Histoire de la marque Alfa Romeo

alfa romeo

Alfa Romeo naît à Milan en 1910, mais ses racines remontent à l’implantation italienne du constructeur français Darracq quelques années plus tôt. D’abord connue sous le nom A.L.F.A., pour Anonima Lombarda Fabbrica Automobili, l’entreprise construit rapidement son identité autour de voitures performantes et de la compétition. L’arrivée de l’ingénieur et industriel Nicola Romeo pendant la Première Guerre mondiale lui donne ensuite son nom définitif. Son histoire alterne dès lors succès sportifs, innovations techniques, développement de la production en grande série, périodes de contrôle public, difficultés financières et intégration à de grands groupes automobiles. Des premières 24 HP aux Giulia contemporaines, en passant par les 8C, Giulietta, Alfasud, Alfetta et 156, la marque italienne s’est régulièrement réinventée sans rompre avec son positionnement sportif.

1910 : A.L.F.A. naît dans l’ancienne usine italienne de Darracq

L’histoire d’Alfa Romeo commence avant que ce nom n’existe. En 1906, la société française Darracq crée une filiale pour produire et vendre ses automobiles en Italie. D’abord installée à Naples, l’activité est rapidement transférée à Milan, dans le quartier du Portello. Les voitures proposées rencontrent toutefois peu de succès sur le marché italien et la société entre en difficulté à la fin de la décennie.

Ugo Stella, qui participe alors à la gestion de l’entreprise, réunit des investisseurs lombards afin de reprendre l’usine et de repartir sur de nouvelles bases. Le 24 juin 1910 est constituée l’Anonima Lombarda Fabbrica Automobili, dont les initiales forment A.L.F.A. Cette date est considérée comme la véritable naissance de la marque. Il serait donc inexact de présenter Nicola Romeo comme son fondateur en 1910 : il n’interviendra que plusieurs années plus tard.

Le développement technique est confié à Giuseppe Merosi. La 24 HP, conçue au moment de la création de la société, devient la première automobile emblématique d’A.L.F.A. Elle traduit déjà l’orientation choisie par l’entreprise : produire des voitures relativement puissantes et ambitieuses plutôt que de simples modèles populaires. La compétition apparaît également très tôt comme un moyen de démontrer les qualités mécaniques de la jeune firme milanaise.

1915 : Nicola Romeo prend le contrôle de l’entreprise pendant la guerre

Les premières années d’A.L.F.A. restent financièrement difficiles. Lorsque l’Italie entre dans la Première Guerre mondiale en 1915, la société doit en outre adapter son activité à l’économie de guerre. C’est dans ce contexte que Nicola Romeo entre dans son histoire. Cet ingénieur et entrepreneur napolitain prend le contrôle de l’entreprise et réoriente largement les capacités du Portello vers les besoins militaires.

L’usine ne se limite alors plus à l’automobile. Elle fabrique notamment du matériel militaire et des moteurs destinés à l’aviation, ce qui entraîne une forte croissance de l’activité industrielle. Cette diversification permet à l’entreprise de traverser la guerre dans une configuration très différente de celle de ses débuts.

Après le conflit, la construction automobile reprend progressivement. Le patronyme Romeo se rapproche alors de celui d’A.L.F.A. dans les dénominations commerciales et les emblèmes. La transition ne se résume pas à une unique journée de changement de nom : les documents historiques montrent une évolution progressive entre la fin des années 1910 et le début des années 1920. C’est à cette période que le nom Alfa Romeo s’impose durablement.

Nicola Romeo n’assure pourtant pas seul l’avenir financier du constructeur. Dès le début des années 1920, les difficultés bancaires et industrielles conduisent les pouvoirs publics italiens à intervenir davantage. Romeo demeure encore plusieurs années à la tête de la société avant de quitter ses fonctions en 1928.

1923 : la compétition construit la réputation sportive d’Alfa Romeo

Si Alfa Romeo devient rapidement connue bien au-delà de l’Italie, elle le doit en grande partie à la compétition. En 1923, Ugo Sivocci remporte la Targa Florio au volant d’une Alfa Romeo RL portant un trèfle à quatre feuilles. Le Quadrifoglio devient progressivement l’un des symboles les plus étroitement associés aux voitures sportives de la marque.

La même période est marquée par l’arrivée de Vittorio Jano, ingénieur appelé à jouer un rôle majeur dans le développement des Alfa de course et de route. Sa P2 permet à Alfa Romeo de remporter en 1925 le premier championnat du monde réservé aux voitures de Grand Prix. Ce succès donne au constructeur une stature internationale et renforce l’idée que la compétition peut servir à la fois de laboratoire technique et de vitrine commerciale.

Durant les années suivantes, les familles 6C puis 8C prolongent cet essor. Les Alfa Romeo deviennent des références dans plusieurs grandes épreuves européennes. L’8C s’illustre notamment aux 24 Heures du Mans avec quatre victoires consécutives entre 1931 et 1934.

