
Ultima est une marque britannique de voitures de sport dont l’histoire commence en 1983 autour de Lee Noble, bien avant la création juridique d’Ultima Sports Limited. Née dans un environnement artisanal proche de la compétition, elle s’est progressivement spécialisée dans des voitures à moteur central, très légères et capables d’accueillir de puissants V8. Son évolution repose sur quelques étapes décisives : le développement des premières Mk, l’arrivée de Ted et Richard Marlow, l’utilisation de châssis Ultima dans le programme de développement de la McLaren F1, la transformation du concept en supercar routière avec l’Ultima Sport, puis le succès des GTR, Evolution et RS. En 2026, la vente de la marque et de ses actifs industriels à l’américain Peregryn Motors ouvre une nouvelle période de son histoire.
1983 : Lee Noble crée la première Ultima
L’histoire d’Ultima débute en 1983 avec l’ingénieur et concepteur britannique Lee Noble. Au sein de Noble Motorsport, il développe l’Ultima Mk1, une voiture de sport artisanale à moteur central conçue dans un esprit très différent de celui des grands constructeurs. La priorité est donnée à la légèreté, à une architecture simple et à un châssis destiné à offrir des performances élevées sans recourir aux moyens industriels d’une grande marque.
La Mk1 reste essentiellement un prototype fondateur. Elle évolue rapidement vers la Mk2, qui permet au projet de gagner en maturité et de se rapprocher davantage de la compétition. C’est à cette époque que Ted Marlow entre dans l’histoire d’Ultima. Premier client de Noble Motorsport, il utilise la voiture en compétition et travaille directement avec Lee Noble. Cette rencontre est décisive, car la famille Marlow jouera quelques années plus tard un rôle central dans la transformation d’Ultima en véritable entreprise.
Ted Marlow modifie également sa voiture pour recevoir un V8 Chevrolet associé à une transmission provenant de Porsche. Cette configuration contribue à établir une formule qui deviendra caractéristique des Ultima ultérieures : une voiture légère à moteur central propulsée par un gros V8 américain. L’association avec des moteurs Chevrolet s’inscrira durablement dans l’identité technique de la marque.
1989 : l’Ultima Mk3 porte le concept à maturité
À la fin des années 1980, Noble Motorsport développe l’Ultima Mk3. Le châssis et la carrosserie sont retravaillés, tandis que le concept se rapproche davantage d’une véritable supercar artisanale. Cette génération marque une étape importante, car sa conception attire bientôt l’attention d’un constructeur engagé dans l’un des programmes automobiles les plus ambitieux de l’époque.
Entre 1990 et 1992, McLaren utilise deux châssis Ultima comme véhicules de développement pour la future McLaren F1. Ces mulets, connus sous les surnoms d’« Albert » et d’« Edward », servent à tester plusieurs éléments essentiels, notamment la position de conduite, la transmission, les systèmes de refroidissement et, dans le cas d’Edward, le V12 BMW destiné à la F1. Le choix d’un châssis Ultima s’explique par son architecture à moteur central et sa capacité à servir de plateforme d’essais légère et adaptable.
Cet épisode n’établit pas un lien capitalistique entre les deux marques et Ultima ne participe pas à la conception de la McLaren F1 au sens industriel. Il constitue néanmoins un moment important pour sa réputation, car il montre que son architecture pouvait servir de base de travail à un programme de supercar particulièrement exigeant.
1992 : Ted et Richard Marlow reprennent Ultima
En 1992, l’histoire de la marque change de direction. Ted Marlow et son fils Richard acquièrent auprès de Noble Motorsport la marque Ultima ainsi que les droits, les moules et les éléments nécessaires à la poursuite du projet. Ultima Sports Limited est constituée juridiquement le 8 décembre 1992. Cette date doit être distinguée de 1983 : la première Ultima apparaît bien sous Lee Noble en 1983, mais la société Ultima Sports telle qu’elle sera développée par les Marlow naît en 1992.
