
Panoz est un constructeur américain de voitures de sport né à la fin des années 1980 en Géorgie sous l’impulsion de Daniel « Dan » Panoz. Parti d’un projet dérivé d’un châssis britannique développé en Irlande, le jeune constructeur s’est rapidement forgé une identité fondée sur des voitures légères, des moteurs V8 américains et une production artisanale. Sa notoriété a cependant largement dépassé ses volumes de fabrication grâce à l’engagement de Don Panoz, père du fondateur, qui a fait de la compétition d’endurance un puissant vecteur de développement et d’image. Des premiers Roadster aux succès internationaux en GT, en passant par des prototypes expérimentaux et plusieurs changements de structure, l’histoire de Panoz est celle d’un petit constructeur dont l’influence sportive a longtemps été disproportionnée par rapport à sa taille.
1989 : Dan Panoz fonde Panoz Auto Development en Géorgie
L’origine de Panoz remonte à la seconde moitié des années 1980. Dan Panoz travaille alors autour de l’importation aux États-Unis de Cobra Mk IV produites par Autokraft. À la recherche d’une base pour développer sa propre voiture de sport, il s’intéresse à la Thompson Motor Company, ou TMC, installée à Wexford en Irlande et alors en difficulté. Il récupère les droits et différents éléments liés au châssis de la TMC Costin, conçu à l’origine par l’ingénieur et aérodynamicien britannique Frank Costin.
Le projet est transféré aux États-Unis et profondément retravaillé. Le châssis est redimensionné, la suspension évolue et la voiture reçoit un groupe motopropulseur issu de Ford. Panoz Auto Development est officiellement fondée en 1989 au nord d’Atlanta. Cette naissance explique une caractéristique durable de la marque : marier une conception de sportive légère d’inspiration européenne à des mécaniques américaines disponibles, robustes et relativement faciles à entretenir.
1992 : le Panoz Roadster transforme le projet artisanal en véritable automobile de série
Après plusieurs années de développement, le Panoz Roadster devient le premier modèle réellement commercialisé par le constructeur. Les premières voitures avaient encore le statut de véhicules assemblés en petite série, mais Panoz franchit en 1992 une étape décisive avec une automobile pleinement homologuée pour le marché américain.
Le Roadster définit immédiatement l’architecture qui fera connaître la marque : moteur placé à l’avant mais reculé derrière l’essieu, propulsion et V8 américain dans une voiture compacte et légère. La production reste extrêmement limitée, avec seulement quelques dizaines d’exemplaires de cette première génération, mais l’objectif est atteint. Panoz existe désormais comme constructeur à part entière et non plus seulement comme atelier développant un prototype exotique.
1996 : l’AIV Roadster fait de l’aluminium une signature technique
Au milieu des années 1990, Panoz ne cherche pas à augmenter brutalement ses volumes. Le constructeur préfère faire évoluer son concept vers une automobile plus légère et plus sophistiquée. Cette démarche aboutit à l’AIV Roadster, pour « Aluminum Intensive Vehicle », lancé en 1996 selon la chronologie la plus solidement établie.
L’AIV adopte une structure faisant largement appel à l’aluminium et reçoit également un V8 Ford en aluminium. Cette évolution est importante parce qu’elle donne à Panoz une identité technique plus nette. La marque revendique alors un rôle pionnier aux États-Unis dans l’utilisation intensive de ce matériau, même si cette affirmation doit être comprise comme une revendication du constructeur. L’aluminium restera par la suite un élément récurrent des châssis Panoz, notamment sur l’Esperante puis l’Avezzano.
1997 : Don Panoz fait de la compétition le principal moteur de notoriété de la marque
La véritable rupture dans l’histoire de Panoz intervient lorsque Don Panoz, père de Dan et entrepreneur ayant fait fortune dans l’industrie pharmaceutique, engage des moyens considérables dans le sport automobile. Il rachète notamment le circuit de Road Atlanta puis met sur pied un programme international destiné à donner à la marque une visibilité que sa production routière ne pourrait obtenir seule.
Panoz travaille avec Reynard au développement de l’Esperante GTR-1, une voiture de compétition qui se distingue des nombreuses GT à moteur central arrière par son V8 installé devant l’habitacle mais derrière l’essieu avant. Le GTR-1 ne doit pas être considéré comme une simple Esperante routière transformée pour la piste : il s’agit avant tout d’un programme de course spécifique dont la voiture de série reprendra ensuite le nom et certains codes.
Cette période donne également naissance à l’une des expériences les plus audacieuses de Panoz. En 1998, la Q9 GTR-1 Hybrid associe le V8 à une assistance électrique et à un système de récupération d’énergie au freinage. Le projet ne réussit pas à se qualifier pour les 24 Heures du Mans, mais il inscrit très tôt Panoz dans la recherche sur l’hybridation en compétition.
