
PAL-V est une entreprise néerlandaise née de l’ambition de réunir dans un même véhicule la mobilité routière et l’aviation légère. Le projet prend forme autour de John Bakker à la fin des années 1990 avant de devenir, au cours des années 2000, un véritable programme industriel conduit notamment avec Robert Dingemanse. Sa réputation repose sur une approche particulière de la « voiture volante » : plutôt que de développer un véhicule à décollage vertical entièrement nouveau, PAL-V combine un véhicule routier à trois roues inclinable et un autogire. Cette orientation technique, pensée dès l’origine pour s’inscrire dans des réglementations existantes, explique à la fois les progrès du constructeur et la longue durée de son parcours vers la commercialisation.
1999 : John Bakker imagine un véhicule capable de rouler et de voler
L’origine de PAL-V remonte à 1999, lorsque le Néerlandais John Bakker commence à travailler sur l’idée d’un véhicule permettant d’effectuer un trajet complet sans changer de moyen de transport entre la route et l’air. Le problème qu’il cherche à résoudre est concret : l’aviation légère permet de couvrir rapidement de longues distances, mais impose généralement de rejoindre un aérodrome puis de trouver un autre véhicule une fois arrivé.
Le concept développé autour de cette idée prend le nom de PAL-V, pour Personal Air and Land Vehicle. Il ne s’agit pas de transformer une automobile classique en avion, mais de concevoir dès le départ une machine compatible avec deux usages très différents. Cette contrainte va déterminer toute l’histoire de l’entreprise, puisque la réussite du projet dépend autant de l’ingénierie que de la capacité à satisfaire simultanément les exigences routières et aéronautiques.
2008 : PAL-V devient un véritable projet industriel néerlandais
La création de l’entreprise se situe autour de 2007-2008. Certaines sources historiques mentionnent 2007, tandis que PAL-V retient aujourd’hui 2008 comme année de fondation. John Bakker reste associé à l’origine technique du concept, tandis que Robert Dingemanse joue un rôle central dans la structuration et la direction de l’entreprise.
PAL-V choisit alors une stratégie déterminante : utiliser autant que possible des technologies et des catégories réglementaires déjà connues. Pour la partie routière, le véhicule adopte une architecture étroite à trois roues capable de s’incliner dans les virages, issue des travaux menés autour du concept Carver. Pour la partie aérienne, l’entreprise privilégie l’autogire, dont le rotor tourne librement sous l’effet de l’air plutôt que d’être entraîné comme celui d’un hélicoptère.
Cette combinaison permet d’éviter le développement d’un appareil à décollage vertical complexe. Elle impose en revanche une piste pour les opérations aériennes et une transformation du véhicule avant le vol. PAL-V se positionne donc dès ses débuts à la frontière entre constructeur automobile et constructeur aéronautique.
2009 : la certification devient une contrainte centrale du développement
À partir de 2009, PAL-V engage un travail précoce avec l’Agence européenne de la sécurité aérienne, l’EASA. L’objectif est d’établir comment un véhicule aussi inhabituel peut être certifié sans attendre la création d’une réglementation entièrement nouvelle consacrée aux voitures volantes.
Le constructeur s’appuie notamment sur le cadre applicable aux petits giravions et adapte son développement aux exigences qui devront être démontrées avant toute commercialisation aérienne. Cette décision marque profondément l’évolution de PAL-V. La société ne cherche pas seulement à produire un prototype spectaculaire : elle veut concevoir un appareil pouvant, à terme, recevoir des autorisations routières et aéronautiques officielles. Cette stratégie rend le développement plus long, mais elle devient l’un des principaux éléments distinctifs de la marque.
2012 : le PAL-V ONE démontre que le concept peut fonctionner
Le premier grand tournant technique intervient en mars 2012 avec les essais en vol du PAL-V ONE. Ce prototype constitue la preuve de concept fondamentale de l’entreprise. Il démontre qu’une même plateforme peut circuler sur route, être préparée pour le vol puis fonctionner comme un autogire.
Le ONE n’est pas destiné à devenir un modèle produit en série. Son rôle historique est différent : il valide l’architecture générale et permet à PAL-V de passer du stade expérimental au développement d’un produit commercial. Les essais fournissent également les enseignements nécessaires pour revoir la conception et intégrer davantage les contraintes de certification, de fabrication et d’utilisation quotidienne.
Après cette démonstration, le programme se concentre progressivement sur un nouveau véhicule, plus abouti et conçu dès l’origine pour être commercialisable : la Liberty.
2017 : la Liberty transforme PAL-V en projet commercial
En février 2017, PAL-V ouvre les réservations de la Liberty, proposée notamment sous les appellations Pioneer Edition et Sport. Cette étape ne signifie pas encore que la voiture volante est homologuée ou prête à être livrée. Elle marque néanmoins un changement de statut important : après plusieurs années consacrées à la démonstration technique, PAL-V présente désormais un produit destiné à des clients.
La Liberty reprend les principes validés par le ONE tout en les adaptant aux contraintes industrielles. Sur route, elle se comporte comme un véhicule à trois roues inclinable. Pour voler, elle doit être convertie en autogire, avec déploiement du rotor et des éléments nécessaires au vol. Cette architecture distingue nettement PAL-V des projets d’eVTOL apparus parallèlement, qui cherchent plutôt à décoller et atterrir verticalement.
La Pioneer Edition doit servir de série de lancement à faible volume. Son importance historique tient moins à ses équipements qu’à son rôle dans la stratégie de PAL-V : commencer par une production limitée avant d’envisager une diffusion plus large.
