
Sunbeam trouve ses origines à Wolverhampton, en Angleterre, dans l’entreprise de l’industriel John Marston. Avant de devenir un nom de l’automobile britannique, Sunbeam désigne d’abord des bicyclettes produites à la fin du XIXe siècle. La marque passe ensuite à l’automobile, se forge une réputation grâce à l’ingénierie de Louis Coatalen, aux Grands Prix et aux records de vitesse, puis change plusieurs fois de propriétaire. Intégrée successivement à STD Motors, au groupe Rootes, à Chrysler puis à l’ensemble repris par Peugeot, elle connaît plusieurs transformations profondes avant que le nom Sunbeam ne disparaisse de la production automobile au début des années 1980.
1870 : John Marston pose les bases de l’entreprise à Wolverhampton
L’histoire de Sunbeam commence avant l’automobile. En 1870, John Marston reprend à Wolverhampton une entreprise spécialisée dans le travail et le vernissage décoratif du métal. L’activité se diversifie progressivement, notamment vers la fabrication de bicyclettes, un secteur alors en pleine expansion en Grande-Bretagne.
En 1887 apparaît une bicyclette baptisée The Sunbeam, et le nom est enregistré l’année suivante. Cette chronologie est importante car Sunbeam ne naît donc pas directement comme constructeur automobile. Le nom possède déjà une identité industrielle lorsque Marston commence à s’intéresser aux véhicules motorisés à la fin du XIXe siècle.
1905 : la Sunbeam Motor Car Company devient une entreprise automobile autonome
Les premières expériences automobiles associées à Sunbeam remontent à 1899, même si les sources historiques distinguent parfois cette première réalisation du véritable démarrage de la production commerciale, qui intervient au début des années 1900. La croissance de cette nouvelle activité conduit en 1905 à la création de la Sunbeam Motor Car Company Ltd, toujours à Wolverhampton, avec John Marston à sa présidence.
Cette création marque le véritable passage de Sunbeam du monde du cycle à celui de l’automobile. La société développe désormais ses propres voitures et construit progressivement une identité de constructeur britannique tournée vers la qualité mécanique et les performances.
1909 : Louis Coatalen fait de Sunbeam une marque d’ingénierie et de compétition
L’arrivée de l’ingénieur français Louis Coatalen en 1909 constitue l’un des tournants les plus importants de l’histoire de Sunbeam. Nommé ingénieur en chef, il utilise la compétition comme un moyen de développer les voitures, de démontrer leur fiabilité et d’accroître le prestige de la marque. Sous son impulsion, Sunbeam devient étroitement associée aux moteurs performants et aux grandes épreuves automobiles.
Cette culture technique dépasse rapidement l’automobile. À partir de 1913, Sunbeam développe également des moteurs d’avion et joue un rôle industriel important pendant la Première Guerre mondiale. Après le conflit, la compétition redevient une vitrine essentielle. En 1923, Henry Segrave remporte le Grand Prix de l’ACF à Tours sur Sunbeam, un succès particulièrement marquant pour l’industrie automobile britannique.
Les records de vitesse prolongent cette stratégie. En 1927, Segrave conduit la spectaculaire Sunbeam 1000 hp au-delà de la barre officielle des 200 mph. Cette performance internationale installe durablement Sunbeam parmi les noms associés aux grandes avancées de la vitesse automobile de l’entre-deux-guerres.
1920 : Sunbeam rejoint le groupe STD Motors
Alors même que sa réputation sportive progresse, Sunbeam perd une partie de son indépendance financière. En 1920, la marque est intégrée à un ensemble réunissant Sunbeam, Talbot et Darracq, connu sous le nom de STD Motors. Les différentes marques conservent néanmoins leur identité, leurs usines et une importante autonomie technique.
Cette organisation permet à Sunbeam de poursuivre ses programmes ambitieux, mais le groupe rencontre progressivement de graves difficultés financières. Le coût de ses activités, une gamme qui peine à rester compétitive et la fragilité générale de STD finissent par peser lourdement. Sunbeam entre sous administration en 1934, prélude à une rupture décisive avec l’entreprise indépendante née à Wolverhampton.
1935 : le groupe Rootes rachète Sunbeam et transforme son statut
En 1935, le groupe Rootes prend le contrôle de Sunbeam. Ce rachat ne correspond pas à une simple poursuite de l’ancienne Sunbeam Motor Car Company. Rootes récupère surtout une marque connue et son prestige, puis l’intègre à sa propre organisation industrielle, où figurent déjà plusieurs constructeurs britanniques.