Cette époque est aussi étroitement liée aux débuts d’Enzo Ferrari. Après avoir piloté pour Alfa Romeo, il fonde en 1929 la Scuderia Ferrari, qui engage notamment des Alfa en compétition. Il ne faut pas confondre cette structure avec le futur constructeur Ferrari : à l’origine, la Scuderia agit principalement comme une équipe de course utilisant des automobiles Alfa Romeo. Cette collaboration contribue néanmoins à l’une des périodes les plus importantes de l’histoire sportive de la firme milanaise.

1933 : l’IRI place Alfa Romeo sous le contrôle de l’État italien

Les succès en compétition ne suffisent pas à assurer l’équilibre financier de l’entreprise. Alfa Romeo reste fragile et lourdement endettée. En 1933, l’Istituto per la Ricostruzione Industriale, ou IRI, reprend la société. Le constructeur entre ainsi durablement dans le secteur public italien, même si l’État avait déjà commencé à intervenir dans son financement au cours de la décennie précédente.

Sous la direction d’Ugo Gobbato, l’entreprise est réorganisée. Alfa Romeo ne produit pas seulement des automobiles : elle développe également des moteurs aéronautiques, des véhicules industriels et différentes fabrications mécaniques. Cette diversification est importante pour comprendre son histoire. Pendant une grande partie du XXe siècle, Alfa Romeo n’est pas uniquement une marque de voitures sportives, mais une véritable entreprise industrielle contrôlée par l’État.

La Seconde Guerre mondiale accentue encore cette orientation. Les installations sont mobilisées pour les productions militaires et plusieurs sites subissent les bombardements alliés. L’usine du Portello est notamment très endommagée en 1944. À la fin de la guerre, Alfa Romeo doit reconstruire ses capacités de production dans une Italie elle-même profondément transformée.

Cette rupture conduit à un changement de modèle économique. Avant-guerre, la marque s’était surtout fait connaître par des voitures coûteuses, souvent produites en volumes limités. Dans l’Italie de la reconstruction, elle doit désormais envisager une production automobile beaucoup plus importante.

1950 : la 1900 fait entrer Alfa Romeo dans la production en grande série

La 1900, lancée en 1950, marque l’un des changements industriels les plus décisifs de l’histoire d’Alfa Romeo. Elle est la première automobile de la marque dotée d’une carrosserie monocoque et la première conçue pour une fabrication organisée sur une chaîne de production. Alfa Romeo commence ainsi à quitter le monde de la construction largement artisanale pour devenir un constructeur capable d’atteindre une clientèle plus large.

Ce tournant industriel intervient alors que la marque conserve une formidable légitimité en compétition. En 1950, Giuseppe Farina remporte avec Alfa Romeo le premier championnat du monde des pilotes de Formule 1. Juan Manuel Fangio lui succède au palmarès en 1951. Alfa Romeo se retire ensuite de la discipline, mais ces deux titres suffisent à inscrire son nom au tout début de l’histoire officielle de la Formule 1.

La transformation commerciale s’accélère en 1954 avec la Giulietta. Plus compacte et plus accessible que les grandes Alfa d’avant-guerre, elle permet à la marque de profiter de la croissance économique italienne tout en conservant des moteurs et un comportement routier à caractère sportif. La Giulietta contribue ainsi à définir une formule qui deviendra centrale chez Alfa Romeo : proposer des voitures utilisables au quotidien, mais conçues avec une attention particulière portée aux performances et au plaisir de conduite.

La Giulia poursuit cette évolution à partir de 1962. Son succès accompagne l’expansion d’Alfa Romeo et le développement du nouveau complexe industriel d’Arese, au nord-ouest de Milan. La marque atteint alors une dimension très éloignée de celle du petit constructeur du Portello de 1910.

1972 : Alfasud et Alfetta ouvrent une nouvelle phase industrielle

Au début des années 1970, Alfa Romeo engage simultanément deux projets qui illustrent l’étendue de ses ambitions. L’Alfasud entre en production à Pomigliano d’Arco, dans le sud de l’Italie. Il s’agit de la première Alfa Romeo de grande série à traction avant. Plus compacte que les berlines traditionnelles de la marque, elle doit permettre au constructeur de toucher un marché plus large tout en participant à une politique publique de développement industriel du Mezzogiorno.

La même année apparaît l’Alfetta. Elle adopte une architecture très différente, avec moteur à l’avant et boîte de vitesses associée au différentiel sur le train arrière. Cette disposition dite transaxle favorise la répartition des masses et sera reprise sur plusieurs Alfa Romeo pendant les décennies suivantes. Ces deux modèles montrent qu’au début des années 1970, la marque cherche à se développer sur plusieurs segments tout en maintenant une forte originalité technique.

Cette expansion intervient cependant au moment où l’industrie automobile européenne entre dans une période plus difficile. Les chocs pétroliers, l’augmentation des coûts, les problèmes de productivité, les conflits sociaux et une concurrence de plus en plus forte pèsent sur les comptes d’Alfa Romeo. Malgré plusieurs restructurations, le constructeur public accumule les pertes pendant une grande partie des années 1970 et du début des années 1980.

