
Micro Mobility Systems est une entreprise suisse née dans les années 1990 autour d’une idée simple : proposer des moyens de déplacement beaucoup plus compacts que l’automobile traditionnelle pour les trajets urbains courts. Fondée par Wim Ouboter à Küsnacht, près de Zurich, elle se fait d’abord connaître avec ses trottinettes pliantes avant de se tourner vers la propulsion électrique puis vers un véhicule à quatre roues, le Microlino. Cette évolution ne s’est pas faite d’un seul mouvement : succès mondial, concurrence des copies, électrification, difficultés d’industrialisation et conflit avec un partenaire ont progressivement conduit Micro à devenir un acteur atypique de la mobilité automobile légère.
1996 : Wim Ouboter pose les bases de Micro Mobility Systems
Micro Mobility Systems situe ses origines en 1996, lorsque l’entrepreneur suisse Wim Ouboter développe à Küsnacht un moyen de déplacement compact destiné à couvrir les courtes distances urbaines. Son idée n’est alors pas de créer une voiture, mais de résoudre un problème très concret : parcourir rapidement les derniers kilomètres d’un trajet sans utiliser un véhicule lourd et encombrant.
Le premier Micro Scooter pliant en aluminium apparaît dès 1997. En 1998, un partenariat autour du Kickboard avec K2 contribue à faire connaître le concept, puis le succès commercial s’accélère à partir de 1999, notamment après sa présentation au salon ISPO de Munich. Certaines sources retiennent d’ailleurs 1999 comme date de fondation ou de véritable lancement commercial de l’entreprise. Pour retracer son histoire avec précision, il est donc préférable de considérer 1996 comme l’origine revendiquée par Micro et 1999 comme l’année de son essor international.
1999 : le succès mondial du Micro Scooter transforme l’entreprise
À la fin des années 1990, la trottinette Micro devient un phénomène commercial bien au-delà de la Suisse. Sa conception pliable, légère et facilement transportable répond à un usage urbain encore peu structuré à l’époque. Ce succès donne à Micro une visibilité mondiale, mais expose rapidement l’entreprise à une difficulté qui marquera durablement sa culture industrielle : la multiplication des copies à bas prix.
Le marché est bientôt envahi par des produits imitant le concept original, provoquant une forte pression sur les prix. Micro choisit alors de ne pas dépendre d’un unique produit. En 2001, le Mini Micro destiné aux enfants illustre cette diversification. L’épisode pousse également l’entreprise à accorder une importance croissante à la protection de ses dessins et modèles, un enjeu qui réapparaîtra plusieurs années plus tard lorsque Micro entrera dans l’univers automobile.
2013 : l’eMicro One prépare le passage à la mobilité électrique
Après avoir élargi sa gamme de trottinettes et de solutions de déplacement léger, Micro franchit une nouvelle étape avec l’eMicro One. Présenté en 2013, ce scooter électrique utilise une assistance liée au mouvement de l’utilisateur. Il ne constitue pas encore une automobile, mais il marque l’entrée de Micro dans une mobilité où l’énergie électrique joue un rôle central.
Cette expérience permet à l’entreprise de développer des compétences et une réflexion nouvelles autour des batteries, de la motorisation et des déplacements urbains motorisés. Surtout, elle montre que la philosophie initiale de Micro peut dépasser la trottinette. L’entreprise commence à envisager un véhicule fermé, capable de protéger ses occupants tout en restant nettement plus petit et plus léger qu’une voiture conventionnelle.
2015 : la famille Ouboter lance le projet automobile Microlino
En 2015, Oliver et Merlin Ouboter, les fils du fondateur, prennent une part déterminante dans le développement d’un véhicule électrique à quatre roues. Micro travaille notamment avec la Zurich University of Applied Sciences afin de transformer cette idée en prototype. Le projet reprend le principe d’une microvoiture extrêmement compacte, adaptée aux trajets urbains quotidiens.
Le dessin du futur Microlino rappelle volontairement les « bubble cars » européennes de l’après-guerre, en particulier l’Isetta, conçue à l’origine par Iso avant d’être produite sous licence et largement popularisée par BMW. Le Microlino en reprend notamment l’idée spectaculaire d’une porte frontale, tout en l’associant à une chaîne de traction électrique contemporaine.
Présenté au Salon de Genève en 2016, le prototype provoque un intérêt beaucoup plus important que prévu. Plus de 500 réservations sont enregistrées en deux jours. Ce résultat convainc la famille Ouboter de faire du projet autre chose qu’un simple démonstrateur destiné à promouvoir les activités de Micro. Le Microlino devient alors un véritable programme industriel.
2018 : l’homologation du premier Microlino révèle les difficultés de l’industrialisation
Après plusieurs années de développement, une première présérie du Microlino voit le jour et le véhicule obtient en 2018 son homologation européenne. Cette étape donne à Micro la possibilité réglementaire de commercialiser son véhicule, mais elle ne résout pas la question la plus difficile : produire une microvoiture en série avec une qualité et des coûts maîtrisés.
