les installations industrielles sont fortement touchées par les bombardements. Lorsque la guerre s’achève en 1945, Opel doit donc reconstruire une grande partie de son activité avant de pouvoir retrouver son rôle dans l’industrie automobile allemande.
1946 : Opel reconstruit sa production et accompagne la motorisation de l’après-guerre
La reprise commence rapidement. Opel recommence par fabriquer le camion Blitz en 1946, puis relance la production de voitures particulières avec l’Olympia en 1947. Le Kapitän revient à son tour en 1948. Cette reconstruction remet progressivement Rüsselsheim au centre de l’activité de la marque.
Dans l’Allemagne de l’Ouest en pleine croissance économique, Opel devient l’un des constructeurs associés à la diffusion massive de l’automobile. Les modèles de la famille Rekord occupent une place importante dans cette période. La marque développe notamment ses versions « Caravan », qui contribuent à populariser le break comme voiture familiale polyvalente plutôt que comme simple dérivé utilitaire.
Le développement du marché européen pousse cependant Opel à rechercher des capacités de production supplémentaires. L’entreprise doit également préparer le retour sur le segment des voitures compactes, devenu stratégique à mesure que davantage de ménages accèdent à l’automobile.
1962 : le retour du Kadett entraîne l’expansion industrielle d’Opel
En 1962, Opel relance le nom Kadett avec une nouvelle génération entièrement distincte du modèle d’avant-guerre. L’importance du projet est telle qu’une nouvelle usine est construite à Bochum, dans la Ruhr, spécialement pour accompagner sa production. Le Kadett devient alors l’un des piliers de la gamme Opel et participe directement à la croissance de la marque pendant les décennies suivantes.
Son succès place Opel parmi les grands constructeurs généralistes européens. La marque couvre différents niveaux du marché avec des voitures familiales, des berlines plus grandes et des modèles compacts. Dans les années 1960 et 1970, elle développe aussi une image plus dynamique, illustrée notamment par certains coupés et par son engagement en compétition.
Cette présence sportive atteint son niveau le plus significatif en rallye au début des années 1980. En 1982, Walter Röhrl remporte le Rallye Monte-Carlo au volant d’une Ascona 400 avant de décrocher le championnat du monde des pilotes. Ce titre reste l’un des résultats internationaux les plus importants d’Opel et contribue durablement à l’image sportive de la marque.
1979 : la traction avant, la Corsa et l’Astra renouvellent en profondeur la gamme
La fin des années 1970 inaugure une transformation technique majeure. Présenté en 1979, le Kadett D devient la première Opel de grande série à adopter la traction avant. Cette architecture, qui regroupe à l’avant le moteur, la transmission et les roues motrices, s’impose ensuite progressivement dans les principales voitures compactes de la marque.
Opel descend ensuite sur le marché des petites voitures. En 1982, la production de la Corsa commence dans la nouvelle usine de Figueruelas, près de Saragosse, en Espagne. Ce modèle élargit considérablement le public potentiel du constructeur et devient l’un de ses principaux produits en Europe. Son lancement montre également que l’organisation industrielle d’Opel dépasse désormais largement son implantation historique de Rüsselsheim et de Bochum.
Une autre rupture intervient en 1991 lorsque le nom Kadett disparaît au profit d’Astra, appellation déjà employée par Vauxhall au Royaume-Uni. L’Astra F connaît une très large diffusion et devient la génération Opel produite au plus grand nombre d’exemplaires. Le changement de nom traduit aussi le rapprochement croissant des gammes Opel et Vauxhall au sein de General Motors Europe.
À la fin de la décennie, Opel trouve encore un relais de croissance avec le Zafira, lancé en 1999. Son système Flex7 permet d’intégrer sept places dans un monospace compact tout en escamotant les sièges arrière dans le plancher. Le succès du concept renforce pendant plusieurs années la réputation d’Opel dans les voitures familiales pratiques, sans empêcher l’apparition de difficultés structurelles au cours de la décennie suivante.
2009 : la crise de General Motors place Opel au bord d’un changement de propriétaire
La crise financière mondiale de 2008 frappe durement l’industrie automobile américaine. En juin 2009, General Motors se place sous la protection du Chapter 11 aux États-Unis. Opel ne fait pas faillite, contrairement à une confusion fréquente, mais sa situation devient extrêmement incertaine en raison des graves difficultés de sa maison mère.
GM envisage alors de céder une majorité d’Opel et de Vauxhall. Un accord est préparé avec un consortium conduit par l’équipementier canadien Magna, mais le conseil d’administration de General Motors change finalement de stratégie et décide en novembre 2009 de conserver ses activités européennes.
Cette décision ne règle pas les problèmes de fond. Opel reste confronté à des surcapacités industrielles, à une concurrence intense et à une rentabilité insuffisante en Europe. Les restructurations se poursuivent et aboutissent notamment à l’arrêt de la production automobile dans l’usine de Bochum en décembre 2014, cinquante-deux ans après l’ouverture du site pour le Kadett. Cette fermeture symbolise l’affaiblissement industriel d’Opel pendant les dernières années de l’ère GM.
2017 : le rachat par PSA met fin à près de neuf décennies sous General Motors
Le 6 mars 2017, General Motors et le groupe PSA annoncent un accord portant sur la reprise d’Opel, de Vauxhall et de leurs activités européennes associées. L’acquisition des activités automobiles est finalisée le 1er août. Opel quitte ainsi General Motors après environ 88 ans de contrôle américain et rejoint le groupe propriétaire de Peugeot et de Citroën.
Le changement de propriétaire entraîne une transformation rapide. PSA lance le plan PACE!, cherche à réduire les coûts et accélère le remplacement progressif des technologies héritées de GM par ses propres plateformes et motorisations. Les effets financiers sont rapides : Opel et Vauxhall retrouvent une rentabilité opérationnelle en 2018, ce qui marque une rupture avec les longues années de pertes qui avaient précédé la vente.
Cette nouvelle organisation modifie aussi la stratégie produit. En 2019, la sixième génération de Corsa est développée sur une architecture du groupe PSA et proposée en version électrique Corsa-e. L’électrification cesse alors d’être principalement un domaine d’expérimentation pour devenir une composante de la gamme de grande série.
Le changement suivant ne résulte pas d’un nouveau rachat d’Opel. En janvier 2021, PSA fusionne avec Fiat Chrysler Automobiles pour former Stellantis. Opel devient donc l’une des marques du nouveau groupe mondial par l’intermédiaire de cette fusion. En 2026, l’entreprise demeure juridiquement Opel Automobile GmbH, avec son siège à Rüsselsheim. La marque conserve en Allemagne des activités de conception, d’ingénierie et de production, tout en partageant désormais une part croissante de ses plateformes, motorisations et investissements avec les autres marques de Stellantis. Son évolution actuelle se concentre notamment sur l’électrification et sur une gamme développée dans ce cadre industriel commun, prolongeant une histoire commencée en 1862 dans un atelier de machines à coudre.
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