Histoire de la marque Panther Westwinds

Panther Westwinds

Panther Westwinds apparaît au début des années 1970 dans le Surrey, en Angleterre, sous l’impulsion de Robert « Bob » Jankel. À rebours des grands constructeurs, l’entreprise se spécialise dans des automobiles fabriquées en petite série qui associent une esthétique inspirée des voitures de prestige d’avant-guerre à des mécaniques modernes. La J72 installe rapidement cette identité, avant que Panther ne cherche à élargir sa production avec la Lima. Cette montée en puissance provoque toutefois une crise financière majeure en 1980. Reprise par des investisseurs sud-coréens, la marque connaît ensuite une seconde vie avec la Kallista, puis tente un virage radical vers la haute technologie avec la Solo. La production britannique s’arrête finalement en 1990, malgré quelques prolongements et projets de renaissance ultérieurs.

1972 : Robert Jankel fonde Panther Westwinds autour de la J72

Robert Jankel crée Panther Westwinds en 1972 après avoir développé une activité autour de la restauration et de la transformation d’automobiles. Son projet prend une dimension commerciale avec la J72, une voiture conçue dans l’esprit des sportives britanniques des années 1930. Son dessin rappelle notamment la SS100 de Jaguar, mais la Panther n’est pas une simple reproduction : elle combine une carrosserie réalisée artisanalement avec des composants mécaniques modernes.

L’accueil réservé à la J72 convainc Jankel qu’un marché existe pour ce type d’automobile. Panther commence pourtant avec des moyens très limités. La fabrication de nombreux éléments est confiée à des sous-traitants, tandis que l’assemblage final reste assuré dans un petit atelier. La J72 établit dès l’origine la formule qui fait connaître Panther : une apparence volontairement classique associée à une base technique contemporaine et à une production presque sur mesure.

1973 : l’installation à Byfleet transforme l’atelier en petit constructeur

Les commandes obtenues après les premières présentations publiques de la J72 imposent rapidement une organisation plus solide. En 1973, Panther s’installe à Byfleet, près de l’ancien circuit de Brooklands. Ce déménagement marque une étape importante, car Jankel ne veut plus dépendre autant d’une multitude de fournisseurs extérieurs.

Panther intègre progressivement plusieurs compétences nécessaires à la fabrication de ses voitures, notamment dans la carrosserie, la sellerie et le vitrage. L’entreprise mène également des travaux de restauration, de transformation et de prototypage pour d’autres clients. Cette diversification permet de mieux utiliser les savoir-faire de l’atelier tout en donnant à Panther une capacité inhabituelle, pour un constructeur de cette taille, à concevoir et fabriquer rapidement des véhicules spéciaux.

1976 : la Lima doit faire entrer Panther dans une production plus importante

Au milieu des années 1970, Panther cherche à dépasser le marché très limité des automobiles de prestige fabriquées à quelques exemplaires. La Lima devient l’instrument principal de cette stratégie. Plus accessible que les créations les plus luxueuses de la marque, elle conserve le style néoclassique propre à Panther tout en utilisant une mécanique issue de Vauxhall.

La direction investit alors pour augmenter sensiblement les capacités de production. Le problème est que la demande ne progresse pas au même rythme. Panther se retrouve avec une structure industrielle dimensionnée pour fabriquer davantage de voitures que le marché ne peut en absorber. Ce déséquilibre pèse directement sur la trésorerie et prépare la crise qui éclate à la fin de la décennie.

1977 : la Panther 6 donne une dimension spectaculaire à la réputation de la marque

Présentée en 1977, la Panther 6 illustre une autre facette de l’entreprise. Cette imposante sportive à six roues rompt avec le simple exercice néoclassique et cherche avant tout à démontrer jusqu’où peut aller un petit constructeur indépendant. Sa configuration inhabituelle et ses ambitions de performances lui valent une forte couverture médiatique internationale.

La Panther 6 ne devient jamais un produit de grande série et son importance économique reste donc minime. Son rôle historique est ailleurs : elle installe durablement Panther parmi les constructeurs britanniques capables de produire des voitures extravagantes et techniquement audacieuses. Les vitesses supérieures à 200 mph parfois annoncées à son sujet doivent toutefois être considérées comme des revendications d’époque et non comme des performances officiellement établies.

1980 : la crise financière entraîne la reprise de Panther par Jindo

La stratégie d’expansion engagée autour de la Lima finit par dépasser les capacités financières de l’entreprise. En 1980, Panther Westwinds est placée sous receivership, une procédure britannique qui conduit à la nomination d’administrateurs chargés notamment de préserver et de céder les actifs. Il est donc plus exact de parler d’une mise sous administration suivie d’une reprise que d’une disparition immédiate de la marque.