Lee Noble quitte alors l’histoire opérationnelle d’Ultima. Sa trajectoire ultérieure, notamment avec Noble, appartient à une entreprise distincte. Les Marlow, de leur côté, ne se contentent pas de poursuivre la fabrication de la Mk3. Ils revoient profondément le concept afin d’en faire une voiture plus adaptée à la route, plus facile à assembler et mieux adaptée à une clientèle internationale.
Cette transformation donne naissance à l’Ultima Sport. Elle conserve le principe d’un châssis léger à moteur central, mais l’objectif devient désormais de proposer une supercar utilisable en dehors des circuits et commercialisable sous forme de composants. En 1993, l’activité est transférée à Hinckley, dans le Leicestershire, tandis que l’entreprise travaille sur les versions à conduite à gauche et commence à développer ses exportations.
1993 : la Sport et la Spyder installent Ultima sur la route
La première moitié des années 1990 est consacrée à la transformation d’Ultima en constructeur artisanal durable. L’Ultima Sport constitue la base de cette nouvelle période, tandis que la Spyder, introduite en 1993, apporte une carrosserie ouverte. Son rôle historique ne tient pas seulement à sa silhouette : elle élargit l’usage envisagé pour les Ultima et participe à leur évolution d’engins très proches de la compétition vers des voitures de sport réellement pensées pour la route.
Les Marlow améliorent également la fabrication et la mise au point. Les Sport et Spyder passent notamment par des essais aérodynamiques en soufflerie chez MIRA au milieu des années 1990. Pour une entreprise de petite taille, ce recours à des moyens d’ingénierie professionnels illustre une évolution importante : Ultima reste un constructeur artisanal, mais cherche désormais à structurer ses méthodes de développement et à améliorer la qualité de ses produits.
Le modèle économique demeure toutefois très particulier. Plutôt que d’adopter une production de grande série, Ultima conserve une approche fondée sur la vente de composants permettant au client de participer largement à l’assemblage de la voiture. Cette formule limite les volumes mais permet à la marque de conserver une conception simple, une masse réduite et une grande liberté mécanique.
1998 : l’Ultima GTR ouvre la période la plus emblématique de la marque
À la fin des années 1990, Ultima prépare la succession de la Sport avec la GTR. Le nouveau modèle bénéficie d’un travail plus poussé sur l’aérodynamique, la géométrie du châssis, l’assemblage et la conformité aux différentes réglementations. La GTR devient progressivement la voiture la plus représentative de la marque et fixe son image pour une grande partie des années 2000.
Son importance vient moins d’une rupture complète avec les modèles précédents que de la maturité atteinte par le concept Ultima. Le châssis léger, le moteur central et les V8 Chevrolet restent au cœur de la recette, mais l’ensemble gagne en cohérence et en efficacité. En 2002, le Can-Am succède à la Spyder et poursuit la même évolution dans une configuration ouverte, avec notamment des améliorations destinées à faciliter son utilisation routière et son homologation.
Ultima choisit alors une stratégie de communication fondée davantage sur la performance mesurée que sur un engagement dans de grands championnats internationaux. La GTR sert de démonstrateur pour montrer jusqu’où peut aller une voiture très légère équipée d’une mécanique puissante. Cette orientation contribue fortement à faire connaître une marque qui ne dispose ni des volumes de production ni des budgets commerciaux des grands constructeurs de supercars.
2006 : les records de la GTR renforcent la réputation d’Ultima
Au milieu des années 2000, cette stratégie atteint son point culminant. Après plusieurs tentatives de plus en plus rapides, une Ultima GTR720 réalise en 2006 un exercice de 0 à 100 mph puis retour à l’arrêt en 9,4 secondes. Le chronométrage est effectué avec du matériel indépendant et la voiture utilise une configuration routière, ce qui donne à cette performance une valeur particulière dans la communication de la marque.
