Histoire de la marque Sbarro

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Sbarro naît de la trajectoire singulière de Franco Sbarro, mécanicien italien installé en Suisse à la fin des années 1950. Plus qu’un constructeur automobile traditionnel, Sbarro s’est développé comme un atelier de conception capable de créer des voitures sur mesure, des répliques, des prototypes et des solutions techniques expérimentales. Son histoire est ainsi moins celle d’une marque industrialisée à grande échelle que celle d’un laboratoire automobile artisanal, passé de la compétition aux concept-cars avant de faire de la formation une part essentielle de son activité.

1957 : Franco Sbarro s’installe en Suisse et entre dans l’automobile

Francesco, dit Franco Sbarro, s’installe en Suisse en 1957. Il se passionne très tôt pour la mécanique et commence à travailler dans l’automobile avant de se mettre à son compte comme mécanicien en 1959. Cette période lui permet d’acquérir une connaissance très concrète des voitures, fondée sur la réparation, l’adaptation et la fabrication plutôt que sur un parcours classique d’ingénieur ou de designer.

Il réalise également ses premiers travaux personnels, dont un prototype, annonçant déjà une manière de travailler qui restera caractéristique de Sbarro : partir d’une base existante lorsque cela est utile, la transformer profondément et ne pas hésiter à concevoir des solutions entièrement nouvelles.

1963 : la Scuderia Filipinetti donne à Sbarro une expérience décisive de la compétition

En 1963, Franco Sbarro rejoint la Scuderia Filipinetti, importante écurie suisse de compétition, où il devient chef mécanicien. Cette expérience joue un rôle déterminant dans sa formation. Le sport automobile lui impose la recherche de fiabilité, de performance et de solutions rapides, tout en le mettant au contact de voitures de haut niveau et d’un environnement technique beaucoup plus exigeant que celui d’un simple atelier de réparation.

La compétition ne deviendra pas ensuite l’activité principale de la future marque Sbarro, mais elle constitue son véritable socle technique. Lorsque Franco Sbarro quitte l’écurie quelques années plus tard, il possède l’expérience nécessaire pour créer sa propre structure et passer de la préparation automobile à la conception.

1968 : la création d’ACA Sbarro marque la naissance de l’entreprise

Le 8 mai 1968, Franco Sbarro fonde à Grandson, dans le canton de Vaud, l’Atelier d’Etude de constructions automobiles, généralement désigné par le sigle ACA. Son épouse Françoise Sbarro participe à la création de l’entreprise et prend une part importante dans sa gestion administrative. Cette date constitue le point de départ juridique le plus solide de l’histoire de Sbarro, même si certaines publications ont parfois retenu 1971 comme année de lancement de son activité de constructeur.

ACA se consacre à la création et à l’amélioration de carrosseries, à l’étude de nouvelles constructions automobiles et à la réalisation de véhicules particuliers. Dès l’origine, Sbarro ne cherche donc pas à reproduire le modèle d’un constructeur produisant une gamme en grande série. L’entreprise travaille principalement sur des projets spéciaux, des transformations et des automobiles fabriquées en très petites quantités.

1974 : les répliques et les premières créations originales installent le nom Sbarro

Au début des années 1970, l’atelier élargit progressivement son activité. Franco Sbarro construit des répliques de voitures historiques, répond à des commandes particulières et développe parallèlement ses propres créations. La BMW 328 Replica, lancée en 1974, devient l’une des réalisations les plus connues de cette première période. Produite en série limitée, elle montre que l’entreprise peut dépasser le strict prototype unique sans pour autant basculer vers une production industrielle.

Dans le même temps, Sbarro affirme une identité plus personnelle avec des projets comme la SV1 puis la Stash. Ces voitures sont importantes dans son évolution parce qu’elles démontrent que l’atelier ne se contente pas de réinterpréter des modèles existants. Il entend également concevoir ses propres carrosseries, expérimenter de nouvelles architectures et utiliser l’automobile comme terrain de recherche.

Cette orientation définit durablement Sbarro. La réputation de la marque ne reposera jamais sur les volumes de vente, mais sur sa capacité à présenter régulièrement des véhicules inattendus et techniquement réalisables, souvent à mi-chemin entre voiture de route, étude de style et prototype expérimental.

1985 : la Challenge I fait entrer Sbarro dans l’ère des concept-cars spectaculaires

Présentée en 1985, la Challenge I devient l’un des projets les plus représentatifs du Sbarro des années 1980. Sa carrosserie très basse et profilée illustre une recherche aérodynamique poussée, tandis que des caméras remplacent les rétroviseurs extérieurs traditionnels. À une époque où ce type d’équipement reste exceptionnel, la voiture montre que Franco Sbarro ne travaille plus seulement sur l’apparence, mais aussi sur des solutions destinées à remettre en question l’architecture automobile conventionnelle.

