Histoire de la marque Seres

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Seres est une marque automobile chinoise récente dont les racines industrielles remontent pourtant aux années 1980 à Chongqing. Son histoire est étroitement liée à l’entrepreneur Zhang Xinghai, au développement du groupe Sokon, puis à un virage stratégique vers les véhicules électrifiés et intelligents. D’abord conçue comme un projet technologique sino-américain sous le nom SF Motors, la marque prend le nom Seres à la fin des années 2010 avant de connaître une nouvelle accélération grâce à son partenariat avec Huawei et à la création d’AITO.

1986 : Zhang Xinghai pose les premières bases industrielles du futur groupe Seres

L’histoire de Seres commence bien avant l’apparition de ce nom sur une automobile. En 1986, à Chongqing, Zhang Xinghai développe une activité industrielle spécialisée notamment dans les ressorts et certains composants destinés à l’automobile. Cette entreprise constitue l’origine revendiquée par l’actuel Seres Group.

Il faut toutefois distinguer cette date de la naissance de la marque automobile Seres elle-même. En 1986, il n’existe encore ni constructeur Seres ni gamme de voitures portant ce nom. Cette première période est surtout celle de l’apprentissage industriel et de l’intégration progressive dans la filière automobile chinoise.

2003 : l’alliance avec Dongfeng fait entrer le groupe dans la construction automobile

Un changement décisif intervient en 2003 avec la création d’une coentreprise automobile associant les intérêts de Zhang Xinghai à Dongfeng. Cette structure, connue par la suite à travers DFSK, permet au groupe de passer de la fourniture de composants à la fabrication de véhicules complets.

Cette coopération donne au futur groupe Seres une base industrielle beaucoup plus solide. Elle lui apporte l’expérience de la production automobile en série, un réseau industriel et des compétences qui deviendront essentielles lorsque l’entreprise décidera de se tourner vers les véhicules à énergies nouvelles.

La structure capitalistique se précise également durant cette période. En 2007, Zhang Xinghai et ses frères constituent la société qui deviendra progressivement Sokon Automobile puis Sokon Industrial Group. Le nom Sokon s’impose ainsi comme celui du groupe avant l’apparition de Seres.

2016 : SF Motors lance le virage vers la voiture électrique

En 2016, le groupe Sokon engage une transformation beaucoup plus ambitieuse. La société entre à la Bourse de Shanghai et fait du véhicule à énergies nouvelles un axe majeur de son développement. Dans le même temps, elle crée en Californie SF Motors, une structure pensée pour concevoir des véhicules électriques destinés à un marché international.

Installé dans la Silicon Valley, le projet doit rapprocher les capacités industrielles chinoises des compétences américaines en matière de logiciels, d’électronique et de mobilité électrique. SF Motors développe des centres de recherche aux États-Unis et en Chine et acquiert également une ancienne usine automobile dans l’Indiana. L’objectif est alors de bâtir un constructeur capable de rivaliser avec les nouveaux acteurs de l’électrique, dans un contexte où Tesla a profondément modifié les attentes autour de ce type de véhicules.

Cette étape constitue la véritable origine directe de la future marque Seres. Elle ne naît donc pas comme une simple nouvelle appellation commerciale de DFSK, mais comme un projet distinct centré sur l’électrification, les technologies connectées et une ambition internationale.

2019 : SF Motors devient Seres et le SF5 concrétise le projet

Après avoir présenté les SUV électriques SF5 et SF7 en 2018, SF Motors adopte publiquement le nom Seres en 2019. Le changement accompagne le passage d’une phase de développement technologique à une véritable phase d’industrialisation. Le Seres SF5 devient alors le modèle central de cette nouvelle identité.

Le SF5 joue un rôle historique plus important que celui d’un simple premier modèle. Il matérialise la volonté de Seres de travailler à la fois sur le véhicule électrique à batterie et sur la solution à prolongateur d’autonomie, dans laquelle un moteur thermique produit de l’électricité afin d’étendre l’autonomie disponible. Cette architecture deviendra ensuite particulièrement importante dans l’évolution du groupe.

L’année 2019 marque cependant aussi un recul stratégique. Le projet de lancer rapidement la production du SF5 aux États-Unis est suspendu, dans un contexte de marché automobile chinois difficile et de tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Seres recentre alors davantage son développement industriel sur la Chine, où une première usine intelligente entre en activité à Chongqing.