À partir de 1938, Rootes exploite le nom sous la forme Sunbeam-Talbot. Les nouvelles voitures sont largement issues de la stratégie et des bases techniques du groupe. Il faut donc distinguer la continuité du nom Sunbeam de celle du constructeur originel : après le rachat, l’identité commerciale survit, mais l’entreprise autonome qui avait bâti sa réputation dans les années 1910 et 1920 appartient au passé.
1953 : la Sunbeam Alpine relance l’image sportive de la marque
Après la Seconde Guerre mondiale, Rootes remet Sunbeam au premier plan grâce aux rallyes et aux modèles Sunbeam-Talbot. La Sunbeam-Talbot 90 contribue notamment à reconstruire la réputation sportive de la marque. Cette orientation débouche en 1953 sur la Sunbeam Alpine, dont le nom fait directement référence aux succès obtenus dans les épreuves alpines.
L’Alpine joue un rôle historique plus large qu’un simple lancement de modèle. Elle est commercialisée sous le seul nom Sunbeam, annonçant l’abandon progressif de l’appellation Sunbeam-Talbot. Au milieu des années 1950, Rootes choisit ainsi de remettre directement en avant le nom Sunbeam, jugé suffisamment fort pour porter à lui seul l’identité sportive de la marque.
Une nouvelle génération d’Alpine apparaît en 1959. Plus moderne et pensée notamment pour les marchés d’exportation, elle fixe durablement l’image de Sunbeam comme constructeur de roadsters britanniques accessibles et sportifs.
1964 : la Sunbeam Tiger accompagne l’ouverture vers le marché américain
En 1964, Rootes pousse plus loin le concept de l’Alpine avec la Sunbeam Tiger. Le projet naît d’un prototype développé pour le groupe par Carroll Shelby et son équipe. En associant le châssis compact de l’Alpine à un moteur V8 américain, la Tiger donne à Sunbeam une image plus puissante et renforce son attrait sur le marché nord-américain.
La même année, Rootes traverse cependant une période financière difficile et Chrysler prend une participation importante dans le groupe. Le constructeur américain en obtient finalement le contrôle en 1967. Sunbeam change alors une nouvelle fois de cadre industriel : elle n’est plus seulement une marque du groupe Rootes, mais l’une des nombreuses enseignes héritées par Chrysler en Europe.
1977 : Chrysler réutilise Sunbeam comme nom de modèle
Au cours des années 1970, Chrysler rationalise les anciennes marques de Rootes. Sunbeam cesse alors d’exister comme marque automobile autonome. Le nom n’est pourtant pas abandonné immédiatement : en 1977, Chrysler lance une nouvelle compacte appelée Chrysler Sunbeam.
Cette voiture ne constitue pas une renaissance de la société Sunbeam historique. Sunbeam est désormais un nom de modèle au sein de la gamme Chrysler Europe. La distinction est essentielle pour comprendre la fin de la chronologie : le nom survit, mais la marque en tant qu’entité commerciale indépendante a disparu.
En 1978, Peugeot reprend les activités européennes de Chrysler. Le groupe réactive ensuite le nom Talbot, et la Chrysler Sunbeam devient Talbot Sunbeam. Le nom Sunbeam entre ainsi dans sa dernière phase automobile, cette fois sous la responsabilité d’un groupe français.
1981 : la Talbot Sunbeam Lotus remporte un dernier titre avant l’arrêt de la production
La dernière période de Sunbeam est marquée par une ultime réussite sportive. Développée avec Lotus, la Talbot Sunbeam Lotus transforme la compacte en véritable voiture de rallye. Après plusieurs succès importants, elle contribue au titre de champion du monde des rallyes des constructeurs remporté par Talbot en 1981.
Ce titre constitue le dernier grand résultat international associé au nom Sunbeam, mais il intervient précisément au moment où la production touche à sa fin. L’usine de Linwood ferme en 1981 et la fabrication du modèle s’arrête. Sunbeam n’est ensuite pas relancée comme marque automobile de série. Le nom reste lié à son histoire britannique, aux exploits de Louis Coatalen et Henry Segrave, aux Alpine et Tiger ainsi qu’à la Sunbeam Lotus, mais il ne figure plus parmi les marques automobiles actives aujourd’hui.
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