La Challenge I renforce surtout l’image internationale de Sbarro comme créateur de prototypes fonctionnels. Les salons automobiles deviennent alors une vitrine essentielle pour l’entreprise. Chaque nouvelle réalisation peut servir à démontrer une idée, attirer l’attention sur une solution technique ou explorer une forme que les grands constructeurs ne pourraient pas facilement produire en série.

1988 : la roue sans moyeu devient l’innovation la plus associée à Sbarro

À la fin des années 1980, Franco Sbarro développe le principe de la roue sans moyeu, également appelée roue orbitale. La famille de brevets correspondante revendique une priorité en novembre 1988 et le système devient publiquement associé à Sbarro à partir de 1989, notamment à travers des véhicules expérimentaux.

Cette invention constitue un tournant important car elle donne une dimension plus nettement technique au travail de l’entreprise. Le principe consiste à supprimer le moyeu central traditionnel et à repenser la manière dont la roue est guidée et entraînée. Même si cette architecture ne s’impose pas dans l’automobile de grande série, elle devient l’une des signatures les plus reconnaissables de Franco Sbarro et confirme sa réputation d’inventeur autant que de styliste.

1992 : Sbarro fait de la formation un nouveau pilier de son activité

En 1992, Franco Sbarro crée en Suisse l’Espace Sbarro et engage une nouvelle étape de son parcours : la transmission de son savoir-faire. Le projet pédagogique consiste à faire travailler des élèves sur la conception et la construction réelle de véhicules, depuis le dessin et le modelage jusqu’au châssis, à la carrosserie et à la mécanique.

La démarche se structure ensuite au milieu des années 1990 avec le développement d’ESPERA à Pontarlier. Les sources ne découpent pas toutes cette période de la même manière : certaines retiennent 1992 comme naissance de la formation Sbarro, tandis que d’autres distinguent l’Espace Sbarro, le centre ESPERA puis l’école proprement dite. Historiquement, l’essentiel est que le début des années 1990 marque le moment où la création automobile cesse de dépendre uniquement des projets personnels de Franco Sbarro et devient également une méthode d’enseignement.

Cette évolution modifie profondément la manière dont le nom Sbarro perdure. Les prototypes peuvent désormais être conçus et construits avec des promotions d’élèves, ce qui maintient une production régulière de véhicules expérimentaux sans nécessiter le développement d’une gamme commerciale traditionnelle.

2009 : l’intégration d’ESPERA à l’UTBM institutionnalise la transmission

Après son développement en France et son rapprochement avec le bassin automobile de Montbéliard, la formation ESPERA est intégrée en décembre 2009 à l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard. Cette étape donne un cadre universitaire durable à une pédagogie jusque-là directement associée à Franco Sbarro et à ses propres structures.

Le changement ne signifie toutefois pas que l’UTBM rachète la marque ou l’entreprise historique. L’école française et l’ACA suisse constituent des réalités distinctes. L’une poursuit la formation et la réalisation de prototypes avec des étudiants, tandis que l’autre reste la société fondée à Grandson. Cette distinction est importante pour comprendre l’évolution de Sbarro : il n’y a pas eu de reprise par un grand groupe automobile ni de transformation en constructeur industriel classique.

2026 : Sbarro subsiste entre atelier suisse et formation automobile

Au milieu des années 2020, Sbarro conserve ainsi une structure très différente de celle des grandes marques automobiles. L’ACA historique demeure une société suisse liée à la famille Sbarro. Un changement interne intervenu en 2024 a renforcé le rôle de Françoise Sbarro dans la gestion, tandis que Franco Sbarro est resté associé majoritaire et président. Aucun rachat industriel ni faillite de cette société historique n’a été identifié dans son évolution récente.

En parallèle, ESPERA Sbarro UTBM continue de faire vivre le nom à travers la conception de prototypes par les étudiants. L’année 2026 correspond néanmoins à une phase de réorganisation : la formation quitte ses locaux précédents et n’accueille pas de promotion 2026-2027, dans l’attente d’une installation plus durable prévue au sein de l’UTBM. La situation actuelle résume finalement la singularité de l’histoire de Sbarro : une entreprise artisanale née en 1968, devenue un laboratoire de concept-cars et d’innovations, puis prolongée par une activité pédagogique qui maintient vivant son savoir-faire automobile.