Histoire de la marque Osi

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OSI, pour Officine Stampaggi Industriali, apparaît à Turin en 1960 dans un contexte d’expansion rapide de l’industrie automobile italienne. Créée à l’initiative de Luigi Segre, dirigeant de Ghia, et d’Arrigo Olivetti, lié à l’équipementier Fergat, l’entreprise doit d’abord fournir des capacités industrielles que les ateliers traditionnels de carrosserie ne peuvent plus assurer seuls. OSI devient ainsi à la fois fabricant sous contrat, carrossier et, pendant quelques années, véritable centre de création automobile. Sa réputation repose surtout sur ses collaborations avec Fiat, Innocenti et Ford, puis sur des réalisations originales comme le Ford OSI 20M TS et plusieurs prototypes expérimentaux. Cette aventure reste brève : après une montée en puissance spectaculaire au milieu des années 1960, l’activité automobile disparaît dès 1968.

1960 : Luigi Segre et Arrigo Olivetti créent OSI à Turin

La naissance d’OSI est directement liée à la transformation de la carrosserie italienne au début des années 1960. Luigi Segre dirige alors Ghia, l’un des grands noms du style turinois. L’entreprise sait concevoir des automobiles pour de nombreux constructeurs, mais ses capacités de fabrication restent celles d’un carrossier traditionnel alors que certaines commandes nécessitent désormais plusieurs milliers d’exemplaires.

Segre s’associe à Arrigo Olivetti, issu de l’environnement industriel de Fergat, afin de créer Officine Stampaggi Industriali. Installée à Turin à proximité de Ghia, la nouvelle société dispose des moyens nécessaires pour emboutir des panneaux de carrosserie, peindre les caisses et assembler des voitures en séries plus importantes. OSI n’est donc pas conçue à l’origine comme une marque automobile classique disposant de sa propre gamme. Elle constitue avant tout un outil industriel destiné à produire les créations développées pour d’autres constructeurs.

1961 : Fiat et Innocenti donnent à OSI sa première dimension industrielle

Les premières années confirment rapidement cette vocation. OSI participe notamment à la fabrication de l’Innocenti 950 Spider et de la Fiat 2300 Coupé, deux programmes qui nécessitent davantage de capacités que celles d’un simple atelier artisanal. La 2300 Coupé, dessinée dans l’univers Ghia puis assemblée par OSI, devient l’un des programmes les plus représentatifs de cette première période.

Cette organisation illustre le rôle particulier de la société : les voitures sont commercialisées sous les marques de leurs constructeurs, tandis qu’OSI reste largement invisible pour le client. La collaboration avec Fiat et Innocenti permet néanmoins à l’entreprise de se développer et de prouver qu’un carrossier turinois peut associer savoir-faire stylistique et production semi-industrielle.

1963 : la mort de Luigi Segre pousse OSI vers une identité plus autonome

Le 28 février 1963, Luigi Segre meurt brutalement à seulement 43 ans. Sa disparition constitue un tournant majeur, car il était à la fois l’un des fondateurs d’OSI et l’homme qui assurait une grande partie du lien stratégique entre l’entreprise, Ghia et les constructeurs internationaux. La société poursuit son activité sous l’influence d’Arrigo Olivetti et avec Giacomo Bianco à la direction opérationnelle, mais son positionnement commence à évoluer.

La même année, l’OSI 1200 S Spider est présentée au Salon de Turin. Dessinée par Giovanni Michelotti sur une base mécanique Fiat, elle compte parmi les premières voitures mises en avant directement sous le nom OSI. Ce modèle reste beaucoup moins important par son volume que les fabrications réalisées pour d’autres marques, mais il marque une évolution essentielle : OSI commence à vouloir être reconnue pour ses propres automobiles et non plus uniquement pour son activité de sous-traitance.

1964 : le Ford Anglia Torino installe OSI dans la production de série

Le contrat conclu autour de la Ford Anglia Torino renforce considérablement la position industrielle d’OSI. Ford Italie souhaite proposer une version de l’Anglia mieux adaptée aux goûts du marché italien et confie le dessin de la nouvelle carrosserie à Giovanni Michelotti. OSI reçoit la responsabilité de sa fabrication.

Présentée à Turin en 1964 puis commercialisée à partir de 1965, l’Anglia Torino dépasse le cadre des petites séries confidentielles. Plus de 10 000 exemplaires sont vendus en Italie, ce qui en fait l’un des programmes les plus importants de l’histoire d’OSI. Pour Ford, l’opération permet de proposer une automobile au style spécifiquement italien. Pour OSI, elle démontre que l’usine turinoise peut prendre en charge une production significative tout en restant étroitement liée au travail des stylistes.