1998 : Petit Le Mans et l’American Le Mans Series donnent à Panoz une influence internationale
Don Panoz ne se contente pas d’engager ses propres voitures. En 1998, il lance le Petit Le Mans à Road Atlanta avec l’appui de l’Automobile Club de l’Ouest, puis participe à la création de l’American Le Mans Series, dont la première saison se déroule en 1999. Le nom Panoz devient ainsi associé non seulement à un constructeur, mais aussi à l’organisation même de l’endurance nord-américaine.
Dans le même temps, la marque abandonne progressivement la catégorie GT1 au profit des prototypes. La LMP-1 Roadster S conserve l’architecture inhabituelle à moteur avant-central et remporte des courses importantes dès 1999. Elle parvient ensuite à battre les prototypes de constructeurs disposant de moyens largement supérieurs, notamment Audi. Ces succès installent durablement Panoz parmi les noms marquants de l’endurance de cette période.
2001 : l’Esperante installe Panoz sur le terrain des grandes GT
Avec l’Esperante, commercialisée au début des années 2000, Panoz cherche à dépasser le caractère très dépouillé de ses premiers roadsters. La nouvelle voiture conserve la construction légère et le recours aux V8 américains, mais adopte une présentation et une polyvalence davantage conformes à celles d’une véritable grand tourisme.
L’Esperante devient rapidement le modèle routier central de la marque. Son importance historique tient aussi à sa carrière en compétition. Développée en version GTLM, elle remporte en 2006 la catégorie GT2 aux 12 Heures de Sebring puis aux 24 Heures du Mans. Ce succès constitue l’un des sommets sportifs de Panoz, car il relie directement une automobile de production à une victoire majeure sur la scène internationale.
2012 : la fusion de l’ALMS marque la fin d’une période d’expansion sportive
Après les succès des années 2000, Panoz peine à transformer sa notoriété sportive en croissance industrielle. L’Abruzzi Spirit of Le Mans, dévoilée en 2010 comme une GT très exclusive produite en série limitée, illustre cette difficulté : un programme de 81 voitures est annoncé, mais aucune production de cette ampleur ne peut être considérée comme établie. Le projet reste très confidentiel.
Le changement le plus important intervient en 2012 lorsque Don Panoz et Jim France annoncent la fusion de l’American Le Mans Series avec Grand-Am. Le rapprochement aboutit en 2014 à un nouveau championnat unifié sous l’égide de l’IMSA. Panoz cesse ainsi de contrôler directement le championnat qui avait constitué pendant plus d’une décennie l’un des piliers de son influence.
Don Panoz reste néanmoins impliqué dans les projets expérimentaux. Il soutient notamment le DeltaWing, concept initialement imaginé en dehors de Panoz et développé autour d’une réduction radicale de la masse, de la traînée et de la consommation. Le DeltaWing appartient donc davantage à l’écosystème technologique de Panoz qu’à la lignée de ses voitures routières.
2017 : Green4U acquiert Panoz et ouvre une nouvelle phase
Après plusieurs années de production limitée et de projets spéciaux, Panoz présente l’Avezzano, dont la commercialisation est lancée autour de 2017. Ce coupé inaugure une nouvelle évolution du châssis en aluminium et sert rapidement de base à une voiture de course engagée en catégorie GT4.
La même année, un changement de structure important intervient. Green4U Technologies, société créée autour de projets de mobilité électrique auxquels Don Panoz est associé, acquiert Panoz LLC ainsi que Team Panoz Racing et des activités liées au DeltaWing. Cette opération rattache le petit constructeur à une stratégie plus large tournée vers l’électrification.
Green4U et Panoz présentent également un concept de GT électrique de compétition utilisant des batteries interchangeables. Comme d’autres projets ambitieux de la marque, celui-ci ne débouche toutefois pas sur le programme sportif annoncé. L’Avezzano connaît en revanche une carrière plus concrète et permet à Panoz de retrouver le succès en GT4.
2019 : les derniers titres GT4 referment l’époque sportive de Don Panoz
Don Panoz meurt en septembre 2018 alors que l’Avezzano GT est engagée avec succès en compétition. Le programme est maintenu l’année suivante et Team Panoz Racing remporte plusieurs titres en GT4 America en 2019. Ces résultats constituent le dernier grand cycle sportif documenté de la marque et prennent une dimension particulière puisqu’ils interviennent immédiatement après la disparition de l’homme qui avait transformé Panoz en acteur international de l’endurance.
Dans les années suivantes, l’activité publique de Panoz devient beaucoup plus discrète. La marque n’est pas officiellement disparue : son site institutionnel reste actif, elle conserve un service dédié aux voitures existantes ainsi qu’un musée à Hoschton, en Géorgie, et continue de se présenter comme constructeur de voitures de sport artisanales. En revanche, aucun nouveau programme industriel de grande ampleur ni engagement officiel comparable à ceux des décennies précédentes n’est documenté. Panoz subsiste donc aujourd’hui principalement comme constructeur américain de très petite série et marque patrimoniale, héritière d’une histoire où l’expérimentation technique et l’endurance ont compté davantage que les volumes de production.
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