Les actifs sont acquis la même année par Jindo Industries, groupe sud-coréen dirigé par Young C. Kim. Cette opération met fin à la première période de Panther sous le contrôle de Robert Jankel. L’activité est réorganisée sous le nom de Panther Car Company. La continuité de la marque cache ainsi une véritable rupture juridique, financière et stratégique. Le nouveau propriétaire doit désormais rendre viable un constructeur dont l’image reste forte mais dont le modèle économique a montré ses limites.

1982 : la Kallista rationalise la production sous contrôle coréen

La réponse de la nouvelle direction prend la forme de la Kallista, introduite au début des années 1980 pour succéder à la Lima. Visuellement, la voiture reste fidèle au style rétro qui a fait la réputation de Panther, mais sa conception industrielle évolue profondément. La carrosserie fait davantage appel à l’aluminium et les motorisations proviennent de Ford.

Surtout, Jindo organise une production partagée entre la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Des éléments majeurs, dont le châssis et la carrosserie, peuvent être préparés en Corée avant l’assemblage britannique. Cette organisation réduit le temps de fabrication et permet à Panther de produire plus rationnellement qu’à l’époque de la Lima. La Kallista devient ainsi le modèle central de la seconde période de la marque et représente sa tentative la plus cohérente de concilier fabrication en petite série, maîtrise des coûts et identité artisanale.

1984 : le projet Solo rompt avec l’esthétique néoclassique

Au milieu des années 1980, Young C. Kim estime que les roadsters rétro offrent des perspectives commerciales trop limitées. Panther entreprend alors son changement de cap le plus profond avec la Solo, une sportive à moteur central dont le premier prototype est présenté en 1984. Pour la première fois, la marque ne cherche plus à réinterpréter une automobile ancienne mais à créer un modèle résolument contemporain.

Le projet initial est rapidement remis en question par l’arrivée de sportives modernes produites à plus grande échelle, notamment la MR2 de Toyota. Panther choisit alors de repositionner la Solo beaucoup plus haut. Le programme évolue vers une 2+2 sophistiquée dotée d’un moteur Ford Cosworth turbocompressé, d’une transmission intégrale et d’une structure faisant appel à l’aluminium, à l’acier et aux matériaux composites.

Ce choix montre le niveau d’ambition technique atteint par Panther, mais il change aussi totalement la nature du défi. La marque, habituée aux petites séries artisanales relativement simples, doit désormais industrialiser une sportive complexe nécessitant des investissements, des mises au point et des compétences comparables à ceux de constructeurs beaucoup plus importants.

1987 : SsangYong prend le contrôle alors que Panther mise sur la Solo

En 1987, une nouvelle modification de l’actionnariat intervient lorsque SsangYong prend le contrôle majoritaire de Panther. Young C. Kim conserve une participation et demeure impliqué dans l’entreprise, mais Panther dispose désormais du soutien d’un constructeur automobile sud-coréen plus important.

Cette arrivée intervient au moment où la Solo atteint sa forme la plus ambitieuse. La version connue sous le nom de Solo 2 est présentée avec une transmission intégrale, un moteur Cosworth et une conception faisant largement appel aux technologies modernes de structure et d’aérodynamique. Pourtant, la sophistication du programme devient elle-même un handicap. Les coûts augmentent, la mise au point est difficile et la production demeure extrêmement faible par rapport aux volumes initialement envisagés. La Solo reste donc davantage une démonstration des capacités techniques de Panther qu’un produit capable d’assurer sa pérennité.

1990 : la production britannique cesse et les projets de renaissance restent sans suite

En 1990, Panther met fin à la production de la Kallista afin de concentrer ses ressources sur la Solo, mais cette stratégie ne permet pas de redresser durablement l’entreprise. Les activités de production britanniques cessent à leur tour cette année-là. Cette fermeture marque la fin de Panther comme constructeur automobile actif au Royaume-Uni.

L’histoire industrielle ne s’interrompt pas instantanément. SsangYong tente encore au début des années 1990 de produire en Corée du Sud une Kallista modifiée, mais les volumes restent très faibles et l’expérience ne débouche pas sur une véritable relance internationale de la marque.

Robert Jankel récupère ensuite les droits sur le nom Panther autour de la fin des années 1990 et du début des années 2000, la date exacte variant selon les sources. Il travaille sur une nouvelle sportive, connue comme le projet J99, avec l’ambition de faire renaître Panther. Le programme n’atteint toutefois jamais le stade d’une production commerciale. Jankel meurt en 2005 et aucune nouvelle série Panther Westwinds n’est lancée après cette tentative. La marque demeure aujourd’hui inactive comme constructeur automobile, tandis que ses J72, Lima, Kallista, Panther 6 et rares Solo témoignent d’une histoire marquée par l’artisanat britannique, deux reprises sous capitaux coréens et une ambition technique qui a fini par dépasser les moyens industriels disponibles.