Il convient toutefois de distinguer les performances effectivement mesurées des formulations parfois reprises de manière excessive. La marque a présenté plusieurs chronos comme des records mondiaux, mais l’appellation de « record Guinness » doit être utilisée avec prudence lorsqu’aucune homologation primaire n’est établie. De même, le temps de 1 min 12,8 s réalisé en 2007 sur la piste de l’émission Top Gear n’appartient pas au classement officiel des tours effectués dans le programme télévisé.
Ces performances n’en ont pas moins joué un rôle historique réel. Elles ont permis à Ultima de se construire une réputation internationale en opposant une approche artisanale et légère à celle de supercars beaucoup plus complexes et coûteuses. La GTR devient ainsi moins un simple modèle de la gamme qu’un véritable outil de reconnaissance pour la marque.
2015 : l’Evolution modernise la formule Ultima
Après de nombreuses années de développement autour de la GTR et du Can-Am, Ultima présente en 2015 l’Evolution. Disponible en carrosserie fermée ou ouverte, elle remplace les modèles précédents tout en conservant les principes techniques qui ont fait la continuité de la marque. Le travail porte notamment sur le châssis, la géométrie, l’ergonomie, les équipements et la qualité générale de conception.
L’Evolution montre la stratégie choisie par Ultima à cette époque : moderniser sans abandonner une architecture devenue caractéristique. Alors que l’industrie des supercars adopte de plus en plus massivement l’électronique, les transmissions sophistiquées et des structures très complexes, Ultima reste attachée à une voiture relativement simple, légère et centrée sur le rapport entre masse et puissance. Cette continuité permet à la marque de conserver une identité claire tout en améliorant la facilité d’utilisation et la finition.
2019 : l’Ultima RS devient l’aboutissement de l’ère Marlow
Le développement d’une nouvelle génération commence en 2017 et conduit à la présentation publique de l’Ultima RS au Festival of Speed de Goodwood en 2019. Le modèle représente une évolution beaucoup plus profonde que les précédentes mises à jour. L’aérodynamique fait l’objet d’un important travail, notamment en soufflerie, tandis que le châssis et de nombreux éléments de conception sont revus.
La RS ne rompt pourtant pas avec les fondements historiques d’Ultima. Elle conserve un moteur central, une structure légère, une transmission manuelle et des V8 Chevrolet. Elle constitue surtout l’aboutissement de plus de vingt-cinq ans de développement sous la direction de la famille Marlow. Au début des années 2020, elle devient le principal modèle de la marque et soutient une activité toujours tournée vers une clientèle internationale.
Cette période est importante car elle montre qu’Ultima n’arrive pas à son changement de propriétaire après une faillite ou une disparition de son activité. La marque demeure active et continue d’enregistrer des commandes. Le tournant suivant résulte d’une décision de cession et non d’une liquidation connue de l’entreprise.
2026 : Peregryn Motors rachète la marque et prépare son transfert aux États-Unis
En août 2026, Richard Marlow annonce la vente de la marque Ultima à l’entreprise américaine Peregryn Motors. L’opération porte sur la marque, la propriété intellectuelle, l’outillage et les droits de fabrication. Cette précision est importante : les informations publiques disponibles ne permettent pas d’assimiler automatiquement cette opération à un rachat intégral des actions d’Ultima Sports Limited. La société britannique apparaît encore active au moment de la transaction et doit achever les commandes reçues avant la cession.
Pour Ultima, ce changement ouvre une période profondément différente de celle commencée en 1992. Peregryn prévoit de transférer la production aux États-Unis et d’abandonner le modèle historique principalement fondé sur la livraison de voitures en composants au profit de véhicules entièrement assemblés. Une mise en production américaine est annoncée pour 2027.
Ce transfert marque ainsi la fin de plus de trois décennies durant lesquelles Ted puis Richard Marlow ont développé Ultima comme constructeur britannique indépendant. La marque conserve le nom et la filiation technique née en 1983, mais son centre industriel, son propriétaire et son mode de commercialisation doivent désormais évoluer sous l’impulsion de Peregryn Motors.
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