Micro dépend alors de partenaires extérieurs pour la fabrication. Le projet repose notamment sur TMI, société appartenant au groupe italien Tazzari. La situation change profondément à la fin de 2018 lorsque TMI est reprise par le constructeur allemand Artega. La production envisagée pour le Microlino est déplacée vers l’Allemagne et les relations entre les différentes parties se détériorent rapidement.
2019 : le conflit avec Artega oblige Micro à repartir sur de nouvelles bases
Le désaccord devient public lorsque Artega développe son propre véhicule dérivé du projet, d’abord présenté sous le nom Karolino puis sous celui de Karo. Micro engage alors une procédure judiciaire pour défendre ses intérêts et son design. Le conflit se conclut à la fin de 2019 par un accord amiable : Artega poursuit son véhicule de son côté tandis que Micro récupère la liberté de développer le Microlino avec un nouveau partenaire.
Cette rupture a des conséquences plus profondes qu’un simple retard de calendrier. Les essais menés sur les véhicules de présérie conduisent également Micro à constater que la première version du Microlino ne répond pas suffisamment à ses ambitions en matière de qualité, de comportement routier et de sécurité. Plutôt que de relancer immédiatement la production, la famille Ouboter décide donc de revoir largement le projet.
2020 : CECOMP et le Microlino 2.0 relancent le programme
En 2020, Micro choisit le spécialiste italien CECOMP, établi dans la région de Turin, comme nouveau partenaire de développement et de production. Le véhicule est profondément remanié et devient le Microlino 2.0. Cette évolution ne se limite pas à une modification esthétique : elle introduit notamment une nouvelle structure monocoque combinant acier et aluminium et une conception davantage pensée pour la fabrication en série.
Le changement de stratégie est également industriel. Micro avait initialement cherché à rester un concepteur s’appuyant sur des sous-traitants pour la construction de son véhicule. Après les difficultés rencontrées avec le premier programme, l’entreprise choisit de s’impliquer directement dans la production. Avec CECOMP, elle met en place Microlino Italia et prépare une ligne d’assemblage à Turin afin de mieux contrôler la qualité, les coûts et le calendrier.
2022 : la production en série du Microlino commence enfin à Turin
En 2022, six ans après la présentation du premier prototype à Genève, le Microlino entre réellement en production de série. Les 999 premiers exemplaires sont regroupés dans une Pioneer Series destinée notamment aux premiers clients ayant soutenu le projet. Cette mise en fabrication constitue le véritable passage de Micro du statut de spécialiste de la micromobilité à celui d’entreprise engagée dans la construction de véhicules routiers.
Le Microlino reste toutefois juridiquement différent d’une voiture particulière classique. Sa version principale appartient à la catégorie européenne L7e des quadricycles lourds. Ce statut lui permet de conserver un format, un poids et une conception éloignés des automobiles conventionnelles. En 2023, le millième exemplaire sort de production tandis que les livraisons progressent notamment en Suisse, en Allemagne et en Italie.
2024 : Micro élargit le Microlino tout en affrontant le défi de la rentabilité
À partir de 2024, Micro cherche à transformer le Microlino en une véritable famille de véhicules. Le Microlino Lite, classé dans la catégorie L6e et limité à 45 km/h, élargit le concept au marché des quadricycles légers. La Spiaggina, inspirée des petites voitures de loisirs ouvertes, illustre une autre voie de diversification. Ces variantes prolongent le programme sans modifier son principe central : utiliser le moins de véhicule possible pour les déplacements urbains.
Cette période fait cependant apparaître clairement les limites économiques d’une production encore relativement faible en Europe. Au cours de 2024, environ 3 700 Microlino cumulés sont annoncés, mais l’usine de Turin reste loin des volumes d’un constructeur automobile traditionnel. Micro commence à rechercher des solutions permettant de réduire ses coûts et envisage l’arrivée éventuelle d’un partenaire industriel ou financier. Il ne s’agit toutefois ni d’une faillite ni d’un rachat : la famille Ouboter conserve le contrôle de l’entreprise.
2026 : Micro reste indépendante face aux enjeux industriels et réglementaires
En 2026, Micro Mobility Systems et la marque Microlino poursuivent leurs activités et leur développement commercial sur plusieurs marchés européens. L’entreprise demeure contrôlée par Wim Ouboter et sa famille, tandis que la production du Microlino reste associée à Turin. La question centrale n’est désormais plus de prouver qu’une microvoiture électrique peut être produite, mais de rendre ce modèle industriel durable à une échelle suffisante.
Le statut réglementaire particulier du Microlino constitue parallèlement un enjeu important. En Suisse, son classement comme quadricycle l’exclut notamment de certains mécanismes liés aux crédits de CO2 réservés aux voitures particulières. Microlino a contesté cette différence de traitement et engagé en juin 2026 un recours devant le Tribunal administratif fédéral. L’entreprise évoque également la possibilité de déplacer à terme une partie de sa production vers une région moins coûteuse si les conditions industrielles européennes deviennent trop difficiles. À l’été 2026, Micro n’a donc connu ni faillite ni changement de propriétaire majeur : son histoire se poursuit autour d’un défi désormais économique et réglementaire, celui de faire de la microvoiture électrique une activité durable au-delà du succès de son concept.
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