2018 : le modèle de production de la Liberty est présenté à Genève
En mars 2018, PAL-V présente au Salon automobile de Genève la version de la Liberty destinée à servir de base au processus de certification et à la future production. Cette apparition publique donne au projet une visibilité internationale et matérialise davantage le passage entre prototype expérimental et véhicule industriel.
La période qui suit est consacrée moins à l’invention d’un nouveau concept qu’à sa maturation. PAL-V doit construire une chaîne de fournisseurs, préparer les méthodes de fabrication, travailler sur les systèmes aéronautiques et satisfaire les deux ensembles d’exigences réglementaires. L’entreprise s’entoure notamment de partenaires spécialisés dans l’aéronautique, dont GKN Fokker, afin de renforcer les travaux liés à l’ingénierie, à la certification et à la production.
Cette phase montre aussi pourquoi l’histoire de PAL-V est différente de celle d’un constructeur automobile traditionnel. La commercialisation ne dépend pas seulement de la mise au point d’un véhicule fiable : elle exige également une certification aéronautique complète avant que la Liberty puisse être livrée et exploitée conformément à sa vocation.
2020 : la Liberty obtient son admission sur route en Europe
PAL-V franchit une étape réglementaire majeure en 2020 lorsque la Liberty réussit les essais nécessaires à son admission routière européenne. Le véhicule peut alors être immatriculé et circuler sur route dans le cadre prévu par cette homologation.
Ce succès valide cependant uniquement la partie automobile du projet. Il ne signifie pas que la Liberty est autorisée à entrer en service comme aéronef. Cette distinction est essentielle pour comprendre la suite de l’histoire de PAL-V : la société possède désormais un véhicule reconnu sur route, mais doit encore achever un processus aéronautique beaucoup plus complexe avant de pouvoir réaliser des livraisons pleinement opérationnelles.
La même période voit PAL-V envisager différents scénarios de montée en production, dont un projet industriel annoncé en Inde. Plusieurs calendriers de fabrication et de livraison seront ensuite repoussés, signe des difficultés à synchroniser certification, industrialisation et ambitions commerciales.
2021 : l’EASA fixe la base de certification aéronautique de la Liberty
En 2021, le programme franchit une nouvelle étape lorsque PAL-V et l’EASA finalisent la base de certification applicable à la Liberty. Cette décision ne constitue toujours pas un certificat de type, mais elle définit précisément les exigences auxquelles le véhicule doit satisfaire pour obtenir son approbation aéronautique.
PAL-V entre alors dans la phase de démonstration de conformité. Le constructeur doit prouver, essais et documentation à l’appui, que l’appareil respecte les critères établis. Cette étape devient le principal facteur déterminant du calendrier de la marque. Alors que les premières projections commerciales envisageaient des livraisons beaucoup plus tôt, la complexité du processus repousse à plusieurs reprises leur échéance.
Dans le même temps, PAL-V poursuit la préparation de son environnement industriel et de la formation des futurs utilisateurs. Le caractère hybride du véhicule impose en effet des compétences allant au-delà de celles requises pour conduire une automobile : son utilisation en vol suppose une formation et les qualifications aéronautiques appropriées.
2024 : PAL-V passe progressivement de la mise au point à l’industrialisation
À partir de 2024, les annonces de PAL-V montrent un déplacement progressif des efforts vers la préparation de la production. Le développement des pales de rotor réalisé avec le centre aérospatial néerlandais NLR atteint notamment un stade permettant d’engager leur industrialisation. Ce jalon est significatif car il concerne un élément directement destiné aux futurs appareils de série et non plus seulement à des prototypes.
PAL-V prépare parallèlement des capacités d’assemblage et de livraison aux Pays-Bas. Cette évolution illustre la transformation progressive de l’entreprise : après avoir longtemps été essentiellement un programme d’ingénierie et de certification, elle cherche désormais à disposer de l’organisation nécessaire pour fabriquer les véhicules lorsque les autorisations finales seront obtenues.
La stratégie commerciale évolue également vers des usages professionnels en plus du marché privé. Les applications envisagées concernent notamment les services publics, les opérations de sécurité ou les missions nécessitant de combiner rapidement déplacement routier et liaison aérienne. PAL-V reste cependant concentrée sur la Liberty, qui demeure le modèle déterminant de son histoire plutôt qu’un élément d’une gamme automobile traditionnelle.
2025 : les derniers jalons réglementaires rapprochent PAL-V de la production
En 2025, PAL-V annonce avoir reçu de l’EASA une No Technical Objection concernant son programme de démonstration de conformité. Cette décision constitue un progrès important dans le processus engagé de longue date avec l’autorité européenne, mais elle ne correspond pas encore à la délivrance du certificat de type définitif.
Le volet automobile continue lui aussi de se structurer. En 2026, l’autorité néerlandaise RDW accorde à PAL-V une évaluation initiale liée à la conformité de production, étape nécessaire pour fabriquer des véhicules routiers dans un cadre industriel contrôlé. PAL-V IP B.V. apparaît alors avec un statut actif en matière de conformité de production dans la documentation officielle néerlandaise.
En août 2026, PAL-V reste donc une entreprise active dont la Liberty a franchi plusieurs étapes importantes sur la route et dans son processus aéronautique, sans avoir encore atteint le stade d’une production commerciale pleinement certifiée pour le vol. Le constructeur présente désormais 2027 comme objectif pour les premières livraisons de la Liberty Pioneer Edition. Cette échéance reste à considérer comme un calendrier annoncé tant que la certification aéronautique finale et les premières livraisons effectives n’ont pas été réalisées.
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