La situation finit par rendre indispensable un changement de propriétaire. L’État italien doit choisir entre différentes solutions pour assurer l’avenir de l’activité automobile, alors qu’Alfa Romeo ne parvient plus à retrouver durablement la rentabilité.

1986 : Fiat rachète Alfa Romeo et met fin à plus d’un demi-siècle de contrôle public

En 1986, la vente d’Alfa Romeo devient un enjeu industriel majeur en Italie. Ford et Fiat figurent parmi les candidats au rachat. L’IRI et Finmeccanica retiennent finalement l’offre du groupe turinois, approuvée par le gouvernement italien en novembre. Le transfert des activités automobiles s’effectue à la fin de l’année et leur gestion passe effectivement sous le contrôle de Fiat au début de 1987.

Ce rachat met fin à une période ouverte en 1933. Alfa Romeo n’est plus une entreprise automobile contrôlée par l’État, mais une marque intégrée à un grand groupe privé. Fiat rapproche notamment Alfa Romeo de Lancia, ce qui permet de mutualiser certaines plates-formes, motorisations et capacités industrielles. Cette rationalisation est nécessaire économiquement, mais elle pose aussi une question qui accompagnera durablement la marque : comment préserver une identité mécanique et stylistique spécifique dans un groupe produisant plusieurs marques ?

Plusieurs modèles tentent d’y répondre au cours des années suivantes. La 164, lancée à la fin des années 1980, inaugure une nouvelle époque, mais c’est surtout l’Alfa Romeo 156 de 1997 qui symbolise la capacité de la marque à retrouver une identité forte sous l’ère Fiat. Sa ligne rencontre un accueil favorable, elle est élue voiture européenne de l’année 1998 et connaît un véritable succès commercial.

La 156 est également importante pour une autre raison : ses versions JTD figurent à l’origine de la diffusion du diesel à injection Common Rail dans l’automobile particulière de série. Il serait toutefois excessif d’affirmer qu’Alfa Romeo a, seule, inventé cette technologie. Le système est issu de travaux menés au sein de l’écosystème technique du groupe Fiat avant son industrialisation avec Bosch. La 156 constitue surtout sa première application commerciale majeure sur une voiture particulière.

2015 : la nouvelle Giulia relance le positionnement sportif d’Alfa Romeo

Après la transformation de Fiat en Fiat Chrysler Automobiles, ou FCA, en 2014, Alfa Romeo fait l’objet d’un nouveau plan de relance. Celui-ci prend une forme concrète le 24 juin 2015 avec la présentation d’une nouvelle génération de Giulia à Arese, exactement 105 ans après la fondation d’A.L.F.A.

Cette Giulia marque une rupture technique avec plusieurs berlines Alfa des décennies précédentes. Elle revient notamment à une architecture à propulsion pour ses versions à deux roues motrices et cherche à replacer la marque face aux constructeurs premium européens sur le terrain des performances et du comportement routier. La version Quadrifoglio sert de modèle emblématique à cette stratégie sans que l’histoire de la relance puisse être réduite à ses seules performances.

En 2016, le Stelvio prolonge ce repositionnement en devenant le premier SUV d’Alfa Romeo. Son apparition traduit un changement important du marché automobile : pour rester présente dans les segments à forte valeur, la marque ne peut plus se limiter aux berlines, coupés et modèles compacts qui avaient constitué l’essentiel de son histoire.

Cette période ne ramène pas Alfa Romeo au statut de constructeur indépendant. Elle reste une marque intégrée au groupe FCA, et son avenir dépend désormais des transformations plus larges de l’industrie automobile internationale.

2021 : la création de Stellantis ouvre la période actuelle d’Alfa Romeo

Le 16 janvier 2021, la fusion entre Fiat Chrysler Automobiles et le groupe PSA devient effective et donne naissance à Stellantis. Alfa Romeo rejoint ainsi un groupe réunissant de nombreuses marques automobiles européennes et américaines. Il s’agit du dernier changement de propriétaire majeur nécessaire pour comprendre sa situation actuelle.

La nouvelle période est marquée par l’électrification progressive de la gamme. Après l’arrivée du Tonale dans le segment des SUV compacts, le Junior lancé en 2024 devient la première Alfa Romeo proposée en version entièrement électrique. Cette évolution constitue une rupture technologique importante pour une marque dont l’identité s’est historiquement construite autour des moteurs thermiques et de la compétition.

Elle ne signifie toutefois pas qu’Alfa Romeo soit devenue exclusivement électrique. En 2026, la stratégie présentée par la marque et Stellantis reste multi-énergie, avec la coexistence de motorisations thermiques, hybrides et électriques selon les modèles et les marchés. Les Giulia et Stelvio doivent notamment poursuivre leur carrière jusqu’en 2027. Plus d’un siècle après la création d’A.L.F.A. au Portello, Alfa Romeo demeure ainsi une marque de Stellantis engagée dans une nouvelle transformation industrielle, cette fois dictée par l’électrification et l’évolution mondiale du marché automobile.

Découvrez tous les modèles de la marque Alfa Romeo