1965 : la création d’un centre de style transforme OSI en concepteur automobile

Après s’être imposée comme fabricant sous contrat, OSI cherche au milieu des années 1960 à maîtriser davantage la conception de ses véhicules. Sous la direction de Giacomo Bianco, l’entreprise développe un véritable centre de style et d’expérimentation à Borgaro Torinese. Sergio Sartorelli, qui avait auparavant travaillé chez Ghia, joue un rôle important dans cette nouvelle organisation.

Cette évolution modifie profondément la nature d’OSI. L’entreprise ne se contente plus de fabriquer des carrosseries dessinées ailleurs : elle dispose désormais de stylistes et de techniciens capables de développer des projets complets. Ce choix lui ouvre l’accès à des programmes plus ambitieux, mais il augmente également ses besoins financiers au moment où son équilibre économique dépend toujours de commandes industrielles venues de quelques grands constructeurs.

1966 : le Ford OSI 20M TS devient le modèle emblématique de la marque

Le Salon de Genève de 1966 révèle la voiture qui reste la plus directement associée au nom OSI : le Ford OSI 20M TS. Développé à partir de la Ford Taunus 20M et principalement attribué à Sergio Sartorelli pour son dessin, ce grand coupé illustre l’ambition nouvelle de l’entreprise. Ford fournit les éléments mécaniques depuis l’Allemagne tandis qu’OSI réalise en Italie la carrosserie et l’assemblage du véhicule.

Contrairement aux productions anonymes des débuts, le nom OSI est ici pleinement visible. Le 20M TS montre que la société possède désormais les compétences nécessaires pour associer design, développement et fabrication. Sa production reste toutefois limitée à quelques milliers d’exemplaires. Les sources ne s’accordent pas totalement sur le chiffre exact, généralement situé autour de 2 000 à 2 200 voitures dans les estimations les plus prudentes. Le modèle acquiert ainsi une importance historique supérieure à son poids commercial réel.

La même année, les compétences du bureau d’études sont également reconnues par Alfa Romeo, qui confie à OSI le développement de la carrosserie du prototype Scarabeo. Présenté au Salon de Paris en octobre 1966, ce projet ne débouche pas sur une production de série, mais il confirme la capacité d’OSI à intervenir sur des études avancées pour de grands constructeurs.

1967 : la créativité atteint son sommet alors que les commandes se raréfient

En 1967, OSI se trouve dans une situation paradoxale. Son centre de style produit certains de ses travaux les plus audacieux au moment même où sa base industrielle commence à se fragiliser. Le prototype Silver Fox, parfois appelé Bisiluro, illustre cette recherche expérimentale avec une architecture très inhabituelle organisée autour de deux volumes longitudinaux. Il témoigne de la liberté créative acquise en quelques années par le bureau d’études.

Sur le plan économique, la situation est beaucoup moins favorable. Plusieurs grands programmes qui avaient assuré les volumes de l’usine arrivent à leur terme ou diminuent fortement. L’Anglia Torino et l’Innocenti Spider ne sont pas remplacées par des contrats d’importance comparable, tandis que le 20M TS ne peut à lui seul soutenir l’activité industrielle. La dépendance d’OSI à quelques commandes extérieures devient alors sa principale faiblesse. Le centre de style ferme vers la fin de l’année, malgré la qualité reconnue de ses derniers projets.

1968 : OSI abandonne la construction automobile

La crise des commandes conduit en 1968 à l’arrêt de l’activité automobile proprement dite. Il est parfois écrit qu’OSI disparaît simplement dans une faillite, mais la réalité est plus nuancée : la société cesse surtout de concevoir et de construire des voitures, tandis que certaines activités industrielles d’emboutissage se poursuivent. Une partie des stylistes et techniciens issus de son centre de création rejoint alors le Centro Stile Fiat, ce qui permet de préserver une partie du savoir-faire développé pendant cette courte période.

OSI ne fait donc pas l’objet d’une relance automobile comparable à celle de certaines marques historiques et n’existe plus aujourd’hui comme constructeur de voitures. Son histoire automobile se concentre essentiellement entre 1960 et 1968, soit moins d’une décennie durant laquelle la société est passée du statut d’outil industriel associé à Ghia à celui de concepteur capable de signer ses propres automobiles. Les modèles survivants, en particulier le Ford OSI 20M TS, ainsi que des prototypes comme la Scarabeo ou le Silver Fox, maintiennent désormais sa place dans l’histoire du design et de la carrosserie italienne.