2021 : le partenariat avec Huawei change l’échelle de Seres

Le tournant le plus déterminant de l’histoire récente de Seres intervient en 2021. Le constructeur commence à travailler étroitement avec Huawei autour du SF5, qui est notamment distribué dans certains magasins du groupe technologique en Chine. Seres bénéficie ainsi d’une visibilité commerciale et d’un écosystème technologique qu’il aurait difficilement pu construire seul à la même vitesse.

La coopération dépasse rapidement la simple distribution. À la fin de 2021 apparaît AITO, nouvelle marque développée dans le cadre du partenariat entre Seres et Huawei. Son premier modèle, le M5, associe les compétences de Seres en matière de conception et de production automobile aux technologies de Huawei, notamment dans la chaîne de traction électrique, les systèmes connectés et l’interface numérique.

AITO transforme profondément la trajectoire de Seres. Alors que le SF5 avait installé la jeune marque sur le marché de l’électrification, le M5 ouvre une stratégie orientée vers les véhicules intelligents et plus haut de gamme. Le rôle de Huawei devient dès lors central dans le développement commercial et technologique du constructeur, sans pour autant signifier que Seres appartient à Huawei.

2022 : Sokon devient officiellement Seres Group

En 2022, le changement d’identité atteint la société mère elle-même. Chongqing Sokon Industrial Group adopte officiellement le nom Seres Group. Ce changement de dénomination traduit la place désormais dominante prise par les véhicules électrifiés dans la stratégie du groupe.

Il entraîne aussi une distinction importante pour comprendre l’histoire de l’entreprise. Seres n’est plus seulement le nom associé à une gamme automobile issue de SF Motors : il devient celui du groupe industriel dans son ensemble. DFSK continue néanmoins d’exister dans son propre positionnement, tandis qu’AITO prend progressivement une importance croissante sur le marché chinois.

2023 : les AITO M7 et M9 accélèrent la montée en gamme

À partir de 2023, la collaboration avec Huawei entre dans une nouvelle dimension. Le renouvellement du M7 puis l’arrivée du M9 permettent à AITO de s’installer sur des segments plus élevés du marché chinois. Le M9 joue en particulier un rôle symbolique dans la transformation de l’image du groupe, désormais capable de proposer des véhicules positionnés face aux offres premium des principaux constructeurs chinois et internationaux.

Cette progression commerciale contribue aussi à améliorer la situation financière de Seres Group, qui renoue avec les bénéfices en 2024. L’entreprise n’est alors plus seulement le groupe industriel ayant lancé une jeune marque électrique quelques années auparavant : elle devient l’un des constructeurs chinois directement associés à la montée en puissance des véhicules intelligents à prolongateur d’autonomie et des écosystèmes numériques embarqués.

2024 : Seres consolide son alliance technologique et son outil industriel

Seres cherche ensuite à rendre sa croissance moins dépendante de simples accords commerciaux. En 2024, sa filiale automobile conclut l’acquisition de 10 % de Yinwang, société créée autour des activités de solutions automobiles intelligentes de Huawei. L’opération, finalisée en 2025, donne à Seres une participation directe dans l’un des principaux fournisseurs technologiques de ses véhicules, tandis que Huawei demeure l’actionnaire largement majoritaire de cette structure.

En parallèle, Seres renforce son contrôle sur sa production en prenant directement possession de sa grande usine de véhicules électriques à Chongqing. Cette consolidation industrielle accompagne une nouvelle étape financière avec la cotation du groupe à Hong Kong en 2025, en complément de sa présence à la Bourse de Shanghai.

La situation actuelle reflète cette histoire complexe. Seres existe toujours comme nom de groupe et comme marque automobile sur certains marchés internationaux, mais en Chine, AITO occupe désormais une place centrale dans l’activité automobile haut de gamme du groupe. Seres n’a donc ni disparu ni été racheté par Huawei : la marque est devenue l’une des composantes d’un ensemble industriel dont l’évolution récente repose sur une coopération technologique étroite avec Huawei, une production largement concentrée en Chine et une stratégie tournée vers les véhicules électrifiés et intelligents.